Social. Blocus des lycées : le mouvement gagne les universités et dégénère, l'inquiétude grandit

Le mouvement de protestation des lycéens a clairement muté. Selon Matignon, il a basculé vers des « violences urbaines ». La mobilisation, qui a démarré la semaine dernière, a pris une nouvelle ampleur ce jeudi : une source sécuritaire a évoqué  près de 900 actions recensées à travers la France. Selon le ministère de l'Intérieur, 1 949 personnes ont été interpellées. Signe d’extension du mouvement : des universités ont rejoint les lycées. Selon l’Union étudiante, une trentaine de campus étaient bloqués ce jeudi matin, à Paris, Strasbourg, Marseille, Lyon 2, Reims, Poitiers ou encore Nanterre. La Fage, première organisation représentative étudiante, a aussi apporté son soutien à ce mouvement. « Cette accélération du mouvement est liée aux réseaux sociaux. Les appels à la mobilisation se répandent comme une trainée de poudre », explique Valérie Becquet, sociologue à Cergy Paris Université.

Et les violences sont montées d’un cran. Plusieurs proviseurs ont été la cible d’agressions ou ont été blessés lors des blocages de lycées, comme à Rouen, Orléans, Clermont-Ferrand, Auchel, Marseille… « Les violences commises depuis ce matin aux abords des lycées sont d’une extrême gravité », a commenté sur X le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray. Mercredi, il dénombrait déjà 119 élèves et personnels blessés depuis le début des blocus. La circulation des bus, tramways et métros a été interrompue à Marseille en raison « des déprédations et des agressions de conducteurs » survenues dans la matinée sur le réseau, a annoncé la Régie des transports métropolitains (RTM).

Les proviseurs démunis

Les dégâts matériels sont aussi très nombreux. Le hall du lycée Nelson-Mandela à Nantes a été détruit par un incendie ce jeudi. À Marseille, la porte du lycée Victor-Hugo a aussi été incendiée et plusieurs membres du personnel ont reçu des projections d’essence, sans être blessés.

Le hall du lycée Nelson-Mandela à Nantes a été détruit par un incendie ce jeudi. Photo AFP/Sébastien Salom-Gomis

Le hall du lycée Nelson-Mandela à Nantes a été détruit par un incendie ce jeudi. Photo AFP/Sébastien Salom-Gomis

Cette colère a surpris les proviseurs : « D’habitude, il y a un mot d’ordre clair à la mobilisation des lycéens. Comme en 2020 où ils réclamaient la suppression des E3C (épreuves communes de contrôle continu introduites avec la réforme du bac). Là, les revendications sont très locales. Le mouvement est sans doute l’expression d’un mal-être », lance Carole Zerbib, porte-parole du syndicat des proviseurs, le SNPDEN-Unsa. « Les revendications sur les conditions d’étude ne sont pas nouvelles, mais on est en période préélectorale, ce qui explique que quelque chose se joue », analyse de son côté Valérie Becquet. L’inquiétude collective a encore gravi une nouvelle marche : « Chacun redoute l’incident de trop, l’accident dramatique ou les conséquences d’un acte irresponsable », a commenté Franck Leroy, président de la Région Grand Est dans un communiqué.

Le gouvernement tente de reprendre la main

Face à ce chaos, le gouvernement tente d’agir tous azimuts. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a présidé ce jeudi une cellule interministérielle de crise pour coordonner l’action du gouvernement. Plusieurs mesures ont été décidées. Le ministre de l’Éducation nationale a demandé que « les cours soient assurés à distance lorsque des dégradations ou des blocus empêchent l’accueil des élèves en toute sécurité ». Son annonce de mercredi concernant l’ouverture d’une « plateforme de concertation » sur laquelle les lycéens pourront y déposer leurs revendications n’a pas apaisé les manifestants. Pour tenter de rétablir le dialogue, Édouard Geffray a annoncé sur X qu’il recevra vendredi les associations lycéennes (dont l’Union syndicale lycéenne, tête de pont de la mobilisation) et de parents d’élèves, ainsi que les syndicats de l’Éducation.

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Quant au ministre de l’Intérieur, il a appelé les forces de l’ordre à une riposte graduée. Car la présence de mineurs rend les interventions particulièrement délicates. D’autant que l’IGPN, la « police des polices », a déjà été saisie de trois enquêtes après que des lycéens ont été blessés lors de blocages d‘établissements. De son côté, le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a réuni ce jeudi les 36 procureurs généraux pour « faire un point sur la fermeté de la réponse pénale » consécutive aux arrestations.

Selon le Fage, « pour permettre l’apaisement, le gouvernement doit désormais entendre ces revendications et y apporter des réponses concrètes ». De son côté Carole Zerbib n’est guère optimiste : « Comme ce mouvement est désorganisé, on ne sait pas avec qui négocier. Et les revendications sont tellement disparates, qu’il sera difficile d’y répondre. Dans cette mesure, on n’imagine pas la fin du mouvement avant les vacances de la Toussaint. »