« Si je suis dans un état d'excitation extrême, c'est que l'autre l'est aussi » : Affaire Bruel, l'enquête exclusive

Convoqué à 8h30 ce 8 juin 2026, dans les locaux de la 1re DPJ de Paris,  Patrick Bruel arrive avec 5 minutes d’avance. Il le dit depuis le début de l’affaire : il a hâte de s’expliquer.

À 8h25 donc, sa garde à vue de 24 heures- renouvelable et qui sera renouvelée — lui est signifiée. Ses effets vestimentaires et son parfum, comptoir Cologne, sont conservés hors de sa portée. Dans la procédure, que nous avons pu consulter, sont énumérées les 13 accusations auxquelles il doit faire face : viols, tentatives de viol, agressions sexuelles, agression sexuelle sur mineur de plus de 15 ans, harcèlement sexuel, harcèlement moral, qui s’étalent du 30 août 1992 au 31 octobre 2012. Paris, Dinard, Monaco, Bruxelles, New York, Acapulco, les lieux dessinent une carte de France, et même du monde, au gré souvent, de ses concerts. Certaines accusations étant déjà parues dans la presse, le chanteur a pu se préparer à y répondre. Mais d’autres ne le sont pas.

C’est à 9h55, ce 8 juin que l’audition commence. Patrick Bruel est accompagné de deux de ses trois avocats, Maitres Céline Lasek et Fanny Colin. En raison de la nature criminelle de certains faits reprochés, l’audition est filmée. Le chanteur donne son accord pour que ses deux téléphones soient mis sous scellés et examinés.

Pendant sa garde à vie, il a répété : « je ne me souviens pas du tout »

Il décline son état civil, son métier : artiste depuis 1977, chanteur, acteur, producteur, son niveau d’études (un Deug sciences économiques, anglais, espagnol), ses 2 enfants à charge, son statut (célibataire), ses décorations (arts et lettres). Interrogé sur ses relations amoureuses, il énumère les trois qui ont été les plus longues, notamment celle qu’il vit actuellement avec Clémence, deux qui ont été sérieuses et son unique mariage, avec Amanda Sthers.

Interrogé sur l’impact de la procédure sur sa vie professionnelle, il précise qu’il a été obligé d’arrêter ses représentations au théâtre cinq jours avant la fin, qu’il a annulé ses représentations au cirque d’hiver et sa tournée d’été. Quant à ses autres business précise-t-il, « l’exploitation des ventes de vin a chuté et sur tous les produits Leos (le nom de sa marque d’huile d’olive NDLR). Et à l’heure qu’il est, l’hôtel ça va, mais ça le fragilise aussi. Parce que tout ce que j’ai fait dans ma vie, je l’ai fait autour de mon image, quand l’image est plus qu’altérée par des allégations jugées dans la presse avant même qu’on se parle, c’est violent ».

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Patrick Bruel précise qu’il ne boit pas et n’a aucune addiction, il se dit suivi par un psychiatre « depuis que les dernières affaires ont commencé », un psy rencontré en 2019, et qu’il prend un traitement car il se déclare « affecté au niveau santé ».

En raison des faits présumés, il est interrogé sur ses pratiques sexuelles et récuse les prestations tarifées « Ce n’est pas du tout mon truc d’être désiré pour autre chose que je suis. Vous me demandez si j’en ai besoin, je n’en ai pas besoin et surtout pas envie ». Il est également invité à donner les définitions des termes viol, agression sexuelle. Il n’y a que sur le harcèlement qu’il hésite : « C’est une insistance par des mots, par une répétition d’attentions, par un excès de textos, est-ce qu’envoyer des fleurs trop régulièrement à quelqu’un qui ne répond pas à vos attentes, est-ce que c’est ça ? Je ne sais pas… »

