« Si vous trouvez que c’est un bon projet, mettez un mot dans l’enquête publique ! » : pourquoi ce maire défend le projet du plus grand parc solaire dans le Var
« Si vous trouvez que c’est un bon projet, mettez un mot dans l’enquête publique ! »
Philippe Roux, maire de Vins depuis ce printemps, est un fervent défenseur du projet de parc photovoltaïque Boralex du domaine de Mazagran. Et s’il est conscient que le projet ne fait pas l’unanimité, « ce qui est tout à fait normal, et il faut écouter et respecter toutes les opinions, bien sûr », il ne manque pas d’arguments en faveur du parc.
« Il est vrai qu’initialement, le premier projet prévoyait 240 hectares de parc solaire, ce qui était probablement démesuré. Mais les responsables de Boralex ont écouté et intégré les remarques justifiées, et ont totalement revu leur copie, avec ce parc de 78 hectares, en 4 ilôts séparés, sur des terres en grande partie anthropisées, sur lesquelles on trouve des dalles de béton, et surtout des traces d’agriculture... Au milieu du XXe siècle, ce plateau était planté de vignes et d’oliviers », rappelle ainsi Philippe Roux, comme pour justifier que des champs de panneaux s’y substituent.
Le maire évoque évidemment « la nécessité de produire localement de l’énergie propre et renouvelable », même si elle ne sera pas consommée localement. Mais ce sont surtout les enjeux locaux, qui l’intéressent. Ainsi, « des retombées substantielles pour les communes » seraient liées à l’aboutissement du projet. Philippe Roux pointe « la taxe d’aménagement, l’IFER (impôt forfaitaire sur les erntreprises de réseaux), des retombées liées aux servitudes, droits de passage, de tréfonds... Des retombées sont aussi destinées aux intercos, et au Département, tout cela n’est pas neutre. » En outre, « le porteur de projet s’est aussi engagé à verser un loyer à la commune ».
Boralex appuie sur cet aspect local. La page de son site consacré au projet Mazagran liste ainsi « la valorisation du patrimoine historique et local » en rouvrant notamment le chemin de randonnée de Vins à Cabasse, mais aussi une « priorité aux entreprises varoises et régionales » pour les chantiers, intégrant des clauses d’insertion, ou encore le soutien « au tissu associatif local » via « un dispositif de mécénat et de parrainage ».
Philippe Zamari / Var-Matin
Beaucoup de belles promesses ? « A Vins, on a fait l’expérience il y a quelques années d’une grande entreprise qui nous a promis monts et merveilles, sans rien voir ou presque au final » répond Philippe Roux. « Nous ne nous ferons pas avoir deux fois, je veillerai personnellement à ce que ces engagements soient mentionnés par écrit et contractualisés, nous assurerons un suivi ».
Près d’un million d’euros de compensation au titre de la reforestation
Là où il est situé, sur ce plateau en hauteur, « le parc ne dénaturera pas le paysage, puisqu’il n’est visible ni depuis le village de Cabasse, ni depuis celui de Vins », assure encore Philippe Roux. Et « il jouera un rôle de pare-feu très précieux. Ici, on a une vraie bombe à retardement en matière de risque incendie, un massif d’un millier d’hectares, quasiment non défendable. Le parc, et les cent hectares débroussaillés autour feront office de pare-feu ». Le projet prévoit en outre l’entretien des pistes DFCI et l’installation de 14 citernes DFCI sur le site, à charge de l’entreprise.
La DDTM ne partage pas ce point de vue. Dans un avis joint à l’enquête publique, la Direction des territoires du Var estime que « le projet est toujours situé en aléa feu de forêt subi très fort à exceptionnel ».De façon générale, les implantations « doivent être évitées dans ces zones ». Selon son analyse, « l’étude de solutions alternatives est insuffisante ». Et « le risque de feu induit par le projet ne peut être écarté ».Il existe même « un risque induit pour le village de Cabasse », selon l’un scénario de feu étudiés.
Par ailleurs, « une compensation de près d’un million d’euros au titre de la reforestation est prévue, à verser à l’ONF, et on compte bien faire en sorte que cela bénéficie aux territoires varois touchés par les incendies cet été », note encore le maire de Vins.
