Taekwondo: «La reconversion, c'est plus difficile que la carrière», Cheick Cissé prend sa retraite

Le taekwondoïste ivoirien Cheick Cissé, champion olympique à Rio en 2016 et champion du monde en 2023, a décidé de mettre un terme à sa carrière après avoir été l'un des plus grands représentants de son sport en Afrique. Dans un entretien accordé à RFI, il revient sur sa carrière et dévoile ses projets et ambitions pour cette nouvelle étape de sa vie.

Publié le : 11/10/2026 - 18:20

5 min Temps de lecture

L'Afrique voit l'un de ses plus grands champions quitter les tatamis. Après 13 ans de carrière, deux médailles olympiques glanées, dont l'or à Rio en 2016 et un sacre mondial en 2023, Cheick Cissé a décidé de raccrocher définitivement et de se consacrer à présent à un nouveau chapitre de sa vie de sportif.

Véritable porte-étendard du taekwondo en Côte d'Ivoire et en Afrique, Cheick Cissé était rentré dans l'histoire en devenant le premier champion olympique ivoirien lors des JO de Rio en 2016, année où sa compatriote Ruth Gbabi avait aussi décroché une médaille de bronze dans la discipline.

La reconversion, « c'est un volet très important, même plus difficile que la carrière »

Avec un palmarès immense et une vie entière consacrée à son sport, le natif de Bouaké a conscience du vertige que peut représenter l'après-carrière pour de nombreux sportifs au moment de tourner la page. « C'est un volet très important, même plus difficile que la carrière. Un athlète, il a pour habitude de faire des voyages, des entraînements, des compétitions... Après, quand on ne prépare pas bien sa reconversion, on peut prendre un coup psychologique », confie-t-il au micro de RFI.

Mais le champion ivoirien n'a pas attendu le tout dernier moment pour préparer la suite et se fixer de nouveaux objectifs, à tel point que la peur du vide ne semble pas exister dans son cas. « Tout est préparé. J'ai eu la chance de me faire encadrer par une très bonne équipe qui me permet, dans mon parcours, de ne pas avoir de vide, confie-t-il. Personnellement, je suis une personne qui adore le risque, qui adore l'engagement, qui adore les combats. Et donc avec mon équipe, on a su tout préparer pour qu'il n'y ait pas de vide. Aujourd'hui, je crois que la présidence de la Fédération, c'est quelque chose qui me tient à cœur. C'est dans le même sport, c'est dans mon cadre sportif, là où je suis énormément à l'aise et je crois que ça va le faire », explique Cheick Cissé.

À lire aussiJO 2024: la Côte d’Ivoire et le taekwondo, une histoire d’amour olympique

Devenir un exemple en dehors du sport

Modèle pour toute une génération de jeunes Ivoiriens, il fait également la fierté de son tout premier entraîneur Lucien Christian Kragbé, qui l'a formé dès l'enfance dans le club d’Ineka à Koumassi, une commune d'Abidjan. « C’est une grande fierté d’avoir eu Cheick, qui a débarqué ici à l’âge de 10 ans. On a fait de lui un compétiteur, on lui a inculqué l’esprit "fight" », affirmait Kragbé à RFI, avant les Jeux olympiques de Paris.

Désormais, Cheick Cissé aspire aussi à montrer la voie dans d'autres domaines que le sport : « Je suis très fier de grands frères comme Didier Drogba ou Samuel Eto'o qui ont été des exemples non seulement sur le terrain, mais aussi en dehors. C'est cet exemple-là que je veux suivre, parce que les athlètes ont un cliché, c'est qu'ils sont seulement bons sur l'aire de combat ou sur le terrain et après plus rien ».

« Je veux dire qu'aujourd'hui, les athlètes sont capables d'être importants dans tous les domaines et il est important qu'on puisse utiliser au maximum les athlètes, parce qu'on a vraiment un mental assez solide. Pendant notre carrière, on a eu des déceptions, mais on s'est toujours relevé parce qu'on était obligé de défendre notre pays et on l'a fait. Je crois que ce mental, c'est bien qu'il soit inculqué à la nouvelle génération. On peut être fonctionnels dans tous les domaines de la vie », assure-t-il.

À lire aussiCôte d'Ivoire: comment le taekwondo est devenu l'art martial préféré des Ivoiriens [2/3]

« J'ai vu mon continent m'accompagner »

L'athlète, par le biais de la Fondation Cheick Cissé, a d'ailleurs déjà commencé à s'investir dans la promotion du taekwondo en Côte d'Ivoire, notamment auprès de la jeunesse ivoirienne. « Avec la fondation, on est dans la solidarité. La base, ce sont les maîtres de salle. Ce sont eux qui forment de grands champions, insiste le champion olympique 2016. On essaie de faire un acte solidaire en essayant d'équiper et nous sommes aussi dans la détection des talents, le suivi des talents pour fabriquer des champions pas seulement sur l'aire de combat, mais aussi en dehors. Des exemples et des futurs leaders de demain », explique-t-il.

Et quand on le questionne sur le chemin parcouru, Cheick Cissé avoue ne pas vraiment avoir eu le temps de prendre la mesure de ses succès. « Le problème des athlètes, c'est qu'on n'a pas le temps de savourer nos victoires. On a juste le temps de jubiler et après on passe à un autre objectif. Avec du recul, je pense que j'ai vraiment accompli énormément de choses », concède-t-il.

Mais au moment de faire le bilan, il tient surtout à exprimer sa reconnaissance pour le soutien reçu de la part du public ivoirien et africain tout au long de sa carrière. « J'ai vu toute l'Afrique me soutenir, j'ai vu tous les Ivoiriens me soutenir. C'est moi qui suis sur le tatami, c'est moi qui suis le sportif, mais c'est particulièrement grâce à eux. J'ai vu mon continent m'accompagner, ça m'a donné de la force. Si j'ai pu faire tout ce parcours, c'est surtout grâce à eux, grâce à leurs prières. »

À lire aussiCôte d’Ivoire: Taekwondo, boom ivoirien et génération dorée [3/3]