TÉMOIGNAGE. Affaire Jubillar : "Personne n'est préparé à vivre ça"... L'agriculteur de Mailhoc redoute les conséquences des nouvelles fouilles sur son exploitation
l'essentiel EXCLUSIF. Depuis que des ossements de Delphine Jubillar ont été découverts sur une parcelle de son exploitation agricole à Mailhoc (Tarn), la vie de l'agriculteur propriétaire des lieux a basculé. Au lendemain de l'annonce d'une probable reprise des fouilles sur un secteur pouvant atteindre une soixantaine d'hectares, il livre sa première réaction à La Dépêche du Midi. Entre choc personnel et inquiétudes professionnelles, il redoute désormais les répercussions d'une enquête appelée à durer.
Il n'avait rien demandé de tout cela, mais il s'est pourtant retrouvé au cœur d'une tempête hors norme. Il y a encore quelques jours, Léo*, agriculteur à Mailhoc, partageait son quotidien entre ses cultures de céréales et de colza, au rythme des travaux agricoles. Depuis la découverte des premiers ossements de Delphine Jubillar sur une parcelle appartenant à son exploitation, son téléphone sonne beaucoup plus, les regards se tournent vers ses champs et son terrain du chemin de Lobre est, malgré lui, associé à l'un des dossiers criminels les plus sensibles de ces dernières années.
Ce mercredi 22 juillet, quelques heures après l'annonce de la probable reprise des recherches décidée dans le prolongement du report du procès en appel de Cédric Jubillar, l'exploitant a accepté de sortir du silence. Avant d'évoquer ses inquiétudes, il a tenu à rappeler un élément auquel il accorde une importance particulière. "J'ai épandu en étant dans un respect total des règles", insiste-t-il.
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À la tête d'une exploitation de près de 200 hectares, il sait que la nouvelle phase d'investigations pourrait désormais dépasser largement la parcelle où les premiers ossements ont été retrouvés. Selon nos informations, les enquêteurs pourraient être amenés à explorer près de 60 hectares répartis entre Mailhoc et Villeneuve-sur-Vère afin de retrouver d'autres restes humains susceptibles d'apporter des réponses aux experts.
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De nouvelles fouilles aux lourdes conséquences
Pour lui, tout dépendra désormais du périmètre retenu par les gendarmes. "La parcelle déjà fouillée ne fait qu'un hectare. Si les recherches ont lieu au même endroit, cela n'aura pas beaucoup d'impact", explique-t-il avec pragmatisme.
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Mais le scénario d'investigations étendues change complètement la perspective. "En revanche, si c'est ailleurs et il est trop tôt pour que je le sache, ce n'est pas du tout la même chose pour moi. Ça risque de me bloquer l'accès à mes parcelles pendant un temps qui pourrait être très long."
Derrière cette inquiétude se cache une réalité agricole très concrète. Si les récoltes de cette année touchent à leur fin, les prochains mois seront consacrés à la préparation des futures cultures. Chaque parcelle immobilisée complique l'organisation de l'exploitation, retarde les interventions et peut avoir des conséquences sur toute une campagne agricole et, par ruissellement, sur ses revenus.
L'homme ne cherche ni à contester les investigations, ni à minimiser leur importance. Il sait que les recherches répondent à un enjeu judiciaire majeur. Mais il constate aussi que, depuis une semaine, son exploitation est devenue un lieu d'enquête, sous le regard des médias, des gendarmes et parfois de simples curieux venus jusqu'à pénétrer sur sa propriété.
Une "déflagration" qui dépasse largement le cadre de son exploitation
Au fil de l'entretien, les préoccupations agricoles laissent place à quelque chose de plus intime. L'agriculteur parle d'une véritable "déflagration" dans sa vie : "Personne n'est préparé à vivre ça." Derrière les questions logistiques se cache le bouleversement provoqué par la découverte de restes humains sur une terre exploitée par sa famille depuis des générations.
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Cette affaire, dit-il en substance, dépasse désormais largement le simple cadre de son activité professionnelle. Elle s'est invitée dans son quotidien, dans celui de ses proches et dans l'avenir même de son exploitation, sans qu'il n'ait jamais eu le moindre lien avec les faits.
Alors que les enquêteurs s'apprêtent à engager une nouvelle campagne de recherches qui pourrait durer plusieurs semaines, il espère avant tout que les investigations permettront d'apporter les réponses attendues par la justice et la famille de Delphine Jubillar. Avec une autre attente, plus personnelle : que son exploitation puisse, un jour, retrouver le calme qui était le sien avant le jeudi 16 juillet dernier.