Un centre de prise en charge des délinquants sexuels crie famine en pleine affaire Lenoci

Ce centre de référence en la matière en Wallonie indique n'avoir reçu à ce jour aucun subside pour l'année en cours de la part des ministères de la Justice et de la Santé.

Cette situation financière critique force l'organisme à payer ses 15 équivalents temps plein à crédit. "Le centre a actuellement un crédit à la banque de plus de 300.000 euros", expose le directeur de l'UPPL, Julien Lagneaux.

Au-delà de ces retards de paiement, le centre déplore le manque de moyens criant alloué au secteur. Ce manque de financement crée d'ailleurs un engorgement dans le suivi des patients contraints par la justice de s'engager dans une prise en charge spécialisée auprès de l'UPPL. Ainsi, plus de 60 personnes condamnées mais laissées en liberté se trouvent actuellement sur liste d'attente et doivent patienter parfois plus d'un an.

Enfin un centre de prise en charge des violences sexuelles proche du campus de Louvain-la-Neuve

Cette situation "est de nature à créer des situations de danger réel et augmente de facto les risques de récidive", s'inquiète le centre alors que l'affaire Lenoci ne cesse d'agiter l'opinion publique. Grégory Lenoci a fait appel de sa condamnation à 17 ans de prison pour tentative d'assassinat sur son voisin, qu'il soupçonnait de violences sexuelles sur son beau-fils de six ans. Le voisin en question étant déjà connu de la justice pour des faits de pédocriminalité, cette affaire a mis en lumière les manquements dans le suivi et les failles de la prévention de la récidive.

"Les prises en charge spécialisées pour AICS ont pourtant fait leurs preuves", souligne Julien Lagneaux. "Et elles sont bien moins onéreuses que les peines fermes ou les coûts sociaux des récidives", fait-il valoir. "Les recherches et l'expérience clinique démontrent que ces risques diminuent largement lorsque les prises en charge spécialisées sont effectivement mises en place", ajoute le directeur de l'UPPL.

Face à des "subventions précaires, non indexées et systématiquement tardives", le secteur réclame un financement structurel d'urgence pour ne pas revivre "les dramatiques expériences du passé".

Sollicités par l'agence de presse Belga, la ministre fédérale de la Justice Annelies Verlinden n'a pas donné suite dans l'immédiat tandis que le cabinet du ministre wallon de la Santé, Yves Coppieters, se renseignait.

Centre de suivi des délinquants sexuels: Bruxelles n'a pas vocation à pallier le désinvestissement fédéral, dit Cécile Jodogne