Société. « Une bulle d’air » : l’association Fifty Fifty aide des femmes victimes de violences grâce au sport

« C’était émotionnellement très fort. » Plus de trois mois après, Anne-Cécile semble encore touchée et pleine de gratitude au moment d’évoquer son expérience avec l’association Fifty Fifty. Un an et demi après la séparation avec son mari, cette mère de deux jeunes enfants, victime de violences intrafamiliales, a participé en juin à un programme de reconstruction par le sport. Tous les lundis pendant cinq semaines, elle a rejoint le yacht-club de Carnac, dans le Morbihan, en compagnie de sept autres femmes. Toutes ont subi différentes formes de violence.

Au programme : des sessions pour se sentir à l’aise dans (et sur) l’eau, puis découvrir les rudiments de la navigation jusqu’à pratiquer la voile en mer. Chacune à son rythme, sous la houlette d’un médecin et d’un moniteur. Sous l’œil bienveillant de Nathalie Grubac, co-fondatrice de Fifty Fifty en 2017 et à l’origine de ce programme assez novateur, qui « voulait œuvrer pour les femmes, mais avec les hommes ». Car c’est la raison d’être de son association : promouvoir la mixité dans le sport, de la voile au golf.

« Les violences répétées endommagent une partie du cerveau. J’ai cherché comment réparer ça, avec un ami médecin, car on sait que le cerveau est plastique, détaille cette ancienne professeure d’EPS, qui se consacre depuis trois ans à 100 % à ce projet. On a ciblé deux sports précisément, la voile et le vélo, car ils permettent la gestion des équilibres et déséquilibres - la proprioception - et la gestion des sensations fines, la kinesthésie. » Ces sports de plein air permettent aussi de « reconnecter le corps et l’esprit », poursuit Nathalie Grubac, qui a un leitmotiv : « Remettre les femmes en mouvement. »

Sur un voilier comme sur un VTT, les participantes à ces programmes sont en quête d’équilibre. Photo DR

Sur un voilier comme sur un VTT, les participantes à ces programmes sont en quête d’équilibre. Photo DR

Lever les freins et reprendre confiance

Anne-Cécile, 48 ans, en a très vite ressenti les effets positifs. « Quand on est victime de discours dévalorisants ou de postures agressives, ça altère notre estime de soi. Cette expérience m’a reconnectée à des besoins que j’avais un peu étouffés et que je ne soupçonnais pas. J’avais plein de blocages, j’en ai pris conscience et j’ai commencé à les lever. J’ai vu de quoi j’étais capable, ça a renforcé ma confiance en moi », égrène-t-elle. En quelques années, plus de 200 femmes, âgées de 18 à 82 ans, ont pu suivre ces séances, de la voile ou de VTT, dans le Morbihan, à Lyon ou encore en Haute-Savoie.

« Quand on sort de contextes toxiques et violents, on est extrêmement touchées par cette bienveillance, cette solidarité, ces gens à l’écoute et attentionnés », abonde Pauline. Dans le cadre de sa procédure de divorce, pour s’extraire d’un « schéma patriarcal avec un conjoint dominant et macho », cette mère de quatre garçons a participé à l’un des premiers programmes VTT de Fifty Fifty, il y a trois ans à Lyon, via le Centre d’information du droit des femmes et des familles (CIDFF).

« On souhaite qu’elles retrouvent une autonomie »

Sur le même principe : 35 heures réparties en cinq séances, avec des exercices très variés, et parfois avec les conseils de certains des parrains et marraines de l’association (*). « Beaucoup de ces femmes n’avaient jamais fait de vélo ou avaient perdu l’équilibre, c’est l’un des symptômes, reprend Nathalie Grubac. Le vélo permet aussi de leur offrir les moyens de l’autonomie. »

Des moments forts, des larmes, du soutien et de l’écoute : Pauline comme Anne-Cécile s’accordent pour comparer cette expérience à « une bulle d’air », dont elles louent encore les vertus. Mais pour la créatrice de ce programme qui commence à essaimer en Europe, pas question de le prolonger au-delà de ces 5 séances. « Être victime de violences, ce n’est pas ce qui définit ces femmes. C’est un moment de leur vie, et on espère qu’il va vite être derrière. On souhaite qu’elles retrouvent une autonomie, un pouvoir d’agir, pour ne pas créer une dépendance, justifie-t-elle. Elles s’attachent à nous bien sûr, et on sera là. Mais on ne veut vraiment pas les garder. » Le mouvement, toujours.

(*) Cette année, la handballeuse de Besançon Sabrina Zazaï et l’explorateur à vélo Fred Horny sont devenus marraine et parrain.

3919 - Violences femmes info

En France, un numéro d'appel national, le 3919, est dédié à l'écoute et à l'orientation des femmes victimes de violence. Appel gratuit et anonyme, service accessible 24h/24 et 7 jours sur 7.

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