Thales lance HexaForce, remarquable système d'IA militaire qui veut redéfinir le commandement de l'OTAN
Thales a dévoilé cette semaine HexaForce, un système de commandement militaire boosté à l'intelligence artificielle, déjà testé et conçu pour l'OTAN et ses alliés, qui promet d'accélérer la prise de décision sur le champ de bataille.

Dans un monde où les conflits s'accélèrent et où les données affluent de toutes parts, Thales a l'ambition de redonner de l'avance aux armées alliées. Le nouveau système dévoilé par l'entreprise française jeudi, baptisé HexaForce, mise sur l'intelligence artificielle pour transformer des montagnes d'informations brutes en décisions concrètes, du niveau stratégique jusqu'au terrain. Grâce à l'IA de son accélérateur cortAIx, le système veut faire passer la cadence de traitement des objectifs militaires de 100 à 1 000 par jour.
Officiellement dévoilé le jeudi 17 septembre, HexaForce n'est pas que concept, puisque le système a déjà été testé grandeur nature lors de l'exercice OTAN CWIX 2026, aux côtés de vraies unités militaires. Plutôt que de le développer en vase clos, Thales a associé les forces armées à chaque étape de sa conception, en intégrant leurs retours au fil de l'eau pour coller au plus près des besoins du terrain. L'entreprise présente HexaForce comme une solution « souveraine », c'est-à-dire pensée pour que chaque pays garde le contrôle total de ses propres données, tout en pouvant les partager de façon sécurisée avec ses alliés en cas de besoin.
Dans le détail, le système est calibré pour absorber des conflits de très grande ampleur, impliquant plus de 100 000 combattants. Il ne se limite pas au champ de bataille classique, car il couvre aussi bien la terre, l'air et la mer que le cyberespace, les ondes électromagnétiques, l'espace, et jusqu'à la bataille de l'information. Sa force réside dans son fonctionnement en réseau plutôt que depuis un centre unique. Les données sont réparties entre plusieurs points, si bien que même si une partie du réseau tombe à cause de communications dégradées, le reste continue à fonctionner normalement. Les militaires vont pouvoir accélérer ce qu'ils appellent la boucle OODA, c'est-à-dire le cycle en quatre temps qui consiste à observer, orienter, décider, agir. Quelques secondes de gagnées sur l'adversaire peut tout changer.
Le cœur intelligent d'HexaForce porte un nom qui commence à être connu dans le monde de la défense : cortAIx, l'accélérateur IA de Thales, où travaillent déjà environ 800 ingénieurs et data scientists. Le système embarque des modèles de langage, c'est-à-dire des IA capables de comprendre et de synthétiser du texte à la manière de ChatGPT, mais aussi des briques d'IA agentique, donc des programmes capables d'agir de façon quasi autonome pour trier et croiser eux-mêmes des données venues de sources militaires comme civiles, sans attendre qu'un humain fasse le travail à chaque étape. L'objectif est de faire passer de 100 à 1 000 le nombre d'objectifs identifiés et traités chaque jour. Une montée en puissance possible grâce à Artemis.IA, une plateforme de traitement de données déployée depuis 2023 au sein du ministère français des Armées, qui sert ici de socle d'expérience.
Une architecture ouverte pensée pour la souveraineté des États
Contrairement aux systèmes fermés habituellement en vigueur dans le secteur de la défense, où chaque brique logicielle vient d'un seul fournisseur et communique difficilement avec le reste, HexaForce a été pensé comme une architecture ouverte. En clair, il s'appuie sur des briques technologiques accessibles et modifiables (open-source), ce qui permet à chaque État de connecter ses propres outils ou ceux de partenaires tiers, sans dépendre entièrement de Thales. Chaque pays reste maître de ce qu'il envoie et reçoit comme données, sans obligation de tout partager avec ses alliés. Le système respecte aussi deux référentiels incontournables du secteur, Data Centric Security et Federated Mission Network, qui définissent comment protéger une donnée où qu'elle circule pour l'un, et pour le second comment faire dialoguer les systèmes de plusieurs pays lors d'opérations menées en coalition, notamment au sein de l'OTAN.
Côté protection, la solution adopte le principe du Zero Trust, cette logique de sécurité qui part du postulat qu'aucun utilisateur ni aucun appareil n'est fiable par défaut, même s'il est déjà connecté au réseau. Chaque accès doit être revérifié en permanence. Et ce dispositif est complété par un contrôle d'accès dit « basé sur les attributs », qui vérifie à chaque instant qui demande une information, avec quel niveau d'habilitation et dans quel contexte, avant de l'autoriser à y accéder. L'architecture capitalise sur plus de vingt ans d'expérience opérationnelle acquise par Thales auprès des forces françaises et de l'OTAN. Sur le terrain, les équipes ont à leur disposition des outils concrets de gestion de l'ordre de bataille pour organiser les troupes, d'analyse du terrain, de conception collaborative des ordres entre plusieurs sites, et de sélection de la meilleure option d'engagement face à un objectif donné.
HexaForce, qui est disponible dès maintenant, entend faire dialoguer entre eux tous les équipements d'une coalition militaire, qu'il s'agisse des écrans d'un quartier général réfléchissant à la stratégie globale ou de la tablette d'un soldat en plein combat, sans rupture d'information entre les deux échelons. Christophe Salomon, le directeur général adjoint en charge des systèmes d'information et de communication sécurisés chez Thales, explique que es besoins varient d'une armée à l'autre. Certaines veulent gérer leurs propres données en toute autonomie, d'autres cherchent avant tout à mieux communiquer avec leurs alliés, et d'autres encore visent un commandement le plus rapide possible grâce à l'IA la plus avancée.
HexaForce se veut être la réponse à ces trois attentes à la fois. Un pari ambitieux pour le groupe français.
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