Témoignage. « Il est facile de mentir » : le parcours de Maud pour son traitement anti-obésité
Le poids a toujours été au centre de la vie de Maud (*), 46 ans, depuis qu’elle est petite. Depuis le début de son adolescence et une prise de poids importante, la Haute-Savoyarde enchaîne entre les kilos perdus et les kilos repris, au gré de régimes variés. « C’est un peu l’histoire de ma vie, des dizaines de kilos perdus qui sont très satisfaisants pour l’égo, mais tout autant de kilos repris », raconte-t-elle.
Une histoire qui se répète jusqu’à l’année dernière, lorsqu’elle interroge son rapport à la nourriture et prend conscience des troubles alimentaires dont elle souffre et qui lui « dictent sa vie ». Elle commence alors un suivi psychologique avec une spécialiste des troubles du comportement alimentaire et met des mots sur ce qu’elle traverse depuis plus de 30 ans : l’hyperphagie, comportement dans lequel un individu peut manger une quantité très importante de nourriture. Partagée entre le soulagement et la culpabilité, elle a d’abord accepté les crises puis a été suivie par un diététicien pour revoir son alimentation.
« Il y a une forme de honte à aller voir mon médecin traitant »
En mai dernier, lorsque les températures ont commencé à grimper sérieusement, les kilos de Maud l’ont fait souffrir. « Chaque professionnel de santé que je voyais pour mes soucis de déplacement, mes gonflements, me disait de perdre du poids. Mais comment, lorsque l’on a déjà tout essayé toute sa vie ? », s’interroge-t-elle. C’est sa psychologue qui va l’orienter vers des médicaments anti-obésité. Dans un premier temps, elle refuse, voulant s’en sortir seule, puis finit par prendre rendez-vous avec un médecin en ligne. « Il y a une forme de honte à aller voir mon médecin traitant, la peur du jugement, que l’on pense que c’est une solution de facilité. On entend encore tellement de commentaires grossophobes. J’avais besoin de m’adresser à quelqu’un qui ne me connaissait pas », avoue-t-elle.
Après des examens et prises de sang et une consultation en ligne, elle reçoit son ordonnance 10 minutes plus tard. « C’est vraiment facile et rapide à obtenir, du moment que l’on ne passe pas par une prise en charge qui peut être remboursée », assure-t-elle. Pour adhérer à un protocole dans un centre de soins, il faut cocher plusieurs critères et pouvoir obtenir une place.
« Ça peut être dangereux »
Début juillet, elle commence donc le traitement Mounjaro (**), avec une piqûre à faire une fois par semaine. Elle ressent des effets indésirables classiques mais qu’elle juge surmontables : désordre intestinal, constipation, fatigue après la piqûre. Les résultats arrivent rapidement, puisqu’elle perd 12 kilos en trois mois. « Ça vous coupe la faim d’une façon spectaculaire, en deux bouchées, vous avez terminé votre repas », affirme-t-elle. Pour l’instant, Maud est satisfaite des résultats et espère perdre encore du poids, et surtout, se stabiliser. « C’est vraiment un levier dans ma perte de poids », poursuit-elle.
Pour renouveler son ordonnance, valable trois mois, elle doit simplement reprendre un rendez-vous avec son endocrinologue en ligne. Une facilité déconcertante dont elle mesure les risques. « Le suivi reste léger. J’envoie par écrit mon poids et ma taille. En pesant près de 100 kilos, mon IMC rentrait dans les critères pour obtenir ce traitement, mais je pense qu’il est facile de mentir, si on n’a que cinq kilos à perdre on peut facilement obtenir une prescription », souligne-t-elle. Une facilité qui a aussi un coût : 190 euros par mois pour le traitement plus 35 euros par consultation.
Maud ne regrette pas son choix mais reconnaît qu’il est important d’être correctement suivi, « notamment lorsque l’on souffre de troubles alimentaires. Je n’ai pas peur d’arrêter le traitement car je suis suivie psychologiquement, pour mon alimentation et par un coach sportif, mais sans ça, je pense que ça peut être dangereux ». Notamment devant les nombreux témoignages que l’on peut trouver sur les réseaux sociaux.
La mise en garde de l’ANSM
Au début du mois, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a publié un rapport mettant en garde contre les risques liés a l’utilisation de ces produits en dehors du circuit médical, en particulier les contrefaçons et les effets secondaires graves, notamment des cas de pancréatite (inflammation du pancréas pouvant entraîner des complications graves), ainsi que des carences nutritionnelles et des situations de malnutrition.
(*) Prénom modifié.
(**) Les médicaments injectables destinés à traiter l’obésité sont soumis a prescription médicale et doivent s’inscrire dans une prise en charge adaptée.