Un avant-goût des futures rentrées littéraires chez Grasset

Pour aller plus loin

Chez Fayard, la rentrée littéraire s’annonce chargée. Il y a d’abord les « Carnets corses » du cardinal Bustillo. Le tome III, pour être complètement exact. Avec un pitch qui, dans l’argumentaire de presse, vous prend aux tripes : « Sous les signes de fragilité que l’époque observe, sécularisation, vieillissement du clergé, communautés qui se fragilisent, le cardinal discerne les traces d’un renouveau spirituel silencieux. Il l’appelle un “printemps discret” […] ». Voyez, chez Fayard, l’éditeur historique de Nabokov et de Thomas Mann, de Soljenitsyne et de Leonardo Sciascia, de Juan Goytisolo, Muriel Spark ou du grand écrivain albanais Ismaïl Kadaré, la tendance est finalement à l’optimisme. Après le grand ménage de 2024 (le groupe Hachette-Bolloré prend alors le contrôle de la maison), on a su quand même conserver quelques auteurs. Bustillo, déjà.

C’est donc le troisième tome de ses Carnets, ce qui suppose qu’il y ait eu deux volumes pour commencer. Sans parler de ses autres ouvrages : « le Cœur ne se divise pas » (en 2023, toujours Fayard), coécrit avec Nicolas Diat. Diat, vous le connaissez, c’est le type qu’Olivier Nora, au temps où il dirigeait Grasset, a refusé de publier, comme on vous l’a déjà raconté ici, Nora suggérant qu’il aille « faire ses besoins dans sa propre litière ». Diat dirige en effet une collection chez Fayard, « Choses vues ». Est-ce qu’il n’aime pas Fayard même s’il y dirige une collection et y publie tout un tas de machins, corses ou non ? Qu’est-ce qu’il est allé emmerder Nora chez Grasset avec son printemps discret ?

Deux ans après l’affaire Fayard, c’est donc l’affaire Grasset qui a agité le milieu littéraire cet été. Il faut dire qu’on a battu, cette fois, tous les records. Quand Fayard a basculé dans le nouvel ordre moral, les auteurs ont mis du temps à prendre la poudre d’escampette. Là, ils sont partis en huit jours top chrono, 300 d’un seul coup d’un seul, suite à l’éviction de leur éditeur et maître, Olivier Nora. 300, vous imaginez ? Qui va-t-on publier chez Grasset, maintenant qu’il n’y a plus d’auteurs ? Bustillo ? Diat ?

Car il y a fort à parier que la rentrée Grasset, dans deux ans, ressemblera à la rentrée Fayard d’aujourd’hui. En septembre 2028, vous aurez donc la suite de l’« Introduction à la vie cachée » (un livre d’Erik Varden coécrit avec Diat, et qui sort justement chez Fayard ces jours-ci). Un petit coup d’œil au pitch ? « Alors que l’époque valorise l’exposition, l’efficacité immédiate et la visibilité permanente, ce dialogue permet d’envisager que la vie cachée, elle, est une transformation décisive qui se joue dans le secret et que la fécondité la plus profonde échappe au regard. » Mais l’événement de la rentrée 2028, chez Grasset, sera sans nul doute les « Carnets de campagne » de Marine Le Pen (la nouvelle présidente de la République qui aura coécrit le livre avec…).

Par  Didier Jacob