Parmi les treize femmes qui l’accusent, il y en a beaucoup dont il affirme ne pas se souvenir. C’est le cas d’Aurélie, la première affaire dont il a à répondre. Cette jeune chanteuse de 25 ans est venue en 2005 dans les bureaux de 14 Productions à Paris, pour lui faire écouter des maquettes. Selon ses déclarations, Patrick Bruel l’a accueilli seul. Pendant l’écoute, il serait passé derrière son siège et aurait commencé à lui masser les épaules avant de la soulever et de la porter dans une autre pièce où il lui aurait imposé une fellation. « Ça n’a pas pu arriver. Je ne contrains personne à quoi que ce soit » répond Patrick Bruel, expliquant qu’il est rare que ces entretiens se déroulent sans une collaboratrice à ses côtés. Il nie que ces entrevues professionnelles se transforment en relation sexuelle mais concède : « Vous pouvez rencontrer quelqu’un au bureau pour écouter une musique et par la suite, vous pouvez la revoir. Je ne dis pas que c’est arrivé mais je ne peux pas dire jamais. En général, ça reste professionnel. Parfois, il peut y avoir une relation sexuelle après ». Précisant : « Je n’ai aucun souvenir de ce genre de rencontres se terminant ainsi ».

« Envoyer des fleurs trop régulièrement à quelqu'un, c'est du harcèlement ? »

Aurélie évoque ensuite un second rendez-vous à Lyon le 25 février 2006 en marge d’un concert des Enfoirés, où Patrick Bruel l’aurait draguée puis conviée dans sa chambre d’hôtel et où ils auraient eu une relation sexuelle, cette fois consentie. « Il m’est arrivé de proposer à une jeune femme de monter dans ma chambre et avoir un rapport sexuel consenti : mais en l’occurrence, je ne me souviens pas de cette femme-là ». Questionné par les enquêteurs sur ce rapport sexuel présumé (avec préservatif) qui, selon les dires de la jeune femme aurait été « douloureux à cause de la taille importante » de son pénis, Bruel répète « Je ne me souviens pas du tout de cet épisode ». Une question suit : « Avez-vous déjà eu des femmes qui se sont plaintes de la taille de votre pénis lors de pénétrations sexuelles ? » le chanteur répond par la négative. Il interroge : « Pourquoi quelqu’un que j’aurais agressé aurait envie de me revoir au concert des Restos du cœur ?

« Je ne me souviens pas du tout », « Cela n’a pas pu se passer », « ça ne peut pas être arrivé » « Je ne me souviens pas de cette journée » « je ne sais même pas de quoi on parle », « je trouve ce récit délirant » « je n’ai aucun souvenir de tout ça » « Cette scène ne s’est pas produite » … Pendant ces quarante-huit heures de garde à vue, Patrick Bruel répétera des dizaines de fois ces mots. Ce sont ces mêmes mots qu’il oppose quand il est questionné sur la plainte pour viol aggravé de Miss Alsace, Florima Treiber, 21 ans en 2008, après qu’elle soit allée chez lui pensant parler de son avenir professionnel. Ou face à la plainte d’Hélène pour viol dans la nuit du 4 au 5 octobre 2012 lors du festival du film britannique de Dinard. 

« Je n’ai pas le moindre souvenir de cet épisode et de cette femme, affirme-t-il. À son invitation, Hélène l’a suivi dans sa chambre, pensant lui faire écouter une bande démo. Après avoir bu du champagne, elle déclare qu’il l’a prise par la main, conduite vers le lit et déshabillée. S’en est suivie une fellation violente suivie le lendemain au réveil d’un viol dans la salle de bains. « Je n’étais pas seul à Dinard, j’étais accompagné par celle qui était en train de devenir ma compagne, Caroline […] Nous étions fous amoureux ». Au fil des questions toutefois, le chanteur déclare ne plus être certain de la présence de sa compagne dès le 1er jour (ses avocats ont produit une attestation de Caroline et demandent qu’elle soit entendue).

