Sortie ciné. La Fille Condor : dans les Andes, le chant hypnotique d’une jeunesse en quête de liberté

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En Bolivie, un récit d’apprentissage et d'émancipation à la cinématographie sublime, aux interprètes admirables.

Nathalie Chifflet -

Aujourd’hui à 07:30

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"La Fille Condor", d’Alvaro Olmos Torrico.  Photo Wayna Pitch.
"La Fille Condor", d’Alvaro Olmos Torrico.  Photo Wayna Pitch.

Tout commence par un chant en langue quechua. Il a la douceur d’une berceuse miraculeuse, enveloppant la douleur d’une parturiente dans sa maison. L’enfant naît, calme et apaisé, emmailloté avec soin. Le temps paraît suspendu. La vie va.

Tout est là, dans cette scène inaugurale simple et limpide : les personnages, leur vie, et les qualités impressionnantes du cinéma brillant d’Alvaro Olmos Torrico, son cadre, sa lumière, magnifiant les personnes, les visages, les gestes, comme les paysages des hauts plateaux des Andes boliviennes, tout en pentes raides où s’accrochent des paysans et des bêtes à la vie rude, dont sa caméra rend compte dans une approche naturaliste brute.

Promesse d'une vie meilleure

Dans cette scène sont installées les deux femmes autour desquelles tourne le récit : une vieille sage-femme qui court de maison en maison de pierre, sa fille adolescente à la voix d’ange, les gestes de l’une communiant avec le chant pur de l’autre, entourant de bienveillance et d’apaisement les femmes. Se jouent aussi déjà là la transmission et l’apprentissage, que l’histoire mettra en question, littéralement : l’initiation à la tradition ancestrale d’accouchement se ramifie de manière connexe, pour interroger la place des femmes, le patriarcat, le sacrifice à la communauté, le poids des croyances et des superstitions, mais aussi le conflit des autochtones avec les autorités boliviennes, l‘étouffement de leur culture et l’aspiration à l’exode vers les villes aux lumières brillantes, promesses d’une vie meilleure, bien plus étincelante.

Alvaro Olmos Torrico, au travers de son récit d’apprentissage et d'émancipation, expose avec délicatesse les aspirations d’une jeunesse prise dans l’étau d’un conflit de loyauté à l'égard de sa communauté. La Fille Condor se déroule au sein de la vieille communauté de Totorani, qui se considère comme descendante des Incas et perpétue des coutumes et traditions, fortes, étouffantes, contraignantes, qui pèsent aux jeunes générations rêvant de modernité, d’amour et de liberté.

La Fille Condor ne se met pas seulement dans les pas de la jeune fille, rôle qu’embrasse avec intensité Marisol Vallejo Montano, qui ne surjoue jamais la transgression. Dès lors qu’elle atteint la ville, le film la quitte, et comme pour garder son équilibre, les séquences observent les effets de son absence, la perte, la douleur de la mère, à qui Maria Magdaleno Sanizo confère une dignité dont la mesure est déchirante. Toutes deux portent l’histoire jusqu‘à une forme d’état de grâce.

La Fille Condor d’Alvaro Olmos Torrico, en salle dès ce mercredi 19 août. Durée : 1 h 49

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