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  • 2026-07-22 11:49:50 +0000 UTC

    Jul 22, 2026

    Série crime de l'été : un couple sans histoire massacré pour de l'argent à Barry

    L'affaire a eu un retentissement énorme, bien au-delà des frontières du Tournaisis. Un double meurtre, d'une rare sauvagerie, a plongé le paisible village de Barry dans l'horreur, il y a près de 12 ans. Au cœur de l'été, le 23 août 2014, Véronique Mercier et son époux Philippe Laurent devaient recevoir des amis. Ce sont eux qui ont donné l'alerte.

    Dans le grenier de cette maison de maître, rue de l'Église, la scène à laquelle les policiers furent confrontés était effroyable. Méconnaissable, la victime de 52 ans, décédée depuis plusieurs jours, avait été bâillonnée, ses pieds et mains attachés.

    De suspect à victime

    Son mari sculpteur, alors introuvable, avait-il commis l'irréparable ? Assez logiquement, les enquêteurs de la police judiciaire de Tournai orientèrent leurs recherches en vue de le localiser. Une course contre la montre s'engagea pour élucider ce mystérieux crime. Tous les recoins du domicile sont passés au crible. Parmi les éléments qui retiennent l'attention, l'absence d'effraction ainsi que des traces de fouilles.

    Considéré comme le suspect n°1, Philippe Laurent concentre toute l'attention, alors que l'autopsie de sa femme lève le voile sur les causes de sa mort : la professeure d'histoire de l'art est décédée par asphyxie mécanique. Au fil des investigations, la thèse du féminicide prend du plomb dans l'aile. Leurs proches évoquent un couple honorable, sympathique, épanoui, sans histoire… Le lendemain, le doute n'était plus permis. Une nuée de mouches et une odeur nauséabonde conduisaient les policiers à fouiller une remise à côté de laquelle ils étaient déjà passés.

    Double assassinat à Barry: un suspect arrêté, sa femme inculpée

    Derrière un énorme tas de bois, la dépouille de Philippe Laurent, le visage tuméfié et présentant de lourdes plaies à la tête, est retrouvée près d'une hachette ensanglantée. Une information cruciale qu'a pu recueillir en exclusivité notre ancien collègue, François Descy, de garde ce week-end-là.

    "J'étais le seul journaliste sur place, dimanche soir. Alors que je m'apprêtais à reprendre la route, je tombe sur la substitut du Procureur du roi qui m'informe que l'on vient de retrouver la dépouille de M. Laurent sous des décombres. Une découverte qui relançait complètement l'enquête puisque le mari passait de l'état de suspect à celui de victime."

    Véronique Mercier et Philippe Laurent ont été sauvagement tués dans leur propriété. L’auteur travaillait pour le couple.
    Véronique Mercier et Philippe Laurent ont été sauvagement tués dans leur propriété. L'auteur travaillait pour le couple. ©EDA

    Qui pouvait leur en vouloir au point de les exécuter et pour quel mobile ? Ce qui intriguait les enquêteurs, c'est le mode opératoire employé par le meurtrier. "On est d'un côté sur un homicide très agressif, avec l'usage d'un objet tranchant, et un autre plus contrôlé, réfléchi dont l'objectif n'était manifestement pas de donner la mort", raconte le commissaire Patrick Vansteenkiste dans un long format diffusé sur AB3.

    La piste du vol se dessine avec la disparition de cartes de banques appartenant aux victimes. Mais pourquoi un tel déchaînement de violence ?

    "C'est ce qui m'a surtout frappé. Le meurtrier, qui avait toutes les apparences d'un psychopathe, a fait subir des actes extrêmement barbares aux victimes. Rarement dans ma carrière, je n'avais entendu parler d'un acharnement pareil", confie François Descy. Une enquête de voisinage révélera que le couple avait fait appel à un ouvrier se faisant passer pour un électricien afin de retaper la maison. En exploitant les données bancaires des cartes volées, les forces de l'ordre repèrent une série d'opérations frauduleuses.

    Plus préoccupé à profiter qu'à fuir la police

    Les images de vidéosurveillance montrent le même visage, celui de Michaël Dhenin, un Péruwelzien peu qualifié qui cherchait à tout prix à gagner de l'argent. Un délinquant notoire de 37 ans au casier judiciaire bien fourni (vol, incendie volontaire…) et décrit comme très violent.

    À aucun moment, Michaël Dhenin n'a cherché à fuir et à effacer les preuves de son crime. L'homme semblait plus préoccupé par mener la grande vie avec sa compagne et leurs trois enfants. C'est dans un supermarché de Tournai qu'il sera interpellé.

    À la suite de ses auditions, les enquêteurs ont pu reconstituer le fil des événements. Dans un accès de colère après une altercation avec M. Laurent, au sujet de la qualité de son travail, Michaël Dhenin a vu rouge en le tuant, puis en déplaçant son corps dans une annexe. Mme Mercier subira ensuite le même sort, séquestrée, violentée, sommée de fournir les codes des cartes avant d'être étranglée.

    Au terme de son procès, le meurtrier a été condamné à 30 ans de prison par la Cour d'assises du Hainaut. Une peine assortie de 10 ans de mise à disposition du tribunal d'application des peines.

