Sortie ciné. Les Misérables : Vincent Lindon en Jean Valjean, comme une évidence
Il ne faut pas être n’importe quel acteur pour jouer Jean Valjean. Le personnage, culte, est d’une exigence folle, et il ne faut pas se fier à sa description simple dans le roman d’origine de 1862 par Victor qui l’imagine à Digne, à l’automne 1815, loqueteux et sinistre, « un homme de moyenne taille, trapu et robuste, dans la force de l’âge ».
Jean Valjean, dans toutes ses métamorphoses identitaires au long de sa trajectoire de rédemption, de résilience et de mutation de voleur en homme bon, ne se laisse pas enfermer. Car sa personnalité est plurielle, complexe, paradoxale. D’où le grand acteur utile et nécessaire à l’incarnation appropriée de ce héros, parmi les plus célèbres de la littérature.
Vincent Lindon est l’homme de la situation et du personnage, ancien forçat devenu bourgeois probe, accédant à la notabilité la plus respectable (maire, chef d’entreprise). Il le porte haut, comme avant lui Jean Gabin dans la version de Jean-Paul Le Chanois de 1958, Lino Ventura dans celle de Robert Hossein en 1982, même Jean-Paul Belmondo dans la relecture lointaine de l’histoire du bagnard transposée au XXe siècle par Claude Lelouch en 1995.
Lindon comme une évidence
Si Grégory Gadebois n’avait pas convaincu dans Jean Valjean (2025) d’Eric Besnard, la dernière apparition à date du personnage, c‘était moins parce qu’il manquait de jeu, bloc massif et imposant, mais parce qu’il ne trouvait pas la physicalité adéquate du personnage, l’autorité de sa voix, le vécu sur son visage, la prestance de son allure, la droiture alignée de son élégance morale.
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Vincent Lindon a tout cela : une façon d‘être entier ; une voix singulière ; un regard pénétrant ; et par-dessus tout, une manière d’être toujours droit dans un personnage, même au caractère insaisissable, tordu et tourmenté. Dans sa filmographie, l’autre évidence, outre celle de son jeu, est celle de la prise d’une position sociale, politique en tout état de cause. Il prétendra que ce sont des rôles de cinéma qu’il endosse, mais il est permis de voir dans son engagement à jouer Valjean en justicier à l’humanisme compassionnel, une conviction qu’il tire du réel social.
Vincent Lindon relève la superproduction d‘époque et de spectacle de Fred Cavayé à plus 30 millions d’euros, qui souffre, outre sa mise en scène classique illustrative, d’un casting distingué mais inégalement réussi : Camille Cottin et Benjamin Lavernhe sont des Thénardier de farce bien trop théâtrale ; Tahar Rahim enferme Javert dans le couloir étroit d’une vengeance sans nuance, et l’on regrette la raideur de Charles Vanel et la folie obsessionnelle de Michel Bouquet qui l’ont joué avant lui ; Vassili Schneider et Megan Northam se donnent vaillamment le bras pour donner de l‘élan à Marius et Cosette, et redonner du souffle romanesque à une adaptation qui manque de soulèvement, jusque sur les barricades subversives de la révolte hugolienne où meurt Gavroche.
Les Misérables de Fred Cavayé, en salles dès ce mercredi 14 octobre. Durée : 2 h 56