Stephen Harper vante le potentiel énergétique du Canada
Écouter l’article | 6 minutes
La version audio de cet article est générée par la synthèse vocale, une technologie basée sur l’intelligence artificielle.
Le Sommet canadien de l'investissement s'est clos mardi soir à Toronto avec un discours de l'ex-premier ministre Stephen Harper, invité personnellement par l'actuel chef du gouvernement, Mark Carney, pour convaincre le monde entier d'investir au Canada.
Déterminé à réduire la dépendance du pays à l'égard de son voisin américain, M. Carney a convié des représentants internationaux de sociétés d'investissement ou de fonds souverains pour les convaincre de financer le changement de cap de l'économie canadienne.
Ottawa souhaite attirer 1000 milliards de dollars d'investissements au Canada au cours des cinq prochaines années, en promettant des incitatifs fiscaux et une réduction de la bureaucratie pour rendre le pays plus attrayant pour les capitaux étrangers.
La liste des invités à ce sommet compte des représentants d'entreprises du golfe Persique ou de la Chine, de grandes banques américaines, ou encore l'homme le plus riche d'Afrique, Aliko Dangote.
M. Carney a mis en avant les richesses minières du sous-sol canadien, clé de l'autonomie stratégique, ainsi que son projet de construire un nouveau pipeline vers la côte pacifique pour transporter au moins un million de barils de pétrole par jour vers les marchés asiatiques. Nous libérons tout notre potentiel en tant que superpuissance énergétique, a-t-il affirmé.
Une vision à laquelle a fait écho l'ex-premier ministre conservateur Stephen Harper, qui a dirigé le Canada de 2006 à 2015. Comme je l’ai dit plusieurs fois lorsque j’étais premier ministre, le Canada devrait être une superpuissance énergétique, a martelé en anglais l'ex-politicien albertain, qui a axé son discours sur ce thème.
En 2015, le Canada était prêt à devenir cette superpuissance énergétique, mais aujourd’hui, nous ne le sommes pas. Pourquoi? En raison des politiques qui ont suivi [mon départ].
Aujourd'hui PDG de sa propre firme-conseil, Harper & Associates, l'ex-premier ministre conservateur a manifesté une certaine admiration envers la vision économique de Mark Carney, malgré la couleur différente du parti. Je félicite le gouvernement fédéral pour ses mesures visant à approuver plus rapidement les grands projets, spécialement dans le domaine des sables bitumineux, a-t-il souligné.

Vers la fin de son mandat comme gouverneur de la Banque du Canada, en 2012, Mark Carney se serait fait offrir un poste de ministre des Finances par Stephen Harper, selon ce que M. Carney a raconté dans une entrevue à CBC l'an dernier.
Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld
M. Harper a aussi félicité le gouvernement Carney pour s'être retiré des négociations commerciales avec les États-Unis. Ça a dû être une décision difficile. Mais je crois que notre gouvernement n’avait pas d’autre choix.
Je dis ça en tant que personne qui a toujours été un grand admirateur des États-Unis, et qui [était convaincu] que notre relation de proximité avec ce pays était l’une de nos plus grandes forces, a-t-il avoué, disant être triste de la tournure des événements. Cependant, l’administration américaine actuelle voit ce niveau d’intégration économique comme étant incompatible avec la souveraineté du Canada.
Stephen Harper a toutefois demandé au gouvernement Carney d'aller plus loin dans sa vision du libre marché. Les obstacles et les législations qui n’existent pas ailleurs qu’au Canada doivent simplement être retirés, a-t-il avancé.
Message aux Américains
Quelques heures après l'entrée en vigueur de nouveaux droits de douane américains sur des produits canadiens, M. Carney a cherché à rassurer les investisseurs et la population sur l'avenir de la relation entre le Canada et les États-Unis.
Permettez-moi de dire ceci à nos amis américains : nous serons toujours voisins, et le Canada restera le partenaire le plus important des États-Unis dans de nombreux secteurs clés, a-t-il assuré.
Après tout, même durant les périodes de désaccord au cours de notre longue histoire partagée, nous avons toujours maintenu des liens profonds, a ajouté le premier ministre canadien. Il a ensuite répété devant la presse qu'un accord avec Washington restait possible.

Le premier ministre Mark Carney a tenté de rassurer les investisseurs quant à l'avenir de la relation commerciale canado-américaine.
Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette
Sur le ton de la plaisanterie, Mark Carney a partagé une anecdote qui, selon lui, résume un peu la relation entre le Canada et les États-Unis.
Il a raconté que Donald Trump lui avait offert l'an dernier une grande clé en or et lui avait dit : C'est une clé de la Maison-Blanche. Tu l'apportes avec toi et ils te laisseront entrer... Ou peut-être qu'ils te tireront dessus.
Le premier ministre a utilisé cet exemple pour rassurer les investisseurs sur place et du même coup lancer une pique aux voisins du sud. Si on vous donne une clé du Canada, on ne va pas vous tirer dessus ici. On va vous accueillir.
À la fin du sommet mardi soir, Mark Carney s'est envolé pour Strasbourg, où il doit s'exprimer devant le Parlement européen jeudi. Le rapprochement opéré par Ottawa avec l'Union européenne est au centre de la stratégie économique d'Ottawa, qui a dit vouloir sceller une alliance unique avec l'Europe.
Nouvelle « mégadéduction » fiscale
Le gouvernement Carney a profité du Sommet sur l'investissement mardi pour annoncer une nouvelle déduction fiscale pour les entreprises. Le taux marginal d'imposition sur les nouveaux investissements passerait à 6,4 %, alors qu'il est de 16,9 % aux États-Unis et d'en moyenne 19 % dans les pays occidentaux (OCDE).
On sera, et de loin, la juridiction du G7 avec le plus bas taux de taxation pour les nouveaux investissements, a vanté le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, en entrevue sur ICI RDI. On veut créer un supercycle d’investissement. On se rend compte qu’on a besoin de changer la trajectoire de la croissance au pays, a-t-il ajouté.
Les secteurs d'activité qui auront droit à cette nouvelle déduction sont variés, allant des logiciels aux mines, en passant par les pipelines.
Avec des informations de l'Agence France-Presse
À lire aussi :
- Une « vente aux enchères », dénoncent les opposants au sommet de Carney
- Le gouvernement Carney veut privatiser les opérations des grands aéroports canadiens
- Mark Carney en Europe : « pas membre associé, mais partenaires fiables »