    Michaël Dhenin écope de 30 ans de prison, Régine Derue est condamnée à deux ans avec sursis

    La tournée des grands-ducs après avoir tué deux personnes

    Michaël Dhenin et sa compagne.
    Michaël Dhenin et sa compagne. ©EDA

    Là où certains criminels tentent avec la plus grande minutie d'effacer les traces de leurs méfaits, Michaël Dhenin avait clairement choisi une autre option. Après avoir tué Véronique Mercier et Philippe Laurent, il avait entamé une tournée des grands-ducs en famille, menant la grande vie pendant plusieurs jours avant son interpellation le 26 août 2014 à Tournai. Les policiers avaient retracé devant la Cour d'assises du Hainaut la traque ayant mené à l'interpellation de Dhenin et de sa compagne, Régine D., rencontrée… sur un site de rencontres. Un drôle de jeu de piste entre Bruxelles, Ostende, Paris, Mons, Péruwelz et Tournai.

    Les meurtres remontent au 14 août. Le jour même, une carte bancaire des victimes est utilisée dans une banque à 13 h 30, puis dans un centre commercial à Tournai, dans le centre-ville et dans un cercle de jeux de la Grand-Place. Michaël Dhenin, filmé, a pris un taxi avec un ami, transitant par Herseaux, Tournai et Péruwelz. "Je suis Tony le Sicilien", expliquait Dhenin, racontant au chauffeur de taxi qu'il était le fils d'un patron de cafés et de salles de jeux au patronyme italien. Le 15 août, une carte bancaire des victimes est utilisée pour la location de deux chambres à l'hôtel Ibis de Bruxelles. Là encore, Dhenin et sa compagne sont filmés. Le 16 août, avec les enfants, ils se retrouvent à Eurodisney. Ils resteront deux jours. Le 18 août, visite de Paris en bateau-mouche, restaurant et coiffeur.

    "Elle ignorait tout"

    Retour ensuite sur Tournai et Péruwelz puis, le 21 août, à Anvers, Dhenin achète un bijou avec la carte des victimes. Le 22 août, il se trouve dans un cercle de jeux à Mons.

    Le 26 août, les suspects sont aperçus à Ostende dans un parc d'attractions. Plus tard dans la journée, Régine D. est arrêtée à la gare de Péruwelz. Michaël Dhenin sera interpellé peu avant 17 h à Tournai.

    Avocat au barreau de Tournai, Gauthier Gossieaux a défendu Régine D. "Ma cliente a toujours soutenu qu'elle ignorait tout des agissements de son compagnon, confie-t-il. Au moment des meurtres, on lui a reproché d'avoir aussi mené la grande vie. M. Dhenin avait subtilisé la carte bancaire d'une des victimes. D'une part, elle n'avait pas connaissance du fait que deux personnes avaient été tuées et en plus, son compagnon lui avait dit avoir reçu cette carte de crédit en échange des travaux réalisés chez le couple, dont il était l'homme à tout faire."

    Régine D. a été condamnée à deux ans de prison avec sursis pour recel et fraude informatique.

    "Elle n'est jamais entrée en prison", indique Me Gossieaux. L'avocat a été marqué par cette affaire. "D'abord de par la violence extrême utilisée. Monsieur Dhenin avait, semble-t-il, noué une relation de confiance avec le couple avant de tuer une première fois sur un coup de tête. Et puis, cette affaire se déroulait dans un coin habituellement tranquille, dans notre région. La personnalité et le profil de l'auteur étaient particuliers. Il traînait des antécédents depuis sa jeunesse."


    Me Lauvaux : "Il était en aveu total"

    Lawyer Fabian Lauvaux pictured during the jury constitution session at the assizes trial of D. Bellens (57) and M. Tenret (66), before the Assizes Court of Hainaut Province in Mons, on Thursday 13 June 2024. They are accused of a robbery with several aggraving circumstances, including murder, in August 2017 in Ronquieres.
BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR
    Ténor du barreau, Fabian Lauvaux a défendu les intérêts du meurtrier. ©DR

    Fabian Lauvaux, avocat au barreau de Charleroi, région d'origine de Michaël Dhenin, a défendu ce dernier. "Il avait spontanément pris contact avec mon cabinet en m'écrivant une lettre afin de demander si je pouvais assurer sa défense. Après avoir pris connaissance du dossier et après l'avoir rencontré, j'ai accepté cette mission, certes délicate et difficile, mais avec un enjeu réel."

    Dhenin avait désigné le couple comme faisant partie des personnes l'ayant agressé sexuellement durant sa jeunesse. "Concernant le mobile du crime, l'enquête a permis de mettre en évidence la question financière. On a pu apercevoir que Michaël Dhenin avait flambé l'argent gagné en utilisant notamment les économies du couple, rappelle Me Lauvaux. Ce mobile semblait toutefois ténu et ne justifiait pas aux yeux des enquêteurs une telle gravité avec ce double meurtre. L'enquête s'est donc poursuivie en essayant de comprendre le parcours des intéressés. Michaël Dhenin a fait état d'une possible agression sexuelle passée qui lui était revenue comme un flash ayant justifié la gravité de son agression, qui pouvait alors être comprise comme étant à la hauteur des actes qu'il avait subis. Cette thèse n'a pas fait grand débat devant la cour et il a finalement été condamné."

    Michaël Dhenin traînait derrière lui de nombreuses casseroles judiciaires faites de vols, de racket et de vente de stupéfiants.

    "Au niveau de son profil, j'ai le souvenir d'une personnalité relativement entière et en tout cas honnête par rapport à la revendication des faits qui ont, en réalité, été bel et bien commis puisqu'il était en aveu total. Le parcours traumatique de l'intéressé a par contre pu être mis en évidence, avec des difficultés certaines d'apprentissage et une personnalité limite au niveau intellectuel. Malgré la gravité des faits et sa culpabilité reconnue, l'intéressé a pu bénéficier de circonstances atténuantes. Il purge encore actuellement le solde de sa peine dans un établissement pénitentiaire belge. Il donne de temps en temps diverses nouvelles."

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