Emeutes en France: la politique de répression dénoncée
Les violences du week-end en France sont "la conséquence d'une politique de répression de la jeunesse comme on n'en a pas connu depuis 40 ans", a estimé lundi sur les ondes de la RTS le sociologue Sebastian Roché, spécialiste des relations entre la police et la population.
Interrogé dans Forum et le 19h30, Sebastian Roché met en cause la politique sécuritaire du gouvernement et appelle les autorités à renouer le dialogue avec les manifestantes et manifestants.
Selon le directeur de recherche au CNRS, la réponse des autorités a contribué à l'escalade des violences. "La principale explication, c'est la politique extrêmement agressive décidée par Laurent Nuñez et le gouvernement pendant les quinze jours précédents", estime-t-il. "Cette violence d’Etat [...] a en fait légitimé les comportements violents du camp d'en face".
>> Ecouter son interview dans Forum :
"Une démocratie ne tient pas uniquement sur la quantité de forces déployées par la police. Il faut autre chose", pointe-t-il, rappelant les 7000 à 8000 interpellations, quatre adolescents mutilés et l'usage de milliers de balles en caoutchouc et de grenades explosives durant les manifestations des lycéens de début octobre. "Vous ne gagnez pas la paix sociale en tirant avec du LBD 40 [lanceurs de balles de défense]. La méthode d'interpellation massive et l'usage très généreux des armes sublétales en France est une impasse. Ce n'est pas une réponse au désordre".
Une démocratie ne tient pas uniquement sur la quantité de forces déployées par la police. Il faut autre chose
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Pour Sebastian Roché, le gouvernement n'arrive pas à gérer de façon politique la très forte colère sociale d'une partie de la population et ne recherche pas le consentement, ce qui ouvre la porte aux événements observés en France durant le week-end.
Une mécanique qui se met en place
"Ca s'est passé pendant les gilets jaunes, ça s'est passé en 2023, et ça se reproduit aujourd'hui: il y a une mécanique qui se met en place", analyse le sociologue. "Autour de la mobilisation, de la colère et de la protestation légitime viennent se greffer des groupes qui, eux aussi, se sentent légitimes à utiliser la violence. Ces groupes préexistaient à cette journée de mobilisation! Mais ils n'étaient pas dans la rue. Il y a quelque chose qui les a fait venir".
Pour le pouvoir, la sortie de crise n'est pas facile, reconnaît Sebastian Roché. "Il ne peut pas dire autre chose que 'Nous sommes fermes, nous ne tolérons pas le désordre.' Il n'y a pas de démocratie occidentale qui, confronté à des troubles, ne tienne pas ce discours [...]. C'est le discours obligé. Mais ce qui compte derrière, ce sont les politiques policières qui vont être mises en place, et les efforts faits en direction des groupes qui sont mécontents".
Si on regarde toute l'Europe de l'Ouest, y compris la Suisse, on voit que la stabilité de nos systèmes politiques repose sur l'ensemble des mécanismes de consultation du peuple [...] C'est notre modèle
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Le début d'une désescalade par l'intermédiaire de mesures politiques? "Si on regarde toute l'Europe de l'Ouest, y compris la Suisse, on voit que la stabilité de nos systèmes politiques repose sur l'ensemble des mécanismes de consultation du peuple [...], des organisations professionnelles, des associations de la société civile. C'est notre modèle", défend Sebastian Roché.
"Tendre la main au mouvement"
"Si le gouvernement veut la paix civile, il doit montrer de la fermeté, ce qu'il fait déjà, mais il doit aussi tendre la main", conclut le sociologue. "Le gouvernement doit créer des relations avec toute la partie légitime du mouvement, la partie légaliste", soit selon lui la majorité des 500'000 à 800'000 personnes qui ont manifesté.
>> L'interview de Sebastian Roché dans le 19h30 :
Propos recueillis par Mehmet Gultas et Valérie Gillioz
Adaptation web: lan