Tour de France 2026. Étape-reine, public déchaîné, Paul Seixas… Les tops et les flops du Tour de France 2026
La Grande Boucle 2026 s'est achevé dimanche 26 juillet sur les Champs-Élysées. Une édition marquée par la première du prodige Paul Seixas et la mainmise de Tadej Pogacar sur le reste du peloton. Retour sur les tops et les flops de ce Tour.
Les flops
Pas de suspense pour le maillot jaune
On voulait forcément croire Christian Prudhomme, le directeur du Tour de France, qui avait répété à l’envi, lors de la présentation du tracé de la course en octobre dernier, que « le Maillot Jaune, à 48 heures de l’arrivée, ne pourra pas dire qu’il a gagné ». Mais on savait aussi que cette prophétie se heurterait à un obstacle de taille pour le suspense : Tadej Pogacar. Déjà un cran au-dessus de tout le monde à Barcelone, où il a offert une victoire sur un plateau à son coéquipier Isaac Del Toro, le Slovène a récupéré le maillot jaune dès le soir de la 3e étape, après son succès aux Angles (Pyrénées-Orientales).
Et même s’il a cédé la tunique au Norvégien Torsten Træen dès le lendemain, son envolée sur les pentes du Tourmalet, lors de la 6e étape, lui a permis de la reprendre… Avec 2’42” d’avance sur son dauphin, Jonas Vingegaard. Le leader d’UAE n’a, ensuite, plus jamais quitté ce maillot, creusant même son avance étape de montagne après étape de montagne.
L’abandon de Jonas Vingegaard, avant même la dernière semaine, a fini d’enterrer le suspense car, à 48 heures de l’arrivée, son (nouveau) dauphin Remco Evenepoel comptait 4’32” de retard. Un gouffre à ce niveau-là.
Tadej Pogacar a survolé ce Tour de France 2026. Photo Sipa / JP Pariente
Les Français fanny à la maison
Il y a ceux qui verront le verre à moitié plein : pour la troisième fois au XXIe siècle (après 2014 et 2022), trois Français se sont hissés dans le top 10 du classement général du Tour de France (Paul Seixas, 4e ; Lenny Martinez, 5e ; Jordan Jegat, 10e). Et puis, il y a ceux qui sont beaucoup plus mitigés. Il faut dire que l’absence de victoire tricolore sur la Grande Boucle (une troisième dans l’histoire, après 1926 et 1999) est un sacré loupé pour le cyclisme bleu-blanc-rouge.
En trois semaines de course, seuls deux coureurs du cru se sont classés dans le top 3 d’une étape : Lenny Martinez (2e à l’Alpe d’Huez) et Paul Seixas (3e au Lioran et au Markstein). Pour le reste, malgré une panoplie de candidats (Romain Grégoire, Kévin Vauquelin, Alex Baudin, Valentin Paret-Peintre, Dorian Godon…), personne n’est parvenu à jouer les premiers rôles. N’oublions pas, toutefois, que Bruno Armirail fait partie du collectif Visma Lease a bike, lauréat du contre-la-montre par équipes inaugural à Barcelone.
Des équipes invisibles
37 ans après sa dernière participation au Tour de France, on attendait forcément mieux de Caja Rural. La formation espagnole, préférée à l’équipe sous licence française Unibet Rose Rockets, n’a que très rarement animé la course. De l’autre côté des Pyrénées, on a toutefois vu le Néerlandais Alex Molenaar s’immiscer dans une échappée puis porter le maillot à pois, un jour durant.
À deux reprises, le Tchèque Jakub Otruba est, lui aussi, parti à l’avant, mais sans résultat. Après un Tour d’Espagne prometteur l’an dernier (13e du général), Abel Balderstone a traversé ce Tour comme un fantôme (47e), quand son coéquipier José Félix Parra, 9e du dernier Tour Auvergne-Rhône-Alpes, a abandonné lors de la dernière semaine.
