Social. Belfort, Montélimar… la police accusée d’avoir foncé sur des lycéens dans plusieurs villes
Des policiers en roues libres ? Plusieurs vidéos montrant des voitures de police foncer en direction de la foule ont été publiées sur les réseaux sociaux ces derniers jours en plein mouvement des lycéens. Dunkerque, Belfort, Bourgoin-Jallieu, Montélimar… Le média indépendant Streetpress a répertorié neuf situations de ce type en cinq jours, entre le 1er octobre et le 5 octobre.
Sur les 24 enquêtes ouvertes par l’IGPN (Inspection générale de la police nationale) depuis le début des manifestations lycéennes, au moins deux concernent la conduite dangereuse d’un véhicule de police. Des enquêtes judiciaires ont aussi été diligentées, notamment pour les cas de Dunkerque et Belfort.
Petit rappel des faits
À Dunkerque (Nord), les faits se sont produits le 5 octobre. Les vidéos montrent un 4x4 de la police nationale se diriger à vive allure vers un groupe de lycéens. Une adolescente de 14 ans a porté plainte après avoir été percutée par le Toyota Land Cruiser. Le véhicule de police l’aurait heurtée en reculant, sans qu'elle tombe. Le parquet a ouvert une enquête pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Une enquête administrative a également été ouverte.
À Belfort, c’est le comportement des policiers de la Bac (brigade anticriminalité) qui pose question. Le 1er octobre, une voiture banalisée a été filmée montant sur un trottoir alors qu’un jeune homme y courait. Le procureur de la République Paul-Édouard Lallois a ouvert une enquête judiciaire. Selon lui, les policiers intervenaient afin d’interpeller un groupe de jeunes qui avait jeté des pavés sur leur voiture.
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Le même jour, un véhicule également banalisé, a été filmé à Troyes (Aube), dans plusieurs endroits de la ville, fonçant vers un groupe de lycéens que les policiers ont aspergé de gaz lacrymogène depuis leurs fenêtres. Le matin du 2 octobre, à Montélimar (Drôme) un véhicule de police a pris le rond-point par lequel arrive le cortège et a traversé la foule à pleine vitesse. Ces policiers venaient d'être victimes de jets de projectiles et seraient, selon des témoins, montés dans leur voiture et partis en trombe en direction des manifestants.
Le 5 octobre au matin, c’est là encore une voiture de police banalisée qui a surgi sur les pelouses et foncé vers la foule, en pleine manifestation lycéenne au parc des Lilattes, à Bourgoin-Jallieu, en Isère. À Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône), le chef de la police municipale, accusé d’être le conducteur d’un véhicule qui a foncé dans une foule de lycéens le 2 octobre, a été suspendu.
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Des vidéos montrant des policiers à moto font aussi polémique. Le 2 octobre à Montpellier (Hérault), un journaliste, Valentin Levetti, a été percuté par un policier en civil à moto, et blessé au tibia. Le journaliste a déposé plainte. L’agent arborait à l’arrière de son casque un sticker "The Punisher", une figure prisée par l’extrême droite. La veille, au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis), c’est un lycéen qui a été percuté sur un trottoir par un policier municipal à moto.
Un sentiment d'impunité ?
C’est la première fois que ce genre de comportement policier est documenté. Pour Mathieu Zagrodzki, chercheur associé au Cesdip, il n’y a « aucune logique opérationnelle qui justifie ce type de comportement dangereux ». « Est-ce que c’est un sentiment d’impunité, couplé à une volonté d’intimider les lycéens ? Est-ce qu’il y a un effet de fatigue parce qu’on s’est fait caillasser ? Il peut y avoir un petit peu de tout cela », estime le spécialiste de la police, qui parle néanmoins de « cas isolés ». Il précise : « Le comportement policier est la conjonction d’une formation, d’un management, de consignes politiques et de l’état psychologique du moment ».
Pour sa part, Évelyne Sire-Marin, vice-présidente de la Ligue des droits de l’Homme, observe que « les policiers municipaux et la BAC [ainsi que d'autres policiers nationaux, NDLR] ont été les premières unités mobilisées pour intervenir au début du mouvement lycéen. Or, ces agents ne sont pas formés au maintien de l’ordre, contrairement aux CRS et aux gendarmes mobiles ».
Forte répression
Ce mouvement lycéen a donné lieu à un nombre très élevé d’interpellations, contrairement aux précédents mouvements sociaux. Plus de 6 800 personnes, dont 86 % de mineurs, ont été placées en garde à vue depuis le début du mouvement et 21 écrouées, selon les derniers chiffres du ministère de la Justice.
Plusieurs hypothèses peuvent expliquer cette répression du mouvement : « La première, c’est que les mouvements sociaux se durcissent et il y a plus de confrontations, de dégradations, de violences qu’avant, mais cela est très compliqué à objectiver », explique le chercheur Mathieu Zagrodzki. « De l’autre côté, on est à quelques mois d’une élection présidentielle avec un Rassemblement national qui caracole en tête des sondages sur des positions qui sont clairement répressives. Et donc, il y a aussi un enjeu politique et communicationnel qui est, face à une opinion publique qui est en demande d’ordre, de dire qu’on ne reste pas les bras croisés. Et ne pas rester les bras croisés, c’est quoi ? C’est la judiciarisation et l’interpellation, c’est quantifiable », poursuit le spécialiste.
« Des policiers qui se dégagent de prises à partie »
Interrogé mercredi dernier à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez affirmait avoir « vu ces images » mais que « pour les trois quarts d’entre elles, ce sont des équipages qui se dégagent de prises à partie. Donc vous avez l’illusion d’un véhicule qui fonce sur la foule, mais non, en fait ce sont des véhicules qui se dégagent pour éviter des accidents graves ».
Ce dimanche, le Défenseur des droits François-Noël Buffet, autorité administrative indépendante chargée notamment de veiller au respect de la déontologie par les forces de l’ordre, a annoncé avoir reçu 28 saisines individuelles depuis le début du mouvement lycéen.