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  • 2026-08-04 20:53:35 +0000 UTC

    Aug 04, 2026

    Ukraine: pourquoi l'ancien chef des armées ne croit plus à une adhésion à l'Otan?

    L'ancien chef de l’armée ukrainienne prend ses distances avec l'objectif officiel de Kiev, pourtant inscrit dans la Constitution ukrainienne. Pour certains analystes, Valeri Zaloujny cherche avant tout à dénoncer les faiblesses de l'Alliance. Pour d'autres, cette sortie pourrait aussi lui permettre de se rapprocher de l'administration Trump et de préparer une éventuelle candidature à l'élection présidentielle.

    « Malheureusement, nous n'adhérerons jamais » à l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (Otan). À Kiev, la déclaration de Valeri Zaloujny a suscité la surprise. L'ancien commandant en chef de l'armée, aujourd'hui ambassadeur au Royaume-Uni, s'exprimait lundi 3 août devant les ambassadeurs ukrainiens réunis dans la capitale.

    Le diplomate affirme pourtant connaître parfaitement l'Alliance atlantique. Pendant une douzaine d'années, dit-il, il a personnellement travaillé à l'adoption de ses standards par l'armée ukrainienne, tout en entendant chaque année la même « fable » : celle d'une adhésion imminente.

    Cette fois, Valeri Zaloujny ne se contente pas de dénoncer les promesses non tenues. Il remet en cause le fonctionnement même de l'Otan, qu'il accuse de rester prisonnière de doctrines héritées de la Seconde guerre mondiale et de ne pas s'être adaptée aux conflits contemporains.

    Une rupture avec l'objectif officiel de Kiev

    La déclaration tranche avec la position défendue jusqu'ici par les autorités ukrainiennes. L'adhésion à l'Otan demeure un objectif stratégique inscrit dans la Constitution. Et malgré les déceptions accumulées depuis le début de l'invasion russe, elle reste largement soutenue par la population : selon un sondage publié en avril, près de 69% des Ukrainiens y sont favorables. 

    Le politologue Olexiy Haran se dit donc « surpris » par les propos de l'ancien chef de l'armée. « C'est toujours l'objectif officiel de l'Ukraine et je pense que cela le restera. Oui, les Ukrainiens sont frustrés. Ils ne sont plus certains que cette adhésion se réalisera, mais elle reste leur objectif et ils feront tout leur possible pour entrer dans l'Otan », rappelle-t-il auprès de RFI.

    Ruslan Bortnik, expert en politique ukrainienne, joint par notre rédaction, souligne lui aussi le caractère inhabituel de cette prise de position : « Elle contredit la ligne officielle de l'Ukraine. Et il est très étrange d'entendre une telle déclaration de la part d'un ambassadeur nommé par le pouvoir ukrainien. »

    Un avertissement adressé aux alliés occidentaux ?

    Pour Olexiy Haran, cette sortie peut d'abord traduire une déception personnelle de Valeri Zaloujny après des années de coopération avec l'Otan. Mais elle pourrait également servir d'électrochoc à destination des alliés occidentaux.

    « Il a peut-être simplement voulu attirer l'attention sur la situation réelle, estime-t-il. Si vous ne pouvez pas garantir notre sécurité au sein de l'Otan, si vous n'êtes même pas prêts à en parler, alors faites ce qui est réellement nécessaire aujourd'hui pour défendre l'Ukraine. L'Occident fait beaucoup et nous l'apprécions, mais ce n'est pas suffisant. »

    Ruslan Bortnik n'exclut pas non plus une tentative de « mettre l'Otan sous pression » pour attirer son attention sur les besoins ukrainiens et obtenir davantage de soutien militaire et financier.

    L'ancien commandant en chef rappelle lui-même que la capacité de l'Ukraine à poursuivre la guerre dépend toujours très largement de l'aide de ses partenaires. Ses critiques ne signifient donc pas qu'il souhaite rompre avec les pays de l'Alliance.