Même absence de souvenirs face aux accusations de Karine Viseur, attachée de presse belge, pour lesquelles Patrick Bruel sera mis en examen pour tentative de viol. Le 23 avril 2010, elle l’accompagne lors d’une journée de promotion du film d’Alexandre Arcady « Comme les cinq doigts de la main » et affirme avoir subi une « drague lourde, répétée » : mains sur la taille, sur l’épaule, contacts rapprochés… Dans les locaux de la RTBF, dit-elle, Patrick Bruel lui demande où sont les toilettes. Elle déclare l’y avoir conduit et avoir été emmenée de force par les poignets dans l’un des WC : « Il a fermé la porte à clé, en une fraction de seconde, ses mains étaient de nouveau sous ma robe en contact avec ma peau. En me maintenant contre lui, il a abaissé son pantalon. Je me suis débattue en le repoussant […] J’ai réussi à ce moment-là à ouvrir la porte du WC, je suis ressortie, il m’a suivi déçu en m’affirmant que ce n’était pas fini et qu’il aimait qu’on lui résiste ». 

À l’UGC Toison d’or de Bruxelles où elle suit ensuite le chanteur pour un questions réponses avec des spectateurs, le présentateur signale une question d’une reine de beauté, animatrice télé, a expliqué Karine Viseur aux enquêteurs. Patrick Bruel demandera qu’elle se lève pour la voir. Elle pose sa question debout, il y répond et ponctue « ce soir, tu repars avec nous et on va au restaurant ». Le film terminé, il va la chercher dans le public et lui fait rejoindre la voiture. Patrick Bruel s’installe alors entre les deux femmes à l’arrière. « Tout le trajet, affirme Karine Viseur, il prendra ma main et la sienne. À de nombreuses reprises, il tentera de passer sa main entre les jambes de la reine de beauté. Elle le repousse à chaque fois en annotant qu’elle a un compagnon et qu’elle est fidèle et qu’il n’y aura pas moyen d’aller plus loin. Il lui répond « On ne lui dira pas ». Nous sommes allés au restaurant, je n’étais plus à ce moment-là la première cible. Il avait trouvé une nouvelle proie ». Aux enquêteurs, Karine Viseur précisera qu’elle a parlé de cette séquence dès 2010 à deux de ses meilleurs amis.

Pour la plainte d'Emmanuelle, il « tombe de sa chaise »

« Aucun souvenir de cette journée et aucun souvenir de l’avoir touché » explique le chanteur, arguant que dans une salle de maquillage, il y a toujours beaucoup de monde« et peut être même Alexandre Arcady » qui était présent tout au long de cette journée. « Je ne demande jamais à personne de m’accompagner aux toilettes surtout qu’à la RTBF, je pense savoir où elles sont » explique Patrick Bruel. L’agression dans les toilettes ? « Cette scène n’a pas existé ». De plus, il affirme avoir été accompagné toute la journée dans ce marathon promotion par une petite amie, Isabelle, qui a dormi avec lui. Êtes-vous certain que c’est ce jour du 23 avril 2010 ? « Je ne suis jamais sûr mais c’est elle qui me l’a rappelé en voyant les images et les déclarations de Madame Viseur. Elle m’a spontanément envoyé un texto qui voulait dire : qu’est-ce que raconte, j’étais avec toi toute la journée et toute la soirée » (une attestation est fournie).Interrogé sur la soirée passée avec Karine Viseur et la reine de beauté, Patrick Bruel affirme ne se souvenir de rien « même pas de l’avoir rencontrée ». 

« Qu’elle ait posé une question comme vous dites, qu’elle soit venue dans le restaurant, c’est possible, je ne me souviens de rien de tout ça ». Se souvient-il d’avoir serré les mains des deux femmes dans la voiture et d’avoir passé les mains entre ses jambes ? « Absolument pas, je ne m’en souviens pas, mais ce ne sont pas des choses que je fais […] Jamais je ne vais passer les mains entre les jambes de qui que ce soit ». Interrogé sur son côté « tactile », Patrick Bruel prétexte des « hugs » : « Des hugs à l’américaine, c’est prendre quelqu’un dans les bras, c’est pour éviter la bise aux États-Unis, c’est prendre dans les bras mais cela n’a aucune connotation sexuelle ou intime ». « Pour moi toute cette histoire est fausse, conclut-il, enfin les faits qu’elle me reproche sont faux ».

