Ukraine : Zelensky rejette des élections voulues par Fedorov
Le président Volodymyr Zelensky a estimé que des élections en temps de guerre seraient un danger pour l'Ukraine. Ses propos ont été rendus publics dimanche, après l'appel controversé à ouvrir la voie à la tenue d'un scrutin de son ex-ministre de la Défense.
Je pense que, dans une guerre comme celle-ci, des élections en tant que telles sont un risque énorme, a affirmé M. Zelensky, élu en 2019.
Des élections maintenant, c'est un tsunami qui fracturerait l'Ukraine.
La question des élections en Ukraine a déjà été soulevée par les présidents russes et américains, mais aucun scrutin ne peut être organisé sous la loi martiale, en vigueur depuis le début de l'invasion russe de grande ampleur, déclenchée en février 2022.
Le conflit n'est pas sur le point de prendre fin, puisque les efforts diplomatiques sont au point mort et que Moscou multiplie les frappes de missiles balistiques, profitant de la pénurie de missiles intercepteurs Patriots en Ukraine.
Le dirigeant ukrainien s'est exprimé lors d'une rencontre avec des journalistes, dont ceux de l'AFP, la première depuis des mois après une série de controverses politiques, dont le limogeage à la mi-juillet du jeune et populaire ministre de la Défense, Mikhaïlo Fedorov.
Celui-ci a jeté un pavé dans la mare, mardi, avec une vidéo aux allures de campagne dans laquelle il dénonce la corruption et appelle sans grande précision à restaurer un processus démocratique au moyen d'élections au pays, malgré l'invasion russe.
Impossible
Si nous voulons détruire le pays, alors nous pouvons aller dans la direction d'élections dans ces temps de guerre, a déclaré M. Zelensky aux journalistes.
Organiser un scrutin nécessiterait de gérer une multitude d'obstacles, comme le vote des militaires mobilisés sur le terrain, celui des millions de réfugiés à l'étranger ou celui des Ukrainiens résidant dans les territoires occupés par Moscou.
C'est impossible dans les conditions actuelles, quand [le président russe Vladimir] Poutine n'est pas disposé à envisager les options d'un cessez-le-feu.
Les propos de M. Fedorov ont créé le malaise jusque dans les rangs de ses soutiens.
Selon le dernier sondage d'opinion de l'Institut de sociologie de Kiev (KIIS) réalisé en juillet-août, seuls 15 % des personnes interrogées estiment que des élections devraient avoir lieu avant la fin de la guerre.

L'ex-ministre ukrainien de la Défense, Mykhailo Fedorov (Photo d'archives)
Photo : Reuters / Andrii Nesterenko
Manque d'intercepteurs
Des milliers de personnes ont manifesté en Ukraine contre le limogeage de M. Fedorov, poussant M. Zelensky à remplacer également le commandant de l'armée, Oleksandre Syrsky, considéré comme un rival de M. Fedorov.
Plus de quatre ans après le début de la guerre, les critiques se multiplient quant à l'absence de dialogue entre la société civile et la présidence, mais Volodymyr Zelensky reste pourtant populaire.
Le président ukrainien a défendu le droit des citoyens à manifester, mais les a mis en garde contre toute attitude irrespectueuse envers l'armée et le risque posé par une division entre la société et les soldats.
Depuis quand le marketing a commencé à prendre le pas sur les gens qui donnent leur vie?, a-t-il dit aux journalistes, multipliant les piques à l'adresse de son ancien ministre.
M. Fedorov, 35 ans, est un chantre du recours massif aux nouvelles technologies pour décupler le potentiel des drones et de la réorganisation des forces armées.
Son équipe a confirmé dimanche à l'AFP qu'il prévoit se rendre aux États-Unis prochainement, ce qui risque de raviver les conjectures quant à sa rivalité politique avec le président.
Ces disputes de politique intérieure ont lieu tandis que l'Ukraine subit un barrage croissant de missiles balistiques russes qu'elle n'a pas les moyens de contrer.
L'Ukraine a aussi multiplié ses frappes en Russie sur les infrastructures logistiques et énergétiques, notamment des raffineries et entrepôts commerciaux.
M. Zelensky a affirmé que les livraisons des missiles intercepteurs américains Patriots, cruciaux, ont diminué de moitié depuis 2023, lorsque Kiev en avait reçu 675 .
Pour 2026, d'après les projections, c'est 264 missiles intercepteurs qui seront livrés au total, a affirmé M. Zelensky, et la Russie pourrait, selon lui, produire autour de 100 missiles balistiques par mois.
La pénurie de Patriots s'est aggravée avec la guerre des États-Unis contre l'Iran, rendant Washington réticent à augmenter ses livraisons, alors que le mois de juillet a été le plus meurtrier pour les civils en Ukraine depuis mai 2022.
Kiev accueille lundi une réunion de ses alliés européens pour discuter des moyens de faire pression sur la Russie et de mettre fin au conflit.
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