"Je déteste être l’équipe qui a besoin d’être piquée" : après s'être compliqué la vie, La Rochelle doit rebondir à Pau
Après la débâcle inattendue face au Racing 92, La Rochelle n’a pas le temps de gamberger. Les Maritimes doivent redresser la barre face à une Section paloise qui n’a plus perdu au Hameau en phase régulière du Top 14 depuis seize matchs. Un sacré défi.
Au même titre que l’emballement avait été un brin excessif au sujet du Stade rochelais après deux victoires - certes face à des adversaires de taille, mais arrachées au courage à défaut de maîtrise -, il serait bienvenu de rester mesuré quant à la contre-performance du week-end dernier face au Racing. Les Maritimes se sont manqués dans les grandes largeurs, c'est un fait, et ont perdu le fil en s’agaçant de leurs propres manques du jour. Ils ont aussi "laissé derrière [eux] l’occasion d’accélérer [leur] saison", comme le confiait justement Ronan O’Gara, et se retrouvent comme trop souvent ces dernières saisons dans une posture de réaction plutôt que d’action. "Je déteste ça, pestait l'Irlandais samedi en fin de journée, Je déteste être l’équipe qui a besoin d’être piquée. Peut-être que j’avais la chance, quand j’étais joueur, de ne pas faire partie de ce genre d’équipe, mais c’est difficile pour moi d’accepter cela. Normalement, la motivation prend racine à l’intérieur de soi-même. Ils ont besoin de quoi ? De qui ? Combien avons-nous de joueurs en équipe de France en ce moment ? Pas beaucoup. La motivation doit être hyper haute, alors."
Ce constat posé, inutile de tomber dans la sinistrose outre mesure. D’abord, parce que la saison ne fait que débuter et qu'une déconvenue n'est pas rédhibitoire, même pour les équipes aux très fortes ambitions (la seule invaincue à domicile la saison dernière n’a pas terminé parmi les deux premiers). Aussi, car le contenu globalement médiocre aurait pu suffire pour empocher les quatre points si les Maritimes ne s'étaient pas sabordés en fin de match, preuve en est d'une marge de progression importante et indéniable. Encore faut-il la démontrer. Et l’occasion ne tardera pas : dès ce week-end, le Stade rochelais se déplace au Hameau, où la Section paloise l’attend de pied ferme, elle qui reste sur seize matchs sans défaite à domicile en phase régulière de championnat, meilleure série en cours.
La forteresse imprenable du Hameau
Le rugby est parfois rendu complexe par une intellectualisation abusive d’une discipline qui reste, jusqu’à preuve du contraire, un sport de contact. Et aussi bien en Top 14 qu’en Fédérale 2, la base demeure la même : gagner le combat physique. Remporter les duels, jouer dans l’avancée... Le manager de La Rochelle n’était d’ailleurs pas dupe des manques de ses joueurs dans ce domaine : "La réalité, c’est que si tu es à 5 ou 10 % en dessous, tu en paies le prix. Aujourd’hui, dans les contacts, on n’était pas à 100 %. Et si tu ne gagnes pas le défi physique, tu ne gagnes pas le match. C’est pour moi et le staff une grande frustration car je pensais qu’on s’était bien préparés à cela."
Cette exigence devra aussi aller de pair avec la discipline, encore plus sur un match à l’extérieur. Tous ont encore en tête la rencontre de la saison dernière, où Antoine Hastoy avait été expulsé dès les premières secondes après une réception aérienne dangereuse, mettant d’entrée les espoirs rochelais de victoire à mal. Le week-end dernier, les Maritimes ont encore été pénalisés à quinze reprises, alors qu’ils n’avaient été sanctionnés que six fois contre Toulouse. Au Hameau, les Maritimes auront donc tout intérêt à ne pas se compliquer davantage la vie, et à montrer que la sortie de route face au Racing n’était qu’un faux pas, dont ils ont retenu les leçons.
L’homme à suivre : Healy, grande première
- Ben Healy (27 ans ; 1,91 m - 100 kg)
Un nouvel international va découvrir le Top 14 ce samedi en la personne de l’Écossais Ben Healy (27 ans, 1,91 m - 100 kg). Avec un CV déjà solide, marqué notamment par son passage au Munster où il a fait ses débuts professionnels (59 matchs en quatre saisons) et ses dix sélections avec le Chardon, il aura la responsabilité de guider le jeu maritime à l’ouverture face aux Palois. Un poste où sa dernière titularisation remonte au 18 avril dernier avec Newcastle.
Un sacré pari de la part du staff rochelais que de lancer un joueur qui n’a disputé que huit petites rencontres en 2026 dans le chaudron du Hameau, forteresse imprenable en championnat en 2025-2026. Samedi, avec un nouveau maillot sur les épaules, Ben Healy tentera de relancer une carrière pas loin du point mort depuis son départ en prêt d’Édimbourg à Newcastle.
Mais Ronan O’Gara et les dirigeants maritimes sont allés le chercher pour de bonnes raisons, et le gaillard, né en Irlande, dans le sud-ouest du comté de Tipperary, a des arguments à faire valoir. Son solide physique, déjà, qui lui permet de rassurer en défense, mais aussi sa polyvalence, cruciale en cas de réorganisation de la ligne de trois-quarts.
Pour cette première, il pourra compter sur la présence de Nolann Le Garrec, dont la mainmise stratégique sur le jeu devrait encore être un peu plus marquée. Entre les blessures, le jeu habituel des rotations et une émulation que le staff entend renforcer, Ben Healy se voit donner une chance. À lui de la saisir.