L’aluminium canadien s’impose hors des États-Unis

Malgré les tarifs douaniers de 50 % imposés par l’administration Trump depuis juin 2025, les exportations canadiennes d’aluminium ont progressé au cours du deuxième trimestre de 2026. Cette dynamique s’explique notamment par une envolée des livraisons vers d’autres marchés, les ventes d’aluminium brut hors États-Unis ayant quasiment doublé d'avril à juin, selon Statistique Canada.

Les producteurs d’aluminium auraient remplacé le marché des États-Unis par celui de l’Europe, selon Julian Karaguesian, ancien conseiller spécial au sein de la Direction du commerce international et des finances du ministère des Finances du Canada. Ils se seraient tournés notamment vers des pays où se trouvent des usines de construction et d’assemblage d’avion Airbus, comme Toulouse, en France, et Hambourg, en Allemagne.

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Les constructeurs aéronautiques, tout comme d’autres entreprises et d'autres secteurs utilisant l’aluminium dans le monde, ne cessent de se développer, selon l’expert. Il existe donc une forte demande mondiale d’aluminium, explique-t-il.

De plus, les tarifs de 50 % sur l’aluminium sont appliqués à tous les pays qui exportent ce produit aux États-Unis. Comme les fonderies consomment beaucoup d’eau et d’énergie, le Canada conserve sa compétitivité grâce au bas prix de son électricité.  L’énergie coûte extrêmement cher en ce moment en Europe, précise l’ancien conseiller.

 Le Canada était compétitif avant l’instauration des droits de douane, et nous le sommes toujours. 

L'enquête récente sur le secteur manufacturier de l’agence fédérale révèle une augmentation de 15,2 % des exportations totales d’aluminium brut d'avril à juin derniers.

Une automobile en construction dans une usine.

Le secteur des produits d’aluminium transformés n’échappe pas à la crise. Conçus sur mesure pour les chaînes de valeur nord-américaines — comme l’industrie automobile —, ces produits ne bénéficient pas de l’élan qui porte le reste de la filière. (Photo d’archives)

Photo : getty images/istockphoto / RainerPlendl

La hausse du prix de l’aluminium et des alliages d’aluminium expliquerait cette évolution, selon Martin Julien, professeur au Département de sciences économiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Statistique Canada indique que le prix de l’aluminium a grimpé de 41,7 % de mai à juin, une hausse que l'agence fédérale attribue aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient.

Certains encore en difficulté

Le professeur de l’UQAM souligne que les bonnes nouvelles pour l’aluminium brut ne concernent pas les produits semi-finis, soit les produits d'aluminium transformés, la plupart étant conçus spécifiquement pour des chaînes de valeurs nord-américaines, comme l’industrie automobile.

L’usine de Rio Tinto vue des airs à Alma.

L’aluminium canadien reste compétitif à l’échelle mondiale à cause du bas prix de l’électricité au pays. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Jonathan Lamothe

 C’étaient des produits qui étaient vraiment fabriqués pour les entreprises aux États-Unis. Pour ces produits-là, c’est plus difficile de trouver des acheteurs alternatifs, explique-t-il.

C’est aussi le cas pour le secteur de l’acier, un produit plus difficile à exporter, selon Julien Martin. La Chine aurait aussi un surplus de ce produit, ce qui lui permettrait de vendre l’acier moins cher.  Ça va être plus difficile d’augmenter ses parts de marché dans les pays en développement, affirme-t-il.

Un espoir pour les autres industries canadiennes

Dans le contexte tarifaire actuel, Julien Martin estime que l'exemple de l'aluminium apporte une lueur d'espoir pour les autres secteurs touchés par les tarifs américains. Selon lui, ces industries doivent désormais cibler de nouveaux marchés sur lesquels la Chine n'exerce pas de forte concurrence.

Un avion en cours d’assemblage dans une usine très moderne.

L’aluminium canadien est exporté notamment vers les usines européennes d’Airbus, dont celle de Hambourg, en Allemagne. (Photo d’archives)

Photo : Getty Images / Morris MacMatzen

Toutefois, la situation diffère encore pour les entreprises fabriquant des produits conçus particulièrement pour le marché américain. Si vous êtes dans l’ameublement ou si vous êtes, encore pires, dans l’industrie du jouet. Là, c’est très compliqué parce que vous avez en face de vous la Chine, reconnait-il.

 Nous avons le monde entier à gagner.

Mais tout n’est pas perdu, selon Julian Karaguesian. Il signale que 50 % de l’économie globale se situe au sud du globe, une proportion qui ne cesse de croître, selon lui.

 Il y a des pays comme le Nigeria, qui compte 250 millions d’habitants, ou encore le Brésil, qui est un grand constructeur d’avions et désormais de véhicules électriques. On constate donc qu’il existe d’énormes marchés, souligne l’expert.

 Tout le monde, les entreprises, tous les secteurs, tous les PDG doivent envisager de modifier leurs modèles économiques, conclut-il.