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  • 2026-08-14 06:00:00 +0000 UTC

    Aug 14, 2026

    Témoignages. « Je n’ai pas eu voix au chapitre » : ces mères qui auraient voulu transmettre leur nom à leur enfant

    Des copies du livret de famille, de l’acte de naissance ou du jugement d’homologation de la garde alternée : en tant que mère célibataire n’ayant pas le même nom que ses deux enfants, Mathilde, 40 ans et habitante de Colmar (Haut-Rhin), est régulièrement sommée de présenter moult justificatifs lorsqu’elle les emmène chez le médecin, les inscrit dans un club de sport, à l’école ou à la cantine, ou leur fait passer des frontières. « C’est fou d’être sans cesse obligée de prouver quelque chose d’aussi naturel et magnifique que le lien qui fait que je suis la mère de mes enfants ! », déplore-t-elle. Car à leur naissance, ses enfants - aujourd’hui neuf et 11 ans - ont reçu le nom de leur père, comme encore 78 % des bébés nés aujourd’hui, d’après l’Insee. Et ce malgré les réserves de Mathilde : « Ça m’ennuyait un peu, mais nos deux noms alsaciens étaient compliqués à prononcer. Donc accolés, ils devenaient indigestes. »

    Aujourd’hui séparée de son ex-conjoint, l’Alsacienne est particulièrement amère vis-à-vis de cette situation. « Je dois toujours anticiper qu’il va potentiellement y avoir un souci, donc amener des justificatifs en plus. C’est une violence psychologique permanente et une charge mentale constante », estime-t-elle. Un comble pour des mères qui sont, la plupart du temps, bien plus impliquées que leur conjoint ou ex-conjoint dans la scolarité de leurs enfants, leurs rendez-vous médicaux et l’organisation de leurs voyages.

    « Je dois prouver que je suis bien la mère de mon enfant » 

    Bien souvent, le choix de ne donner que le nom du père est imposé… par le père lui-même. « J’aurais adoré que mon fils ait mon nom, mais mon conjoint voulait qu’il ait le sien car “c'est l’ordre des choses” », raconte Mélina, de Nancy (Meurthe-et-Moselle). « Si mon nom de famille avait été court, nous aurions mêlé nos noms. Malheureusement le mien est long et pas français alors ça aurait fait bizarre. Finalement, mon fils a eu le nom de son père. Cette tradition est trop ancrée pour y déroger encore aujourd’hui. »

    Solveig, de Mulhouse (Haut-Rhin), « regrette amèrement » que ses enfants ne portent pas son nom. « Mais ce n’était pas envisageable pour leur père. Comme c’est lui qui a déclaré notre fille, je n’ai finalement pas eu voix au chapitre », raconte-t-elle. « Dans la panique de l’accouchement, les mères sont bien souvent dans une situation de vulnérabilité extrême qui engendre tout un tas d’abus », dénonce l’Alsacienne. Elle aussi séparée du père, elle est contrainte d’avoir toujours une copie du livret de famille et des actes de naissance sur elle.

    La violence est d’autant plus grande lorsque, comme Mélusine, de Côte-d’Or, ces mères de famille ont subi des violences de la part du père de leurs enfants. « À la naissance de mon enfant, mon compagnon a refusé de mettre mon nom à côté du sien », explique-t-elle. « À la suite de violences conjugales et intrafamiliales, je l’ai quitté. Depuis, à l’hôpital ou autre, je dois prouver que je suis bien la mère de mon enfant. »

    Ne plus céder à « la tradition »

    Heureusement, aujourd’hui, la loi peut faciliter la vie de ces mères dont le nom est différent de leurs enfants. Mélusine a ainsi entamé des démarches pour changer le nom d’usage de son enfant auprès de l’administration pour qu’il porte le sien en plus de celui de son père, ce que son compagnon a accepté. Mais pour Mathilde, c’est plus compliqué : « Le père de mes enfants n’accepte pas de les laisser utiliser un nom d’usage qui accole le mien au sien, dans les formulaires ou les devoirs scolaires par exemple. Ce qui est pourtant parfaitement légal et faciliterait grandement les choses. »

    Mais une fois majeurs, les enfants peuvent aujourd’hui décider de prendre le nom de leur mère, soit en l’accolant à celui du père, soit en supprimant celui de leur géniteur. Les enfants de Mathilde sont pour l’instant trop jeunes. « Mais ils m’ont déjà dit qu’ils aimeraient utiliser mon nom aussi », assure-t-elle. En tout cas, pour elle, c’est sûr : « Si le sujet se présentait à nouveau, il est clair que je ferais les choses autrement et ne céderais pas à la “tradition” de donner uniquement le patronyme paternel. » « Mon fils fêtera bientôt ses 18 ans et a choisi de modifier son état civil afin de ne plus porter que mon nom de famille », abonde Aurélie, Vosgienne de 44 ans, dont l’ex-conjoint avait lui aussi refusé d’accoler leurs deux noms à la naissance de leur enfant. « Mes enfants auront peut-être envie de réaliser les démarches pour ajouter leur deuxième nom », espère aussi Solveig. Elle-même élevée par une mère célibataire, elle se dit « très fière de cette lignée matrilinéaire ».

    2026-08-14 06:00:00 +0000 UTC