En pleine crise (une seule victoire en 2026, sur le Tour de Turquie), PicNic PostNL n’est, elle, pas parvenue à reprendre des couleurs sur le Tour de France. Bonne dernière au classement par équipes, la formation néerlandaise n’a jamais pu jouer quoi que ce soit pendant trois semaines. Le meilleur résultat est à mettre à l’actif du sprinteur Pavel Bittner (5e à Bergerac en Dordogne), tandis que le mieux classé au général, le Français Warren Barguil, a terminé à la… 87e place. Chez Cofidis, enfin, les tops 10 (quatre) glanés par le sprinteur belge Milan Fretin sauvent un peu la mise, tant la formation basée dans le Nord a traversé ce Tour dans l’ombre.
Richard Carapaz (EF Education-EasyPost) a remporté l'étape-reine, au sommet de l'Alpe d'Huez. Photo Sipa / Jasper Jacobs
Une étape reine qui fait « pschitt »
La montagne a accouché d’une souris. Dans les Alpes, tous les yeux étaient tournés vers la 20e étape, tracée entre le Bourg-d’Oisans et l’Alpe d’Huez (Isère). Sur le papier, 170,9 kilomètres à avaler, avec trois cols hors catégorie au programme (Croix de Fer, Galibier, Sarenne) et le Télégraphe au milieu de tout ça, pour 5 450 mètres de dénivelé positif. « Elle fait un peu peur », expliquait Lenny Martinez, « c’est un peu ridicule », complétait Ilan Van Wilder.
Oui mais voilà, comme souvent avec ces étapes reines (et, de surcroît, à la veille de l’arrivée d’un Tour de France éreintant), le feu d’artifice annoncé n’a pas eu lieu. Devant, Richard Carapaz a certes confirmé sa grande forme, en profitant d’abord de la double chute de Sepp Kuss, puis en résistant au retour de Remco Evenepoel, parti trop tard dans Sarenne pour espérer autre chose qu’une 2e place.
Mais chez les favoris, personne ne s’est expliqué avant ce dernier col et, puisque Tadej Pogacar s’était mis en tête de protéger Isaac Del Toro, il n’a rien fait d’autre que d’épauler le Mexicain. Résumer cette 20e étape à une course de côte serait sans doute grossir le trait, mais force est de constater que le spectacle n’a pas été à la hauteur des attentes.
Les tops :
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L’ambiance au rendez-vous du début à la fin
De la côte de Montjuïc à la rue Lepic, en passant par le col du Haag et l’Alpe d’Huez, le public s’est encore une fois pressé sur le bord de la route du Tour, pendant trois semaines, pour applaudir les coureurs. À Barcelone, déjà, il y avait du monde pour assister à la présentation des équipes devant la Sagrada Familia. Puis, en montagne comme sur les longues portions plates des Landes, de la Dordogne et de l’Allier, des centaines de milliers de spectateurs, venus des heures avant le passage des coureurs, pour profiter de cette liesse.
On se souviendra évidemment du col du Haag, et de cette marée humaine massée sur le bord de ce qui est, rappelons-le, une voie verte. De l’Alpe d’Huez, et de cette folie qui traverse les années. Vendredi dernier, ils étaient environ 600 000 dans les 21 virages de la mythique ascension. Une affluence incroyable, qui a malheureusement été également marquée par quelques débordements (Einer Rubio a par exemple été contraint à l’abandon après avoir traversé la vitre arrière de la voiture UAE, à l’arrêt pour éviter de rouler sur un spectateur).
Et puis, en guise de clou du spectacle, cette butte Montmartre incroyable de ferveur, où Julian Alaphilippe et Baptiste Veistroffer ont été particulièrement applaudis, où Xabier Azparren, premier à se présenter au pied de la rue Lepic, n’a cessé d’haranguer la foule. Pour résumer : une grande fête du cyclisme.
