Témoignage. « Nous étions en danger » : les choix difficiles de Marlène face à la violence de son fils

En remontant le fil de l’enfance de son garçon, Marlène (*) reconnaît qu’il a montré des signes d’agitation et de violence dès son plus jeune âge. « Il pouvait être agressif et était beaucoup dans l’opposition. Je ne voulais peut-être pas voir les choses, mais les gens autour de moi me disaient qu’il faisait des choses bizarres, il pouvait par exemple être violent avec les animaux. Dans la voiture, il refusait d’être attaché. Il y avait une agressivité importante, même en bas âge », se remémore la maman, qui vit à Angers (Maine-et-Loire). « Il a toujours eu du mal à accepter la frustration et s’est toujours inscrit dans un rapport dominant-dominé. »

À ses huit ans, son père part vivre en Corse. Marlène se retrouve alors seule à gérer les difficultés de son fils et les comportements violents qui se multiplient. « Il était toujours dans la provocation. Il a, par exemple, mis le feu à une poubelle, crevé les pneus de ma voiture pour faire accuser son beau-père. J’enchaînais des nuits sans sommeil. Tant de moments difficiles qui m’ont amenée à des arrêts de travail longs », souffle-t-elle.

Une seule solution : le placement

À 10 ans, la situation continue de se dégrader. Son fils se met en danger, par exemple en montant sur la barrière du balcon. Sa violence verbale et physique touche sa mère mais aussi sa demi-sœur, plus jeune que lui. Il finit par être exclu de l’école puis déscolarisé. Lors d’une nouvelle crise particulièrement violente, les gendarmes sont intervenus et une hospitalisation en psychiatrie est décidée. Le garçon y restera quatre mois. Mais son retour à la maison ne se passe pas comme espéré. La violence reprend de plus belle. Il intègre alors un ITEP (institut thérapeutique, éducatif et pédagogique), un établissement médico-social qui accompagne des enfants, adolescents ou jeunes adultes présentant des troubles du comportement et des difficultés psychologiques perturbant gravement leur adaptation sociale, en internat, tout en continuant à connaître des périodes d’hospitalisation.

Les professionnels de l’ITEP constatent, eux aussi, les mêmes difficultés que Marlène et s’inquiètent du comportement de l’adolescent envers sa mère et sa sœur. À bout de solution et de force, et sur les conseils de ces professionnels, la mère de famille finit par demander un placement pour son fils. « J’avais le sentiment que je n’y arrivais plus, je n’étais plus capable de l’aider à avancer, sa sœur et moi-même étions en danger. Cette situation-là ne pouvait plus durer », regrette-t-elle. À 12 ans et demi, son fils est donc placé en famille d’accueil. Mais là encore, la situation se dégrade, toujours à cause de sa violence. Il est finalement placé en foyer jusqu’à sa majorité.

Pendant ces années, la distance apporte à Marlène un sentiment ambivalent. Elle reste très inquiète pour son fils et continue d’échanger régulièrement avec lui au téléphone. « Il était toujours dans la culpabilisation avec moi et me harcelait de messages et d’appels. Les gendarmes ont fait une analyse de ses données téléphoniques : ils ont notamment trouvé une journée avec une centaine d’appels vers mon numéro. » Mais malgré cette inquiétude permanente, une chose change : « On était plus en sécurité, c’est sûr. »

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La maison saccagée

À 18 ans, la majorité atteinte, son fils doit quitter le dispositif de protection de l’enfance. Il revient alors vivre chez sa mère, sans accompagnement médico-social. Marlène espère que cette nouvelle vie commune sera différente. Mais elle redoute aussi de voir ressurgir les violences. « J’ai toujours rêvé qu’il revienne à la maison et que les choses se passent bien. » Elle pose alors ses limites. Pas de violence, respect des règles de la maison. Son fils lui promet que tout se passera bien. « Même s’il a fait quelques efforts, c’est vite reparti dans le harcèlement, dans les pressions psychologiques, la culpabilisation, les menaces de mort, l’intimidation et la violence physique quand le reste ne fonctionne pas. C’est très, très compliqué », avoue-t-elle, désemparée.

Jusqu’au dernier épisode où, lors d’une nouvelle crise de colère, son fils saccage entièrement la maison. « Il a arraché la porte de sa chambre, de la cuisine, les WC, frappé dans les murs, vidé les placards… Il a saccagé ma maison. » Cette fois, Marlène porte plainte. Une décision particulièrement difficile pour une mère, « mais il fallait qu’il y ait quelque chose qui vienne arrêter cette spirale, parce qu’on montait encore d’un cran dans la destructivité. Je me sentais en danger ».

Reprendre un parcours de soins

À tel point qu’elle ne peut actuellement plus vivre chez elle : elle est partie chez son oncle et sa tante avec sa fille depuis plusieurs semaines. « Les gendarmes m’ont interdit de rentrer chez moi pour le moment, tant que la procédure n’est pas terminée. » Elle multiplie les démarches auprès des autorités et des professionnels de santé pour tenter d’obtenir une prise en charge médicale pour son fils. Elle regrette notamment qu’il soit régulièrement renvoyé à domicile après des passages aux urgences et espère une prise en charge psychiatrique.

Au fil des années, différents professionnels ont évoqué une possibilité de troubles du spectre autistique (TSA), de troubles envahissants du développement (TED) ou encore un trouble de la personnalité borderline. Son fils bénéficie également d’une reconnaissance de handicap liée à des troubles psychologiques. Pour Marlène, une chose est désormais essentielle : qu’il puisse être à nouveau accompagné. « J’espère qu’il puisse y avoir une prise en charge vers le soin, qu’il puisse reprendre un travail thérapeutique. J’attends qu’il puisse être apaisé », espère-t-elle. Car malgré les violences, les menaces et la plainte, Marlène reste sa mère. Elle ne cherche pas à excuser son comportement, mais à comprendre comment continuer à l’aimer sans se mettre en danger. « Je suis passée par beaucoup de culpabilité, à me demander : "Qu’est-ce que j’ai fait de travers  ? Qu’est-ce que je n’ai pas fait ?" »

Aujourd’hui, la culpabilité est encore là, mais elle dit avoir davantage de distance. « Je suis inquiète, en tant que maman, je suis inquiète pour mon fils et attachée à lui, même si je ne valide pas ses comportements. » Marlène espère désormais que la réponse pourra venir du soin. Pour son fils, mais aussi pour elle et sa fille, qui vivent encore avec les stigmates de ces années de violence.

(*) Le prénom a été modifié.