Enfin, Philippe Roux a aussi un argument de nature à faire pâlir les populations locales. « Depuis des années, on a vu, outre la piste de Michelin, émerger des projets plus ou moins aboutis de lotissement, d’aérodrome... On sait qu’il finira par s’y faire quelque chose. Et il vaudrait mieux que ce soit une source d’énergie propre que, par exemple, une prison, ou une usine de déchets que l’on nous imposerait... »
L’enquête publique est en cours
Depuis une grosse semaine, l’enquête publique pour ce projet bat son plein. Et les contributions sont nombreuses, et clairement divisées. « Ce grand projet permettra une réduction de l’empreinte carbone et participera à la transition énergétique, avec une production locale d’électricité. C’est un projet rentable sur le long terme avec des retombées économiques pour notre beau village qui permettra de développer de nouveaux projets pour les Vinsois », estime ainsi Ludivine P., qui remercie de « prendre en compte les voix de notre village ».
A contrario, Christian F. déclare être « pour la transition énergétique, mais pas au prix de notre environnement local. Les espaces naturels en Provence Verte constituent un patrimoine naturel inestimable pour les générations futures. Nous devons stopper immédiatement tous les projets industriels photovoltaïques en milieux naturels, car en prétendant répondre au chaos climatique, on accélère l’extinction massive d’une biodiversité déjà à genoux. »
Une dernière permanence est prévue ce jeudi 8 octobre, dernier jour d’ouverture de l’enquête, de 14h à 17h en mairie de Vins. Il est également possible de contribuer sur le registre dématérialisé, jusqu’au 8 octobre, et de consulter tous les documents nécessaires, ici.
D’autres projets dans les deux communes
S’il détonne par sa dimension, le projet Boralex n’est pas le seul concernant les communes de Vins et Cabasse. Ainsi, à Cabasse, un parc de 7,7 hectares, et d’une puissance de 6,5 MWc, est en pleine construction, sur le site d’une ancienne mine de bauxite au lieu-dit La Gagère. Il viendra jouxter un autre parc, déjà exploité depuis plusieurs années, sur une emprise de 25 hectares, pour une puissance de 11 MWc.
A Vins, il n’y a pas encore de parc. Mais le projet Boralex n’y est pas le seul à l’étude. « Un deuxième projet est porté par EDF sur un terrain, communal celui-ci, à proximité immédiate », indique le maire de Vins. Le projet d’EDF, à un stade aujourd’hui moins avancé que celui de Boralex, porte sur une surface de 36 hectares de panneaux. Mais Philippe Roux ne voit pas les deux projets se concrétiser. « Si l’un se fait, l’autre ne se fera probablement pas. Il y a une surface globale de parcs photovoltaïques à se partager parmi les communes du Scot, et il faut les répartir équitablement entre les territoires... »
Parcs solaires dans le Var : un état des lieux, 52 permis délivrés, et 72 projets en cours
Selon les services de la préfecture, l’énergie électrique renouvelable produite dans le Var (toutes filières confondues) s’élève à 1,2 TWh par an, ce qui représente 20,7 % de la consommation électrique du département. Parmi cette production, la capacité issue du photovoltaïque s’élève à 658 MW et produit 792 GWh par an, soit 13 % de la consommation électrique du département.
A date, «parmi les 52 permis de construire délivrés pour des centrales photovoltaïques au sol dans le Var, 45 installations sont en fonctionnement et injectent de l’électricité dans le réseau ». Dans le Var, « il est observé que le développement des centrales photovoltaïques au sol (CPS) s’effectue principalement en zone boisée, ce qui soulève des enjeux majeurs liés à l’aléa feux de forêts» observent encore les services de l’Etat
Actuellement, 72 projets de centrales photovoltaïques au sol en cours sont recensés, à différents stades d’évolution, dont 17 font l’objet d’une instruction administrative.
Aujourd’hui, le projet Boralex sur Vins-Cabasse et ses 78 hectares d’emprise en ferait, selon l’observatoire des énergies renouvelables et la préfecture, « le plus gros parc du Var, et le deuxième de la région PACA après celui des Mées. Et il figurerait a priori parmi les cinq plus gros de France ».
Un projet qui ne date pas d’hier
L’idée de réaliser un important parc photovoltaïque sur le « site Michelin », entre Vins-sur-Caramy et Cabasse, ne date pas d’hier. Une plongée dans les archives de Var-matin nous fait remonter au 2 décembre 2008. «Nous travaillons sur l’émergence d’un centre photovoltaïque. Nous sommes en pourparlers pour l’installer sur l’ex-site Michelin de Vins-Cabasse», y confiait ainsi Hubert Falco, alors maire de Toulon, mais aussi secrétaire d’Etat à l’aménagement du territoire. On était alors quelques mois après le fameux « Grenelle de l’environnement ». L’article indiquait alors « une surface de 300 hectares. Ce qui en ferait le plus grand centre photovoltaïque d’Europe »...