Simplifier la vie des pilotes, forcer l'ennemi à se découvrir... L'armée de l'Air développe l'intelligence artificielle dans ses avions Rafale et Mirage pour un "combat collaboratif" encore plus éclair
Simplifier la vie des pilotes, forcer l'ennemi à se découvrir... L'armée de l'Air développe l'intelligence artificielle dans ses avions Rafale et Mirage pour un "combat collaboratif" encore plus éclair
Publié aujourd'hui à 07h59
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Un avion de chasse Rafale décolle de la base aérienne 120 de Cazaux, dans le sud-ouest de la France, le 29 janvier 2026, lors d'un exercice. - PHILIPPE LOPEZ
Combats collaboratifs avec des drones, analyse massive de données, assistance aux pilotes... La France travaille sur l'intégration de l'intelligence artificielle sur ses avions de chasse. L'armée de l'Air effectue déjà des tests approfondis sur deux d'entre eux sur la base de Mont-de-Marsan.
"De véritables ordinateurs qui volent": c'est comme cela que le colonel Cédric, chef de bureau développement capacitaire de l'état-major de l'armée de l'Air et de l'Espace, imagine à quoi ressembleront les futurs avions de chasse de l'armée française. À travers le projet HypAIRion, lancé en juillet dernier, la France entend regrouper toutes les initiatives en lien avec l'intégration de l'intelligence artificielle sur les aéronefs français.
L'objectif de l'armée est de faire voler des drones avec des avions de chasse "à horizon 2028", à travers "le combat collaboratif". Deux Mirage 2000 sont "en train d'être transformés en bancs d'essai IA" sur la base de Mont-de-Marsan. Déjà en juillet, Dassault a annoncé avoir "simulé une passe de tir" sur un radar localisé à "plusieurs dizaines de kilomètres" par un drone développé par la start-up Harmattan AI.

Ces drones de combat collaboratif, qu'est-ce que c'est?
"On peut se représenter ça comme un avion de chasse simplifié et sans pilote, plus simple et surtout moins cher", décrit le colonel Cédric, chef du bureau développement capacitaire de l'État-major de l'armée de l'Air et de l'Espace.
"Ils vont forcer l'ennemi à allumer ses radars et à se dévoiler. Ils vont pouvoir porter des armements et surtout ils permettent de faire prendre des risques uniquement à la plateforme inhabitée et non à la plateforme habitée", explique-t-il lors d'un point presse début octobre.
Demain, l'IA va "assister" le pilote "dans toutes ses tâches"
Mais les pilotes de chasse n'ont-ils pas déjà autre chose à faire que de s'occuper d'un drone à côté de leur avion? C'est l'un des défis de l'armée qui reconnaît "la charge cognitive extrêmement dense" pour les pilotes dans un "environnement changeant avec des menaces aériennes qui évoluent très vite autour de lui".

"Aujourd'hui, l'équipage doit bien évidemment piloter son aéronef, mais aussi gérer ses capteurs et radar, se constituer une idée de la situation tactique, avec des informations envoyées par ses équipiers, alliés ou centre de contrôle, en déduire l'option tactique privilégiée pour répondre à son besoin et organiser le travail au sein de sa patrouille pour atteindre ses objectifs", liste l’ingénieur général de l’armement Sébastien, directeur du programme Rafale au sein de la Direction générale de l’armement (DGA).
Pour toutes ces missions du pilote, il imagine que "demain, l'intelligence artificielle l'assistera dans toutes ces tâches pour lui procurer plus de réactivité et d'efficacité".
"L'objectif de l'intégration de l'intelligence artificielle dans le Rafale, c'est de simplifier la vie de l'équipage en améliorant son efficacité opérationnelle", explique-t-il.
Simplifier son travail oui, mais aussi lui permettre d'agir rapidement face à une masse importante de données récoltées. "Dans le combat aérospatial, celui qui prend l'ascendant est celui qui détecte, qui comprend, qui décide et qui agit plus vite que son adversaire. Il faudra faciliter la tâche de l'équipage et l'aider en fait à prendre les décisions", selon le colonel Cédric.
Un "premier apport concret" de l'IA
Alors dans le cockpit, à quoi cela pourra ressembler? Si le programme HypAIRion est "à vocation expérimentale" pour l'heure, il existe déjà un "premier apport concret", d'après l’ingénieur général de l’armement Sébastien. Ce responsable de la DGA cite le déploiement prévu en 2027 de l'IA dans le pod de désignation laser Talios. Ce cylindre, fixé sous l'avion et équipé de fenêtres et de caméras, permet au pilote d'avoir une meilleure vision et de détecter des cibles.
"L'équipage peut lancer un scan du pod sur une zone d'intérêt. Le pod observe la scène, la balaie et l'intelligence artificielle analyse les images afin de détecter d'éventuelles cibles désignant les véhicules pouvant constituer une menace ou un objectif prioritaire en les catégorisant", détaille l'ingénieur général de l'armement Sébastien. Pendant l'analyse de l'IA, "l'équipage peut se livrer à d'autres tâches", selon lui.
Le futur Rafale F5 "s'appuiera davantage" sur l'IA
Pour sa part, Dassault, le constructeur du Rafale, a annoncé fin septembre avoir testé en vol sur deux appareils "deux nouveaux algorithmes souverains d’intelligence artificielle", l'un développé par l'avionneur lui-même, le second avec Thales/cortAIx.
"Le développement de ces nouvelles fonctions s’inscrit dans une démarche globale visant à intégrer dans le cockpit une IA maîtrisée et supervisée au service de l’équipage humain. Elles ont atteint un niveau de maturité qui les rend éligibles aux prochaines évolutions du Rafale", se félicite l'entreprise. Celle-ci planche sur la nouvelle version du Rafale, le F5, une forme de "rénovation à mi-vie" de l'avion.
Sur notre antenne en août dernier, Éric Trappier, le patron de Dassault, évoquait son arrivée vers 2034. Sur cette nouvelle version, "tous les nouveaux matériels (...) sont pensés pour intégrer l'intelligence artificielle". "Le Rafale s'appuiera encore davantage sur l'intelligence artificielle pour garantir la supériorité aérienne", prédit l’ingénieur général de l’armement Sébastien.
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Si l'IA occupe sans doute une place de plus en plus importante dans les combats aériens futurs, elle doit rester un assistant et ne pourra pas prendre la décision d'enclencher un tir par exemple. Une option reste donc totalement écartée par la France: remplacer totalement l'humain par l'intelligence artificielle dans le cockpit du Rafale. Y aura-t-il toujours un pilote dans l'avion? À coup sûr.
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