Une « vente aux enchères », dénoncent les opposants

Des regroupements citoyens accusent le premier ministre canadien, Mark Carney, de vouloir privatiser les institutions publiques au profit des grands groupes financiers mondiaux invités à son sommet de l'investissement cette semaine à Toronto.

De grands noms du monde de la finance sont attendus à l'événement à huis clos, notamment le PDG de Blackstone, Jon Gray, celui de BlackRock, Larry Fink, et le PDG du groupe Barclays, C.S. Venkatakrishnan.

 C'est un sommet de désinvestissement, dénonce Nikolas Barry-Shaw, responsable des campagnes du Conseil des Canadiens, une organisation citoyenne.

Des manifestants organisent une marche pour s'opposer au sommet sur l'investissement au Canada, organisé par le premier ministre Mark Carney, à Toronto le 14 septembre 2026.

Entre 400 et 500 personnes ont assisté à un contre-sommet du Conseil des Canadiens à l'Université de l’EADO pour s'opposer à celui de Mark Carney.

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Selon lui, les investisseurs seraient intéressés par l'achat des infrastructures publiques du Canada, comme les systèmes de traitement de l'eau, les aéroports, les autoroutes et les ports.

Il soutient d'ailleurs qu'une telle chose ferait augmenter le coût de la vie, rappelant que la privatisation de certaines autoroutes a mené à l'introduction du péage. L'autoroute 407 est d'ailleurs un exemple négatif qu'il ne faut pas reproduire, selon lui.

[Le sommet] est une vente aux enchères d'institutions publiques et d'infrastructures canadiennes.

Selon Nikolas Barry-Shaw, cette  vente d'infrastructures publiques va à l'encontre de la promesse que M. Carney a faite en campagne électorale, soit que le Canada  ne sera jamais à vendre.

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L'argent obtenu avec la vente d'actions permettrait au gouvernement de donner des subventions à d'autres entreprises qui, à leur tour, pourraient construire des  mégaprojets destructeurs, selon l'association World BEYOND War.

 Il s'agit de centres de données, d'usines d'armement, de pipelines et de mines géantes, soutient Rachel Small.

 On est en train d'utiliser les fonds publics pour faire des profits pour les [compagnies] pétrolières et les investisseurs étrangers.

Plusieurs s'inquiètent des conséquences de tels projets, notamment sur l'environnement ainsi que les communautés autochtones.

Des projets rentables?

Le professeur associé d'économie à l'Université d'Ottawa Jean-Thomas Bernard s'interroge sur la rentabilité de ces projets nécessitant des subventions, alors que les gouvernements fédéral et provinciaux fonctionnent avec d'énormes déficits budgétaires.

Il souligne que certains projets qui requièrent de grandes sommes d'argent ne seront pas nécessairement rentables pour le pays. Les mines de métaux rares en font partie, puisque leur prix varie constamment selon l'offre et la demande sur le plan international.

Jean Thomas Bernard pose dans un couloir en avant d'une bibliothèque.

Jean-Thomas Bernard est professeur associé d'économie à l'Université d'Ottawa. (Photo d'archives)

Photo : Gracieuseté de l'Université d'Ottawa

 Ce qui va déterminer la rentabilité, c'est les prix futurs de ces biens-là à l'égard des coûts que l'Ontario devra supporter pour les réaliser, explique l'expert.

M. Bernard rappelle, à titre d'exemple, le cas du gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador, qui, après avoir appuyé le projet de Muskrat Falls, a finalement dû débourser une énorme somme pour ensuite se retrouver en crise économique.

Il raconte que le processus réglementaire pour développer un mégaprojet prend beaucoup de temps au Canada, ce qui peut décourager des investisseurs potentiels.

On a approuvé le développement d'un autre pipeline vers la côte ouest, mais à nouveau, il n'y a aucune entreprise privée qui s'est présentée.

Le problème, selon lui, est que tout retard dans le processus peut impliquer des coûts supplémentaires. Les entreprises perdaient des profits puisqu'elles ne pouvaient pas produire pendant le processus.

Toutefois, l'événement permet au gouvernement fédéral de  redorer la réputation du Canada en ce qui a trait aux investissements, croit le professeur.

Nikolas Barry-Shaw s'adresse à une foule.

Le Conseil des Canadiens aimerait voir des investissements dans la santé, l'éducation et dans une transition verte, plutôt que dans des compagnies étrangères, soutient Nicolas Barry-Shaw, responsable des campagnes de l'organisation citoyenne.

Photo : Radio-Canada

Le sommet de l'investissement permettrait donc de montrer aux entreprises que le processus s'est accéléré. Cela leur enverrait aussi un signal que le gouvernement est maintenant prêt à les aider durant le processus d'investissement, selon le professeur.

Notre avenir ne devrait pas être décidé lors de sommets à huis clos par les riches de ce monde, affirme le groupe Le capitalisme n'est pas réformable sur son site.

Nikolas Barry-Shaw est du même avis. Il ajoute qu'il aimerait que le gouvernement Carney prenne davantage en compte l'opinion publique avant de prendre de telles décisions.

Une manifestation s'est tenue lundi soir à la place Nathan Phillips devant l'hôtel de ville de Toronto.