"Le CO veut tout mettre en œuvre pour se mêler à la lutte finale", lance Revol
À deux jours de la venue de Vannes à Pierre-Fabre pour le lancement du championnat de Top 14, Pierre-Yves Revol prend la parole. Il revient pêle-mêle sur les objectifs de son équipe, justifie le remodelage du staff lors de l'intersaison, évoque le voisin toulousain et avoue être toujours animé de la même passion, même après 38 saisons de présidence.
Voilà les trois coups du championnat à Pierre-Fabre ! À deux jours du premier match de Top 14 qui verra son équipe recevoir Vannes (samedi 19 heures), le président du CO, Pierre-Yves Revol, livre une analyse lucide des objectifs des Bleu et Blanc pour cet exercice 2026-2027 : "L’année dernière, la lutte pour le top 6 s’est décantée dans le dernier quart du championnat, et celle pour le maintien bien avant. Pour cette saison, tout laisse présager qu’il en sera encore ainsi pour le top 6 mais sans doute aussi pour le bas du tableau. Nos ambitions sont celles de la grande majorité des clubs à l’exception de quelques-uns : pérenniser notre présence en Top 14 et tout mettre en œuvre pour se mêler à la lutte finale. Je rappelle que nous sommes avec Toulouse et Clermont le seul club à ne pas avoir connu l’échelon inférieur depuis l’avènement du professionnalisme."
L’équipe s’est renforcée
L’homme fort du club tarnais a souhaité apporter quelques ajustements au staff de son équipe lors de la précédente intersaison. Yannick Caballero, Stephen Setephano et Karena Wihongi ont vu leurs prérogatives auprès du groupe professionnel stoppées, alors que Davit Zirakashvili et Fabrice Estebanez ont rejoint les rangs du club. "Ces ajustements au sein du staff ont été faits de concert avec Xavier Sadourny. Les responsabilités de Julien Tastet sont élargies. Davit Zirakashvili est arrivé, il est doté d’une personnalité hors norme et dispose de compétences avérées que connaît bien Xavier. Fabrice Estebanez a une grande envie de prouver. C’est un staff en devenir mais qui a de l’appétit ; animé par une volonté farouche de nous aider à trouver rapidement la bonne carburation."
Pierre-Yves Revol analyse aussi le recrutement de son club, l’arrivée contrariée de Dalton Papali’i et l’éclosion espérée en Top 14 des jeunes talents recrutés en Pro D2. "À l’exception notable de Dalton Papali’i, l’équipe s’est renforcée grâce à des joueurs venus du Pro D2. Dalton Papali’i, hélas, s’est très vite blessé et sera absent pour de longs mois, ce qui est très dommageable. Nous avions besoin d’un joueur d’expérience un peu emblématique. C’est ainsi mais cela explique aussi l’arrivée tardive de Hamish Watson pour le suppléer. Après, la stabilité n’est évidemment pas un gage en soi de réussite. Mais c’est vrai que nous cultivons un esprit de groupe très fort. La fidélité dans les deux sens, la création de liens dans la durée peuvent contribuer à renforcer la performance collective. Cela nous a souvent réussi dans le passé même si nous sommes conscients qu’il faut également un peu oxygéner le groupe pour ne pas être dans l’excès de l’entre-soi. Nous verrons si nous avons trouvé le bon équilibre sans oublier que nous avons fait des efforts sur de jeunes espoirs en devenir qui pourraient très vite renforcer la concurrence."
En observateur avisé, le patron du rugby castrais loue le modèle du rugby français : "Le rugby est devenu incontestablement le sport le plus concurrentiel. Dans quelle discipline la grande majorité des clubs peut prétendre disputer à la fois la phase finale et ne pas être à l’abri d’une relégation ? Bien sûr, le salary cap a beaucoup contribué à générer cette incertitude. C’est certes beaucoup de stress pour les clubs, mais cela génère un grand intérêt pour la compétition et un engouement populaire qui progresse encore chaque année."
Au sujet de l’hégémonie du Stade toulousain, Pierre-Yves Revol salue le travail du voisin haut-garonnais : "Le CO est le dernier club à avoir battu le Stade toulousain en phase finale. En 2018 d’abord, puis en 2022. Cela commence effectivement à dater... Le Stade toulousain dispose du plus gros budget et de la plus grosse masse salariale du Top 14 mais les écarts avec les autres ne sont pas tels qu’ils justifient cette hégémonie. Cela veut dire qu’il y a une culture de la performance et plus généralement une politique sportive marquée du sceau de l’excellence dans ce club. Aux autres de s’en inspirer et rien n’est jamais certain. L’UBB l’a démontré en Coupe d’Europe."
Toujours le feu de la passion
Pierre-Yves Revol, qui fut aussi le président de la LNR, n’élude pas la question sur la sanction infligée au Stade toulousain et appelle à un certain apaisement à l’aube de cette nouvelle saison : "Ce club a été sanctionné sur le plan financier et lourdement par les instances concernées en fonction du règlement précédent. Désormais, avec le nouveau règlement, ce club comme tous les autres risquera une sanction sportive à points en cas d’infraction. Est-il nécessaire d’épiloguer encore sur le sujet ? Je ne le pense pas. Tous les acteurs doivent se tourner vers l’avenir. Ce n’est pas ses affaires qui ont permis au Stade d’être champion de France mais bien son mérite sportif. Pour preuve, la principale sanction concernait les droits d’image litigieux d’un joueur qui n’a même pas disputé la dernière phase finale. Les fautes ont été sanctionnées, trop ou pas assez selon les uns ou les autres. Peu importe. L’important est que chacun en tire un enseignement et que tous les clubs soient vigilants à l’avenir. J’ajoute que si le règlement doit être amendé à l’avenir sur certains points, cela doit se faire dans le cadre de discussions sereines avec la LNR, de manière déconnectée de l’actualité et encore plus d’hypothétiques contentieux sur un règlement que tout le monde connaissait et s’est engagé à respecter."
Enfin, le président de Top 14 à être en activité depuis le plus longtemps donne le secret de sa longévité. S’il avoue avoir ressenti un peu de lassitude la saison dernière « après la défaite à Lyon où un ressort s’est cassé car cela signifiait la fin de nos espoirs de qualifications », le président Revol a su très vite retrouver le feu de la passion : "Il m’a fallu quelques semaines pour retrouver la motivation nécessaire à la préparation de cette saison. Mais la passion est toujours là ! Et c’est l’essentiel. Après, je sais que certaines défaites sont parfois injustes et difficiles à surmonter et je m’y prépare. Comme je sais que certaines victoires sont parfois heureuses et compensent cela. Et puis au-delà de mon cas, je sais surtout que le rugby à Castres est là pour procurer de grandes émotions collectives à une population qui n’est pas la plus privilégiée de l’Hexagone. Ce club existe au plus haut niveau grâce à la volonté d’un homme, Pierre Fabre, attaché à son territoire et nous devons le pérenniser. Et si la performance est là, c’est tellement gratifiant d’arriver à valoriser ce territoire modeste dans le concert des grandes agglomérations, que cela vaut le coup de persévérer."