Statue du Ku Klux Klan, drapeau des Confédérés, Aigle nazi: des objets racistes en vente dans nos brocantes

Une table, avec des objets en tous genres, comme on en retrouve souvent dans les brocantes. Et entre le buste de Johnny et une brosse de WC en forme de tête de mort, une statue. Mais pas n'importe laquelle: une figurine revêtant la tunique à capuche blanche symbole du Ku Klux Klan. Non loin, une réplique en bois du Reichsadler, l'aigle impérial repris par la propagande nazie, ou encore un drapeau des Confédérés. Une collection pour le moins dérangeante exposée au regard de tous les chineurs qui ont déambulé dimanche dans les rues de Florée (Assesse). C'est l'un d'eux qui nous a alertés hier.

Contacté, Gilles Graindorge, le bourgmestre d'Assesse, se dit "franchement choqué" par la présence de cet objet sur la brocante. Il explique "être en total désaccord avec toute exhibition de symbole raciste ou nazi". Mais au-delà de cet écœurement, s'agissait-il pour autant d'une infraction ?

Fermeté à Temploux

Comme pour toute activité commerciale, la vente d'objets d'occasion est encadrée par la loi, et certaines pratiques relèvent de l'ordre communal. À Temploux par exemple, qui accueille chaque année l'une des plus grandes brocantes de Wallonie, les règles sont sans équivoque. "Il est interdit de vendre tout objet qui ferait d'une manière ou d'une autre l'apologie du nazisme, fascisme, terrorisme ou de toute idéologie qui serait contraire aux droits de l'homme, insiste la bourgmestre, Charlotte Bazelaire. Nos placiers sont très attentifs à cela."

"Cette déclaration fait écho à la loi fédérale du 23 mars 1995 ", confirme Benjamin Biard, docteur en sciences politiques. "Elle vise à réprimer la négation, la minimisation, la justification ou l'approbation du génocide commis par le régime du NSDAP durant la Seconde Guerre mondiale."

Et l'expert de poursuivre: "La loi antiraciste de 1980 va dans le même sens en condamnant toute incitation à la haine et à la discrimination" L'utilisation de symboles nazis ou xénophobes à des fins apologiques peut donc, selon les circonstances, tomber sous le coup de la loi.

Une frontière fragile

Mais la simple vente de ces objets constitue-t-elle pour autant un acte de propagande ? Toute l'ambiguïté réside dans cette distinction.

Prenons Mein Kampf, l'ouvrage écrit par Adolf Hitler dans les années 1920: sa vente n'est pas, en elle-même, interdite en Belgique. En réalité, la légalité de ce type d'objet s'apprécie au cas par cas. L'exposition d'armes, d'uniformes ou de symboles nazis peut ainsi relever de la propagande, mais aussi se présenter comme une "valeur de collection historique". Dans ce second cas, la vente serait légale.

Plusieurs grands rendez-vous de vente d'objets anciens prennent toutefois la question au sérieux. C'est notamment le cas de Militaria Ciney, présentée comme la plus grande bourse d'objets militaires d'Europe. "Nous veillons toujours à cacher les symboles les plus ostentatoires, comme les croix gammées ou le signe SS, avec des autocollants. Mais quand il est vérifié que c'est bien un objet authentique, ça appartient à l'histoire et c'est tout à fait légal ", conclut une responsable de Militaria Ciney.

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