La foule s'est réunie rue Lépic, à Paris, pour observer les coureurs. Photo Sipa / Nathan Bäcle
Du suspense, quand même
Si la quête du maillot jaune était vite pliée, ce constat ne vaut pas pour les autres classements. Jusqu’à la 20e étape, on a vu Richard Carapaz se démener pour décrocher le maillot à pois. Une tunique longtemps convoitée par le Français Valentin Paret-Peintre, qui s’est finalement avoué vaincu à l’issue de la 19e étape. L’Équatorien a malgré tout dû se battre jusqu’au bout, car, derrière lui, l’ombre de Tadej Pogacar planait toujours.
Pour le maillot vert, Mads Pedersen avait frappé fort en s’imposant à Foix (Ariège). Le Danois, pas vraiment un adepte des sprints massifs, est toutefois longtemps resté à la portée du Belge Jasper Philipsen, beaucoup plus à l’aise dans les emballages finaux. Mais le premier a fini par creuser l’écart sur le second lors de la dernière semaine, en se montrant incroyablement fort lorsque la route s’est élevée… Avant de récupérer de précieux points, encore, lors des sprints intermédiaires.
Quant au maillot blanc, jusqu’au bout, Paul Seixas a pensé pouvoir renverser Isaac Del Toro. Porteur de la tunique de meilleur jeune lors de la 15e étape (après l’avoir récupérée la veille, au Markstein), le Français n’est finalement jamais parvenu à reprendre du temps au Mexicain… Et a même fini par craquer, lors de l’avant-dernière étape, à l’Alpe d’Huez. Jusqu’au bout, donc, cette lutte (qui fut également celle pour la 3e place du général) a animé les étapes de montagne.
Baptiste Veistroffer, une bonne dose de fraîcheur
Dans un peloton qui a tendance à s’aseptiser, le Français Baptiste Veistroffer détonne. Pour son premier Grand Tour, le coureur de Lotto-Intermarché a fait ce qu’il sait faire de mieux : prendre des échappées, animer des étapes qui auraient sans doute été bien ternes en son absence. Et faire le show, ensuite, devant les micros. Super-combatif des deux premières semaines de course, le “Sanglier de Fouesnant (Finistère)” a passé 487 kilomètres à l’avant de la course cette année.
Jusqu’au bout, celui qui apprécie porter le bob aux couleurs de son équipe une fois le casque tombé, a fait vibrer le public. À Paris, il fut le premier à s’échapper. Et, une fois rattrapé par le peloton, le Breton de 26 ans s’est arrêté à Montmartre pour célébrer avec ses plus fervents supporters.
Véritable révélation du public, le coureur formé au VC Loudéac (Côtes-d'Armor) a vu fleurir, jour après jour, de nombreuses pancartes en son honneur sur le bord de la route. Un nouveau statut, que le lauréat d’une étape sur le Tour d’Oman en début d’année a bien mérité.
Baptiste Veistroffer, coureur Lotto-Intermarché. Photo Sipa / Japser Jacobs
Paul Seixas, une course pleine de promesses
Finalement, on ne savait plus trop à quoi s’attendre avec Paul Seixas. Fallait-il avoir de grands espoirs, dans la lignée de son printemps fou (vainqueur de la Flèche Wallonne, 2e de Liège-Bastogne-Liège) ? Ou revoir les ambitions à la baisse, après sa chute sur le Tour Auvergne Rhône-Alpes ? Les avis divergeaient, forcément, mais tout de même : terminer à la 4e place du classement général de son premier Tour de France, à seulement 19 ans (il était le plus jeune coureur au départ d’une Grande Boucle depuis 1937), est un exploit.
Il y a moins d’un an, le coureur de Decathlon-CMA CGM disputait encore le Tour de l’Avenir ; avant de prendre le Grand Départ de Barcelone, il n’avait jamais disputé de course de trois semaines... Et n’avait jamais eu à gérer autant d’engouement. En découverte permanente, Paul Seixas a engrangé énormément d’expérience pour l’avenir, même si sa défaillance dans le col de Sarenne, la veille de l’arrivée à Paris, fut un crève-cœur pour certains.