Si le chanteur a pu préparer sa défense dans le cas de Karine Viseur, il n’a en revanche pas pu le faire lorsque les policiers lui révèlent la plainte et le témoignage de deux employées de BMG. Pour la première, Emmanuelle, il « tombe de sa chaise ». Pour la seconde, Sabine, il ne la remet pas.

Emmanuelle dans sa maison de disques. Dans une loge du théâtre de la Madeleine, où il joue « Le Limier » en 2002, elle accuse Patrick Bruel de l’avoir caressée puis collée contre un mur en essayant de l’embrasser. Pour la première fois, Patrick Bruel évoque une « méprise » et un « ressenti ». « Ce n’est pas possible s’exclame-t-il. Quand j’ai lu dans la presse qu’il y avait eu un souci avec quelqu’un de BMG qui avait organisé une interview depuis Paris avec l’étranger, j’ai donc regardé qui pouvait être cette personne, j’ai repassé toute la liste des celles et ceux qui potentiellement avaient pu travailler avec moi à cette époque, quand le nom d’Emmanuelle est apparu, j’ai tout de suite dit « elle, c’est impossible ». Je me souviens du rapport qu’on avait, pour moi, c’est toujours resté très amical […] Il semble y avoir une méprise. » 

En état de choc, Emmanuelle s’est confiée très vite à une de ses amies. Elle affirme que Patrick Bruel l’a appelée le lendemain pour s’excuser, lui disant qu’il s’était « laissé emporter ». « Je ne m’en souviens pas, dit-il. J’avais peut-être senti une méprise ». Devant l’insistance des enquêteurs, le chanteur explique : « Peut-être je lui ai fait un hug qu’elle a mal interprété, c’est possible. […] ça ne me parle pas du tout en termes de souvenirs mais en termes de suppositions, je l’ai peut-être prise dans mes bras et il y a eu méprise. »

« C’est vrai que j’avais eu beaucoup d’aventures », concède Patrick Bruel

L’année suivante, en juin 2003, la même jeune femme déclare avoir été victime d’une tentative de viol à Bruxelles au cours d’un aller-retour pour un concert. Dans une suite de l’hôtel Métropole, où avaient lieu les interviews, elle se souvient avoir été attrapée par les hanches puis collée au mur pendant que Patrick Bruel lui tenait le visage pour l’embrasser. Alors qu’elle le repoussait, il lui aurait lancé « Mais si, tu vas voir, ça va être super ». « Je ne m’en souviens pas du tout » répond-il. À l’enquêtrice qui lui fait remarquer que cette phrase est l’expression d’une insistance, il réplique : « Je n’insiste pas quand on ne me désire pas ».

Patrick Bruel ne se souvient aucunement d’un « rapprochement physique » pendant cette journée. L’un et l’autre finissent par s’embrasser, affirme Emmanuelle, puis arrivent jusqu’au lit. Il lui touche la poitrine, fait sauter un bouton de son chemisier et lui demande de pratiquer une fellation, qu’elle parvient à éviter bien que le chanteur pousse sa tête contre lui. Selon elle, il éjacule sur le lit et lui dit : « Tu vois ce que tu me fais faire ? » « Ces choses-là ne peuvent s’être produites » réplique le comédien. « Un, je ne me souviens pas de cet épisode et de cette journée, et deux, je ne demande jamais une fellation, la personne qui le désire peut le faire et c’est seulement là que j’y trouve du plaisir ».

