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  • 2026-07-23 05:24:33 +0000 UTC

    Jul 23, 2026

    Tour de France 1971 : Orcières-Merlette, le plus grand revers d'Eddy Merckx et le point de départ de sa révolte - RTBF Actus

    Tadej Pogacar dispose d'une avance confortable sur Remco Evenepoel avant l'enchaînement des trois dernières étapes de montagne de ce Tour de France 2026, dont la première arrivée de ce triptyque se jouera à Orcières-Merlette. Les deux hommes pourraient s'y inspirer d'un autre duel, joué au même endroit, il y a tout juste 55 ans, entre Eddy Merckx et Luis Ocaña.

    La plus grande défaite d'Eddy Merckx

    Le 8 juillet 1971, Orcières-Merlette, station de ski des Hautes Alpes, entre dans l'histoire du Tour de France. Elle accueille pour la première fois une arrivée du Tour. 

    Eddy Merckx, au départ de l'étape, n’est pas au mieux pour sa troisième participation à la Grande boucle. Première alerte dans le Puy-de-Dôme où il est devancé par Luis Ocaña de 15 secondes. Le lendemain, Eddy crève au pied du col de Porte. Il ne parvient pas à rejoindre ses rivaux et perd son maillot jaune au profit du Néerlandais Joop Zoetemelk. Mais c’est le 8 juillet qui va entrer dans l’Histoire : sur l'étape reliant Grenoble à Orcières-Merlette, personne ne peut suivre un Ocaña déchaîné. Lucien Van Impe s’y essaie... il arrive plus de cinq minutes après lui. Quant à Eddy Merckx, il lutte seul, ses rivaux dans la roue ne prennent aucun relais. Résultat : il perd 8'41'' alors qu'il était le grandissime favori.

    "Je crois qu'il n'y a pas grand-chose à dire aujourd'hui. Je crois qu'Ocaña nous a tous matés comme le torero el cordobes mate ses taureaux" réagit encore essoufflé à l'arrivée, le cannibale, au micro de la télévision française. Ce 8 juillet 1971, Merckx connaît sa plus grande défaite. Il a trouvé plus fort que lui.

    Luis Ocaña s'offre un numéro d'anthologie vers Orcières-Merlette le 8 juillet 1971. © Tous droits réservés

    Un champion seul contre tous

    8'41'' de perdues quand on est favori du Tour : l'écart semble insurmontable. Mais quand on s’appelle Eddy Merckx, c’est difficile à accepter, même s'il reste élégant dans sa défaite en reconnaissant spontanément la supériorité de son rival.

    Car Eddy démontre une grande détermination : le champion, très loin d’Ocaña, lutte durant 100 kilomètres avec acharnement, traînant derrière lui une dizaine de coureurs dont Zoetemelk et Thevenet, sans que jamais personne ne le relaie. 

    L’image est forte et l’hommage est unanime. Le directeur du Tour Jacques Goddet écrit des mots durs sur les rivaux du cycliste belge restés dans sa roue : "Le monstre sacré qu’il est, endurant le martyre de la souffrance, de l’angoisse qui vient du désespoir de perdre le Tour, de la vexation allant jusqu’à la honte, et l’odieux de cette masse de chiens attachée à ses chausses et qui refusait de se laisser couler, s’est conduit de manière impériale".

    Le 10 juillet 1971, Eddy Merckx arrive avec deux heures d'avance sur l'horaire prévu

    À Orcières-Merlette, on se dit que le Tour est plié... sauf Eddy Merckx. Au lendemain d'une journée de repos, les coureurs s’élancent depuis cette station vers Marseille... et ce sera une étape sensationnelle.

    Dès le départ, Eddy et quelques-uns de ses équipiers foncent dans la descente. Une poignée de coureurs les accompagnent. Mais les favoris sont surpris, dont Luis Ocaña. Durant 250 kilomètres, la bataille est lancée entre Merckx et le reste du peloton. Sous le chaud soleil de Provence, on traverse les villages à toute allure et les échappés arrivent avec près de deux heures d’avance sur le vieux port de Marseille encore désert : Eddy Merckx finit 2e, derrière l'Italien Luciano Armani. Les officiels n’ont pas eu le temps d’être prévenus : furieux, le maire de Marseille Gaston Deferre refusera d’accueillir encore le Tour dans sa ville. Mais surtout, Merckx reprend deux minutes à Ocaña et dans le contre-la-montre du lendemain, il le devance de huit secondes. Preuves que le champion belge est déterminé à se battre jusqu’au bout.

    Après l'abandon d'Ocaña, Merckx empoche, amer, un troisième Tour

    Le duel va cependant tourner court et on ne saura jamais si Merckx aurait pu réussir son incroyable pari de rattraper son retard sur Ocaña.

    Dans la première étape pyrénéenne, un orage éclate. Merckx chute dans un tournant, se relève et repart. Ocaña tombe au même endroit et est heurté de plein fouet par Zoetemelk. L’Espagnol est contraint à l’abandon. À l’arrivée, Merckx refuse d’endosser le maillot jaune. Ce soir-là, il confie à notre regretté confrère Théo Mathy : "Je ne sais pas si je vais continuer. J’aurais préféré terminer second que de gagner dans ces conditions". Mais un directeur sportif français va le remettre en selle raconte Théo Mathy : "Si tu abandonnes, c’est Zoetemelk qui gagnera et il ne le mérite pas car il ne prend jamais l’initiative". 

    Le 18 juillet 1971, Eddy Merckx gagne son 3e Tour de France. © AFP or licensors

    Eddy Merckx remporte alors en 1971 son troisième Tour de France... mais il a, pour la première fois, vacillé. Il a montré qu’il était un homme, avec ses faiblesses. À force de le voir gagner dans les Tours et les classiques, on l’avait presqu’oublié. Cela n’empêche pas Merckx de gagner encore de très nombreuses courses dont deux autres Tours de France en étant parfois malmené. À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. 

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