Sortie ciné. De la Comédie-Française : une farce théâtrale immanquable
N‘écoutez pas ceux qui ne croient pas en vous : croyez en vous-même. Ce pourrait être le mantra de Bertrand Usclat. Passé par le Conservatoire national d’art dramatique de Paris, où il a mangé du clown aux cours qualifiés de Yvo Mentens, il a commencé par foirer ses castings, avant d’écrire pour lui-même et sa bande du Conservatoire, Moustafa Benaibout, Pauline Clément, Johann Cuny, des fondus avec qui il a fondé le collectif Yes Vous Aime. YouTube, leurs vidéos satiriques bourrées d’autodérision, ont fait leur grand effet viral. Féru des Inconnus, des Nuls et des Guignols de l’info de Canal+, l’éclat de Bertrand Usclat est venu de la version détournée du média en ligne Brut, la série Broute - un must.
N‘écoutez pas ceux qui disent que la Comédie-Française est snob, élitiste avec ses grands textes, et d’un ennui mortel : croyez ce que vous voyez. Et si vous aimez, membres de l’illustre troupe, Laurent Stocker, Guillaume Gallienne ou encore Pauline Clément, vous le savez déjà, ils sont doués d’une verve comique : il y a du rire derrière le rideau rouge de leur travail sérieux.
La preuve in situ et par le truchement du cinéma dans le théâtre. Dans De la Comédie-Française, écrit à quatre plumes par Bertrand Usclat, Pauline Clément, Martin Darondeau et Clémence Dargent, tout est un peu vrai, tout est un peu faux : c’est la fiction qui exagère les frictions en coulisses, à quelques heures d’une première de Macbeth qu’il faut sauver de la catastrophe, c’est-à-dire de l’annulation. Attention : l’écriture est ultra-fine, coupante, incisive, et c’en est vraiment épatant - un bonheur. Au dernier Festival de la comédie de l’Alpe d’Huez, leur film a raflé quatre prix - du jamais vu. Les premiers publics ont été conquis.
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Une comédie immanquable
Dans un mélange de bouffonnerie et de désespoir se succèdent les retards, les contretemps, les déconvenues, les péripéties, les rivalités, le stress qui monte avant la représentation. Dans le temps compressé de cette histoire simple et resserrée sur un soir au Français, les emmerdes volent en escadrilles : ça secoue, ça chahute, ça malmène, et dans une veine burlesque se joue une délectable farce outrancière. Entre le retournement de situation, la cocasserie et même l’intrigue amoureuse, on se croirait chez Molière - c’est Benjamin Lavernhe qui le joue d’ailleurs là.
Les comédiens tous épatants du Français (Guillaume Gallienne, Christian Hecq, Laurent Stocker, Julien Frison, Marina Hands, Sefa Yeboah, Florence Viala…) redoublent de comique, avec un évident plaisir de jouer. Ils ont l’air de s’amuser comme des fous, et c’est communicatif. Si la vénérable troupe passait de l’autre côté de l’écran, elle entendrait nos fous rires de connivence, et à la fin nos bravos. La réjouissante Pauline Clément, vive, animée, élastique, en récolterait de nombreux : elle porte le film, de sa vis comica singulière.
Il n’y aurait pas assez de place sur l’affiche, si on devait y mettre la liste de tous les adjectifs qui vont bien à cette comédie unique. En voici quelques-uns : redoutable, folle, absurde, excessive, délirante, déjantée, fantaisiste, hilarante, irrésistible, exceptionnelle, immanquable, mémorable…
De la Comédie-Française de Martin Darondeau et Bertrand Usclat, en salles dès ce mercredi 22 juillet. Durée : 1 h 15.