Emmanuelle décrit le chanteur comme étant alors « sous pulsion ». Dans un état d’excitation extrême, Patrick Bruel aurait-il pu entendre ses protestations ? demandent les enquêteurs. « Si je suis dans un état d’excitation extrême, explique le chanteur, c’est que l’autre l’est aussi. Je ne peux pas être dans cet état si l’autre ne l’est pas, ça ne m’est jamais arrivé. Je m’inscris dans le désir de l’autre, c’est ça qui m’intéresse ». Emmanuelle, qui a rapporté les faits à sa hiérarchie, affirme qu’à l’époque, cela a été interprété comme une attitude « normale » venant d’une personne considérée comme « un coureur invétéré, quelqu’un qu’on ne peut pas contenir ». « Dragueur peut être, aimant les femmes peut être, répond Patrick Bruel, mais pas qu’on ne peut pas contenir, qui ne contrôle pas ses pulsions […] » « C’est vrai que j’avais eu beaucoup d’aventures, et les gens pensaient peut-être qu’un « homme à femmes » devait forcément agir de la sorte, mais ce n’était pas le cas. Et je suis désolé si Emmanuelle a pu ressentir cela, j’aurai vraiment aimé qu’elle m’en parle ».

Pour Fanny, violoniste lors de ses concerts, embrassée par surprise entre deux chansons, alors qu’elle ne pouvait se défendre, ayant les deux mains prises par son violon, le chanteur répliquera : « Je ne dis pas qu’il ne s’est rien passé, je ne m’en souviens pas. Je pense juste qu’il y a dû y avoir une méprise de ma part cette fois et je suppose que ça ne s’est pas reproduit. Je me suis peut-être mépris sur le moment, que je pensais être de complicité, mais je ne m’en souviens pas, et j’aurais pu m’en excuser auprès d’elle, et si je ne l’ai pas fait à l’époque, eh bien je le regrette ».

Lorsque l’enquêteur lui fait remarquer « qu’il y a à son encontre de nombreuses dénonciations du même style, démontrant que vous ne demandiez pas forcément l’accord des femmes au moment où VOUS décidez de les embrasser. Pensez-vous vraiment qu’elles inventent tout cela ou qu’il ne vous est tout simplement pas venu à l’esprit de leur demander leur avis avant de les embrasser ? » « Il ne m’est pas venu à l’esprit de leur demander leur avis avant de les embrasser, réplique-t-il, peut-être dû à une époque où, sans doute à tort, on ne demandait pas, on ressentait que c’était possible et on pouvait se tromper. »

« Vous n’avez jamais eu de rappels à l’ordre concernant les femmes de la part de vos agents, de vos labels de vos producteurs ou autres membres de votre entourage professionnel ? » reprend le policier. « Non. Si j’en avais eu, j’en aurai évidemment tenu compte. Je n’en ai pas le souvenir en tout cas ».

« Je veux qu’on me désire. Sinon, je ne ressens rien », argumente-il

Il n’a pas le souvenir non plus d’avoir agressé Helena Noguerra en 2000 au Zénith à Paris. Elle l’accuse d’avoir tenté de la violer lors du tournage de l’émission « Une journée avec ». Il l’aurait invité dans sa loge, et embrassée par surprise une fois à l’intérieur. Elle déclare qu’elle l’a repoussé en disant interloquée « Mais Patrick, on se connaît depuis tellement longtemps ! ». Il aurait alors répondu « Justement, depuis le temps qu’on se désire ! Ça fait longtemps que nous aurions dû le faire ! ». « Je ne me souviens pas de cette scène, rétorque-t-il, précisant que « même si c’est une belle femme », il n’avait pas spécialement d’attirance pour elle. « C’est possible qu’on se soit embrassés, je ne sais pas. Je ne l’ai certainement pas embrassé de force […] Dans l’absolu oui c’est possible, mais de manière consentie. Mais je n’en ai aucun souvenir ». Elle précise qu’il lui aurait saisi les poignets et l’aurait couché sur la table, avant qu’elle ne parvienne à s’échapper. « Cette scène n’a absolument pas pu se produire, répète-t-il. Qu’est-ce que c’est que ce récit ? Il m’est arrivé de la recroiser par la suite après 2000 et je n’ai jamais ressenti le moindre malaise. Je ne vois pas de quoi on parle ». Contactée par nos soins, Helena Noguerra nous a confirmé ce témoignage, précisant ne pas vouloir s’exprimer plus avant pour l’instant.

