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  • 2026-07-29 10:17:26 +0000 UTC

    Jul 29, 2026

    Si Drive est devenu un film culte, c'est (en grande partie) grâce à Kavinsky

    Le devenir culte d'un film tient parfois à peu de choses. Un visage d'acteur, une réplique ou la simple utilisation, au bon endroit, au bon moment, de la bonne chanson qui change toute l'atmosphère d'une scène et l'installe à tout jamais dans l'inconscient collectif. Drive de Nicolas Winding Refn, qui fêtera cette année les quinze ans de sa sortie, a la chance d'être un très bon film. Certains regrettent sa lenteur ou le mutisme de Ryan Gosling, qui incarne un énigmatique cascadeur/chauffeur pour braqueurs, pendant une bonne partie du long-métrage mais il est difficile de ne pas être charmé par le style et la sensibilité qui se dégagent de chacune des images.

    Ceux qui se souviennent l'avoir découvert en salle à l'automne 2011 n'ont pas oublié la course-poursuite ultra-tendue et magistralement mise en scène par Nicolas Winding Refn qui introduit le film, et encore moins le générique qui suit. Dans un Los Angeles nocturne et inquiétant, Ryan Gosling roule à bord de sa Chevrolet Malibu, ne regardant rien d'autre que cette route qui le porte jusqu'à son sinistre appartement. C'est un montage d'une grande banalité dans un thriller de ce genre mais qui fonctionne merveilleusement bien grâce à l'intervention d'un ingrédient très spécial : l'emploi de la chanson “Nightcall” de Kavinsky.

    La bande-originale de Drive est l'une des très grandes forces du film et ce qui lui a en partie permis de devenir un film emblématique pour une génération de spectateurs. De la même manière que “Take My Breath Away” dans Top Gun ou “You Never Can Tell” pour Pulp Fiction, “Nightcall” est le morceau phare de Drive. Lorsqu'il passe à la radio ou surgit par hasard sur une plateforme de streaming, le film apparaît immédiatement dans nos esprits et l'on rêve à nouveau d'enfiler le blouson frappé d'un scorpion dans le dos que Ryan Gosling arbore pendant ses errances automobiles.

    Avec son synthé hypnotique et sa boîte à rythme musclée, la chanson, interprétée en duo avec Lovefoxxx du groupe brésilien CSS, a ce charme rétro qui permet d'identifier immédiatement les influences de Kavinsky et de Nicolas Winding Refn : si vous aimez Le Solitaire de Michael Mann, American Gigolo de Paul Schrader ou Lost Highway de David Lynch, vous êtes à bord du bon véhicule. Los Angeles n'est plus une ville, mais une idée, l'incarnation en béton et en gratte-ciels vitrés du vice et de la quête de puissance. Le soleil est couché, les vampires et les coyotes sont de sortie.

    La voix robotique du DJ français et celle, plus sensuelle et mélancolique, de Lovefoxxx permettent aussi de sentir le dilemme présent tout au long du film : le personnage sans nom, incarné par Ryan Gosling, fait en sorte de ne jamais être affecté par les sentiments et la colère de ceux qu'il croise. Si un braquage tourne mal, ne comptez pas sur lui pour vous sortir du pétrin. Jusqu'au jour où il rencontre Irene (Carey Mulligan) et son fils Benicio (Kaden Leos) dont il se charge de devenir les protecteurs contre des forces obscures de plus en plus présentes et menaçantes. La carapace du solitaire ténébreux se fissure, il y a bien un humain en dessous.

    Le générique, qui dure moins de trois minutes, n'explique pas tout ce qui va suivre mais présente au spectateur toute la palette d'émotions qu'il va pouvoir traverser pendant 100 minutes : violence, vulnérabilité et désarroi. Plus qu'un simple morceau cool pour habiller une scène montée à la façon d'un clip vidéo — on peut aussi y voir un hommage à la série Miami Vice et son utilisation extraordinaire de “In The Air Tonight” de Phil Collins —, “Nightcall” devient quelque chose comme une carte que chacun est invité à explorer. Chaque nouvelle écoute révèle une subtilité, un mystère jamais dévoilé. C'est aussi pour ça que vous pourrez aussi bien la retrouver dans une playlist pour danser ivre en fin de soirée que dans une sélection de chansons pour se remettre d'une rupture douloureuse.

    Lors des Jeux olympiques de Paris en 2024, la ré-interprétation de la chanson avec Angèle et le groupe Phoenix a également prouvé qu'elle était entrée dans une phase d'intemporalité où chaque génération pourrait se la réapproprier sans la dénaturer. Il reste au fond du titre une émotion qui ne pourra jamais être altérée et agit comme un gilet pare-balles au passage inexorable du temps. C'est ce pouvoir qui permet sans doute à Drive de vieillir aussi bien dans nos mémoires, et la raison pour laquelle Kavinsky est tout aussi important dans la réussite du film que Nicolas Winding Refn ou Ryan Gosling. Monsieur Kavinsky, les cinéphiles vous seront pour toujours reconnaissants.

    Drive est à voir sur Paramount+, Sooner et HBO Max.

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