"Toute la famille est aussi victime", témoigne le fils de Chantal Bernard et frère de Bryan Dourcy, tués et congelés par Didier Charron à Verviers
"Les victimes n'étaient pas seulement mon frère et ma mère, c'est toute la famille qui en a pris un coup. Et personne n'a été là pour nous aider, même pas notre pays…", déplore le Disonais Serge Benoît, qui a proposé de témoigner de son désarroi suite à la publication de notre évocation du "dossier Charron", la semaine dernière, dans le cadre de notre série des "Crimes de l'été".
"Il y a un cadavre dans le congélateur", s'écrie Christina à la fin d'un souper-raclette à Verviers: il y en avait deux…Pour rappel, le mardi 3 juillet 2007, une des convives à un souper-raclette chez Didier Charron, sur le haut de l'avenue Eugène Müllendorff, à Verviers, découvrait un cadavre dans le congélateur de la maison, en voulant y stocker les restes du repas. C'était celui de Chantal Bernard, l'épouse de l'hôte du soir. Quelques heures plus tard, la police découvrait que son fils cadet à elle, Bryan Dourcy, âgé de 11 ans, gisait sous elle.
Serge Benoît est le fils aîné de Chantal Bernard. Né d'une précédente union, il avait 23 ans quand l'horreur a été découverte. Il vivait alors du côté de Waremme, "à côté de chez un oncle, pour qui je travaillais". Ce soir-là, se souvient-il… et se souviendra-t-il toujours, "j'ai été prévenu par le coup de fil d'un ami. Je n'ai pas cru ce qu'il me disait. Mais j'ai eu confirmation pour ma mère quand j'ai téléphoné à la police, qui était justement sur place. Je me suis alors inquiété de ce qu'était devenu mon petit frère. C'est ensuite qu'il a été découvert".
Comme d'autres membres de la famille, Serge Benoît avait reçu des SMS de Didier Charron, qui se faisait passer pour Chantal Bernard, en utilisant son GSM à elle, pour donner soi-disant de ses nouvelles et rassurer son entourage sur son absence. Charron l'avait tuée, avec Bryan, le 12 avril précédent, trois mois avant la terrible découverte.
Ses enfants privés de leur grand-mère

Depuis 19 ans, Serge Benoît "essaye de vivre normalement. Mais ce n'est pas possible. On m'a privé de belles années avec mon frère et avec ma mère. Toujours aujourd'hui, c'est compliqué d'en parler, nous a-t-il exprimé. Toujours aujourd'hui, j'ai leur photo dans mon bureau. Il y aura toujours le manque de ma mère (qui était une bonne mère) et de mon frère, le regret de ne pas avoir pu fêter ses 18 ans, de ne pas avoir pu aller en boîte avec lui, de ne pas avoir pu lui apprendre à conduire, de ne pas l'avoir vu grandir et devenir un homme".
Dix-huit ans, c'est l'âge du fils de Serge Benoît. À plusieurs reprises, au fil des années, "il m'a demandé pourquoi il n'avait pas de grand-mère. Il vient d'avoir 18 ans et il a le droit de savoir. Je lui ai alors montré la farde dans laquelle j'ai conservé tous les articles de journaux. Ma petite fille, elle, elle n'a que 7 ans et elle ne pose pas trop de questions. Mais il viendra un jour où elle en posera…".
"On n'a jamais été indemnisés"
Serge Benoît a assisté à l'intégralité du procès de Didier Charron, à la cour d'assises de Liège, en janvier 2011. "Mon papa était avec moi, mes deux sœurs aussi et nous étions parties civiles." Entre-temps, "le papa de Bryan était mort de chagrin, peu de temps après". Marcel Dourcy s'était éteint en août 2007. "C'était vraiment un brave homme", soupire Serge Benoît.
La condamnation "de l'accusé" – comme le fils aîné de Chantal Bernard l'appelle, sans jamais citer son nom quand nous l'avons rencontré -, soit la prison à perpétuité pour ce double assassinat (lire ci-dessous), est encore trop faible à ses yeux. "Ce n'est pas encore assez…"
Et puis, il y a la suite. Ou plutôt l'absence de suites. "On n'a jamais été indemnisés de quoi que ce soit. Au procès, nos avocates avaient demandé 1 euro symbolique (NDLR : 1 € provisionnel en vue de futurs dommages et intérêts). Elles nous avaient dit qu'il y aurait des suites et qu'elles réclameraient 50 000 euros par victime et par partie civile. Mais elles n'ont toujours rien fait ! Mon avocate m'a seulement dit, une fois, il y a des années, qu'elle avait transmis le dossier à la partie adverse et qu'elle attendait sa réponse. Mais j'ai eu beau lui téléphoner et lui retéléphoner, lui envoyer aussi des mails, mais je n'ai plus jamais eu aucune nouvelle…"
De nouveaux frais funéraires
Certes, "une indemnisation, cela ne me rendra pas ma mère et mon frère, à mes sœurs non plus. Mais ce serait quand même la moindre des choses, non ?", ajoute Serge Benoît. Ne fût-ce que pour payer les frais funéraires, qui se sont multipliés : "Ma mère et mon frère avaient été enterrés au cimetière de Verviers, dans une parcelle du CPAS. Puis, il y a 6 ou 7 ans, on nous a avertis qu'ils seraient transférés dans la fosse commune. Avec mes sœurs, on a refusé. Alors, je me suis arrangé avec elles et j'ai payé le transfert de leurs cercueils dans une autre parcelle. Vous pouvez imaginer ce que cela peut coûter pour une personne. Alors, pour deux… Je n'ai pas su payer de pierre tombale en plus. À l'époque, j'avais lancé un appel sur Facebook et on avait quand même récolté 600 à 650 euros. Merci pour les donateurs. Par contre, on n'a reçu aucune aide de l'État, notre pays nous a abandonnés, il nous a livrés à nous-mêmes."
Charron toujours en prison : "Je refuserai toujours sa libération"
Âgé de 46 ans au moment du procès, Didier Charron a été reconnu coupable du double assassinat de son épouse, Chantal Bernard (46 ans lors de son décès), et du fils cadet de celle-ci, Bryan Dourcy (11 ans), par la cour d'assises de Liège. Le 28 janvier 2011, il a été condamné à une peine de réclusion à perpétuité, avec mise à disposition du gouvernement de 10 ans.
Contrairement à une rumeur qui circule à Verviers, il est toujours en prison. Même s'il avait la possibilité, depuis 2017, de demander une libération anticipée, ça, c'est en théorie. Tout en sachant donc, au surplus, que la clause de mise à disposition du gouvernement pourrait y faire obstacle. Toutefois, en pareil cas de demande de libération anticipée, l'avis des parties civiles est toujours sollicité. Cela n'a jamais été fait, indique Serge Benoît.
Et si ça devait l'être, un jour ? "Ma réponse est nette et le sera toujours ! Il a beaucoup de chance d'être là où il est !", tance-t-il, en regrettant que la peine de mort n'existe plus.
Pour le fils aîné et grand frère des victimes, le bourreau de ces derniers "est le genre de personnes qui recommenceraient. Il ne faut jamais les libérer, ces gens-là !".
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