Lui est-il déjà arrivé « d’en rester là si une femme approchée lui a fait savoir qu’elle n’était pas intéressée » interrogent les enquêteurs dans l’audition finale qui clôture ces deux jours de garde à vue à 18h12 le 9 juin. « Cela ne m’intéresse pas s’il n’y a pas de réciprocité, qu’il n’y a pas de désir chez l’autre. Cela ne m’excite pas. Je n’ai pas le culte des citadelles imprenables, explique-t-il, répétant une expression déjà utilisée en 2021 dans le cadre de la plainte déposée par Ophélie Fajfer. Je veux qu’on me désire. Sinon, je ne ressens rien ». « Oui », reconnaît-il, « il a déjà eu des rapports sexuels avec des femmes après des concerts ou pendant des tournages, essentiellement dans des hôtels. Oui, cela s’est également produit dans ses loges de théâtre ou de concert mais très rarement, oui il a souvent été avec des femmes plus jeunes sans que cela soit une recherche particulière de sa part ».

Le chanteur est interrogé sur le nombre important - 13 - de femmes qui l’accusent : « Je ne comprends pas, je n’ai jamais violé personne, je n’ai jamais contraint qui que ce soit. J’ai peut-être parfois été maladroit, parfois eu un langage un peu déplacé, ou manqué de discernement dans les intentions de l’autre ».

La dernière question des enquêteurs évoque les raisons des accusations portées par les plaignantes telles qu’elles sont interprétées par Patrick Bruel. « Pourrait-il s’agir de femmes voulant se venger après ne pas avoir eu un rapprochement physique avec vous ou ne pas avoir eu la collaboration professionnelle qu’elles espéraient ? » lui demandent-ils. Réponse : « Il n’y a pas que cela. Il peut aussi y en avoir certaines qui veulent se repositionner à un moment précis dans leur carrière en se mettant ou se remettant dans la lumière, parfois devenant une égérie et devenant ainsi intouchable. Je pense que j’aurais l’occasion ultérieure d’en parler ». Une autre fois, alors… Il est 7h15 le 10 juin, lorsque la garde à vue de Patrick Bruel s’achève. 

Pendant ces 48 heures, il n'a passé qu'un coup de fil, à Clémence, d'une quinzaine de minutes

Pendant ces 48 h, il n’a passé qu’un coup de fil, à Clémence, d’une quinzaine de minutes. Ses effets personnels sont alors remis au chef de poste du dépôt de Nanterre où il est conduit pour être déféré devant le Juge des Libertés et de la Détention. Lors du débat contradictoire sur son placement en détention — placement auquel il échappera — le chanteur dira sa volonté d’être entendu et de s’expliquer. « Cet acharnement médiatique avant même que je prenne la parole a été difficile, surtout pour mon entourage, déclare Patrick Bruel après les observations de ses avocats, les gens qui travaillent avec moi, l’hôtel, pour mes enfants, ma compagne, avec laquelle je vis une histoire douce et paisible depuis plus de huit ans, et puis pour ma maman (mentionnons que Monsieur se met à pleurer). Maitre a tout dit ».

Patrick Bruel est présumé innocent. Il est mis en examen dans quatre dossiers, notamment pour viol et tentative de viol et a été placé sous le statut plus favorable de témoin assisté dans quatre autres dossiers dont un viol à l’Isle sur la Sorgue en 2015 et un viol à Dinard en 2012. Patrick Bruel nie les faits qui lui sont reprochés. « Seule la justice connaît le détail des faits, seule la justice dira la vérité sur ces affaires » écrivait-il mardi 1er septembre dans le texte annonçant sur ses réseaux sociaux l’annulation de sa tournée.