Un artiste condamné à trois ans de prison dans une Chine sans concessions

L’artiste chinois Gao Zhen, 70 ans, a été condamné pour outrage aux héros de la révolution, pour des œuvres vieilles de 15 ans se moquant de la figure de Mao. Un signe que les vieux réflexes ont gardé leurs droits, alors que la Chine est devenue une superpuissance. Explications.

On aurait pu croire la Chine au-dessus de çà… Cette Chine qui nous impressionne avec ses robots qui courent plus vite que Usain Bolt, ou qui nous effraye avec sa machine industrielle si performante, deuxième puissance mondiale, seul vrai rival des États-Unis.

Mais les vieux réflexes ont la vie dure dans la Chine de Xi Jinping : Gao Zhen, un artiste chinois de 70 ans, qui fut une des gloires de l’art contemporain pékinois dans les années 2000, a été condamné hier, lors d’un procès secret ,à trois ans d’emprisonnement.

Son crime ? Outrage aux héros et aux martyrs de la révolution chinoise. Le plus extravagant, c’est qu’il a été condamné au titre d’une loi introduite en 2018, pour des œuvres produites des années auparavant. Dans un état de droit, il n’y a pas de rétroactivité possible - pas en Chine.

Gao Zhen vit depuis plusieurs années à New York, mais il a été arrêté à l’été 2024, alors qu’il était venu à Pékin rendre visite à sa mère. Il était détenu depuis, à certains moments en isolement total, comme un criminel.

Gao Zhen faisait, avec son frère Qiang, un tandem connu sous le nom des « Gao Brothers », qui était l’une des stars de la scène émergente de l’art contemporain dans les années 90 et 2000. Une scène artistique volontiers provocatrice, s’amusant des symboles d’une Chine maoïste qui semblait un mauvais souvenir remplacé par une société de consommation moins idéologique.

Les œuvres des frères Gao au dossier de cette condamnation sont le reflet de cette époque : un buste géant de Mao affublé de gros seins rouge laqué ; un Mao agenouillé comme un homme se repentant, ou une sculpture de soldats portant tous le visage de Mao tirant sur le Christ : on peut y voir aussi une évocation du massacre de Tiananmen.

De telles provocations artistiques passaient plus ou moins bien dans les années 2000 ; elles ne passent plus du tout depuis l’arrivée de Xi Jinping en 2012, et le retour en force de l’idéologie du Parti communiste. Gao Zhen paye pour des crimes qui n’en étaient pas au moment où ils ont été commis.

Mais c’est la marque de Xi Jinping, qui a décidé que le développement économique et l’émergence de la puissance chinoise se feraient sans la moindre concession idéologique. Il y avait une grande illusion, dans les années 2000, selon laquelle la croissance économique entraînerait inéluctablement la libéralisation du système chinois.

A l’époque, les Occidentaux réagissaient à la moindre violation des droits humains en Chine, dans l’espoir de la pousser à renoncer au type de persécutions comme celle dont est victime Gao Zhen. C’était une autre époque, là-aussi : aujourd’hui, le rapport de force a changé et la Chine ne tolère plus ce genre de critiques. Ça tombe bien, elle a en face d’elle un président américain qui s’en désintéresse, et ne l’embêtera pas sur les droits humains.

Les organisations de défense des droits humains ont exprimé hier leur choc après la condamnation de Gao Zhen, qui devra encore purger un an de prison avant d’être libéré. Elles répétaient toutes que l’« art n’est pas un crime » - sauf dans la deuxième puissance mondiale.