    Valeri Zaloujny reconnaît l'importance de leur soutien, mais considère que l'expérience accumulée par l'armée ukrainienne – notamment dans l'utilisation des drones, la défense aérienne et les frappes à longue portée – la place désormais en avance sur plusieurs pays occidentaux.

    Se rapprocher de Donald Trump ?

    Ruslan Bortnik avance toutefois une hypothèse plus politique : en déclarant l'adhésion impossible, Valeri Zaloujny pourrait chercher à rapprocher sa position de celle de l'administration Trump, opposée à l'entrée de l'Ukraine dans l'Otan dans un avenir proche. Un moyen, selon lui, de se rendre plus « acceptable » aux yeux de Washington à l'approche d'éventuelles négociations de paix avec la Russie.

    De plus, l'ambassadeur ukrainien à Londres est régulièrement présenté comme un possible rival de Volodymyr Zelensky lors de la prochaine présidentielle. Il demeure l'une des personnalités les plus populaires du pays : un sondage de juin lui accordait 73% de confiance selon plusieurs médias ukrainiens. 

    Olexiy Haran reste cependant prudent face à cette interprétation. Tant que l'Ukraine est en guerre et placée sous la loi martiale, aucun scrutin présidentiel ne peut être organisé et rien n'indique qu'une campagne soit imminente. Il juge donc difficile d'établir un lien direct entre cette déclaration et une future candidature.

    Pour Ruslan Bortnik, elle peut néanmoins permettre à Valeri Zaloujny de se construire dès maintenant une stature internationale : celle d'un interlocuteur capable de parler à Washington et, à terme, de prendre part à un règlement négocié du conflit.

    Vers une nouvelle architecture de sécurité européenne

    L'ancien chef de l'armée estime que Kiev devra s'arrimer aux nouveaux blocs et alliances qui pourraient émerger en Europe, évoquant notamment la création d'un bloc européen de sécurité militaire. Valeri Zaloujny cite la Force expéditionnaire conjointe (« JEF ») comme un mécanisme potentiellement efficace. Dirigée par le Royaume-Uni, elle réunit dix pays d'Europe : le Danemark, l'Estonie, la Finlande, l'Islande, la Lettonie, la Lituanie, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède et donc le Royaume-Uni.

    Cette coalition fonctionne en dehors des structures de l'Otan et se concentre sur des régions stratégiques comme la Baltique, la mer du Nord, l'Arctique et l'Atlantique Nord. Depuis novembre 2025, l'Ukraine en est le premier « partenaire renforcé » extérieur. Ce statut lui donne accès à des échanges de renseignements, à des exercices conjoints et à la planification régionale. En contrepartie, Kiev apporte son expérience du front, notamment face aux attaques hybrides, aux drones et aux frappes à longue portée.

    Mais la JEF ne prévoit ni défense collective automatique ni obligation d'assistance mutuelle comparable à l'article 5 de l'Otan, selon plusieurs médias ukrainiens. 

    Ruslan Bortnik voit dans ces réflexions le signe d'une recomposition plus large : « Nous assistons à de nombreuses tentatives pour créer une nouvelle architecture de sécurité en Europe de l'Est, explique-t-il. Il existe des idées de coalitions plus petites, associant des pays d'Europe et le Royaume-Uni. Il s'agit peut-être de créer quelque chose de nouveau, de complémentaire et de spécifiquement adapté à la crise ukrainienne. »

    À ce stade, la déclaration de Valeri Zaloujny reste une position personnelle et non celle du gouvernement ukrainien. Mais venant d'un ancien chef de l'armée aussi populaire, elle ouvre simultanément trois débats : l'avenir de la candidature ukrainienne à l'Otan, la recherche de garanties de sécurité alternatives et le positionnement des possibles prétendants à la succession de Volodymyr Zelensky.

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