Chalet en Valais : comment reconnaître mayen, raccard et grenier ?

Le terme chalet est souvent utilisé à toutes les sauces, souvent à tort! L'émission Couleurs locales de la RTS déconstruit le mythe dans les ruelles de Bruson (VS). Explications en images.

En Valais, chaque bâtiment du patrimoine bâti traditionnel a son nom et sa fonction. Ces constructions rurales sont souvent réduites au terme générique de chalet, mais les spécialistes proposent d'être plus précis.

Léonard Bender, président de Patrimoine Valais romand et Marlène Hiroz, collaboratrice scientifique au Centre Régional d'Etudes des Populations Alpines (CREPA), distinguent, ci-dessous, les types suivants:


"Un raccard traditionnel monté sur des piliers qui sont surmontés de dalles à souris". Ces pierres plates servaient à protéger les céréales entreposées contre l'intrusion de rongeurs [RTS]
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Un raccard [CREPA, Sembrancher]
[CREPA, Sembrancher]

"Le raccard permettait de conserver les gerbes de céréales après la moisson et servait de lieu de battage durant l’hiver. Après le battage, le raccard pouvait aussi servir au stockage des grains, en l’absence de grenier.

Le bâtiment est de plus grande dimension que le grenier et était parfois utilisé en copropriété. Le soubassement est en pierre et les niveaux supérieurs en bois, généralement des madriers [pièces de bois disposées horizontalement, ndlr] de mélèze. L’espace du soubassement servait à entreposer des outils ou des véhicules utilitaires. Il est toujours posé sur des grès, des piliers avec dalle circulaire, afin d'empêcher l’accès aux rongeurs. Des galeries de séchage sont construites sur les façades bien exposées, pour les céréales en gerbes ou autres récoltes."

"Les raccards ont perdu leur utilité première et nombre d’entre eux ont été transformés en granges-écuries, et plus tard en habitations, après l'arrivée du train en Valais qui a permis d’importer des céréales panifiables et de la farine. Les champs de céréales ont généralement été remplacés par des prairies de fauche."


"Le grenier est aussi sur des pierres à souris, mais il est beaucoup plus réduit que le raccard, car c'est vraiment un lieu de stockage" [RTS]
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"Le grenier servait à conserver les objets et aliments de valeur, car la maison d’habitation représentait un risque d’incendie en raison de la présence de l’âtre: viande séchée, actes notariés, argent, habits du dimanche, grains parfois (d’où son nom): tout bien de valeur à mettre 'sous clé' était de préférence conservé au grenier.

Le grenier est généralement en bois, posé sur des grès (piliers avec dalle circulaire), comme le raccard. Certains greniers sont en maçonnerie. Ses dimensions sont beaucoup plus réduites que le raccard. Les madriers sont bien équarris et soigneusement jointoyés. Les petites ouvertures servant à l’aération sont munies de grillages. Il est doté de portes munies de serrures, pour pouvoir être fermé à clé. Il était parfois utilisé en copropriété. Dans ce cas, il possède plusieurs portes, parfois sur deux niveaux."


"C'est une grande écurie: au rez-de-chaussée, la partie où on mettait les animaux et la partie supérieure où on mettait le foin" [RTS]
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"La grange-écurie permettait d'abriter le bétail au niveau inférieur et de stocker le foin – ou fourrage – dans la partie supérieure.

L'écurie (étable, en français académique), au niveau inférieur, est en maçonnerie. La grange se situe au-dessus, dans la partie en bois: elle est constituée de madriers entrecroisés ou de simples planches verticales. Les angles sont parfois en pierre: la grange est alors dite 'chantonnée'. La grange-écurie est généralement dépourvue de 'grès', ces piliers avec dalle circulaire appelée parfois 'pierre à souris'. Mais d’anciens raccards ont été transformés en grange-écurie, d’où la présence de grès!

De nombreuses granges-écuries traditionnelles ne répondent plus aux normes sanitaires en vigueur et ont été remplacées par des fermes modernes et mieux équipées, généralement édifiées en périphérie des villages."


Un mayen vu de près [CREPA, Sembrancher]
[CREPA, Sembrancher]
Des mayens, ces maisonnettes situées entre le village et l'alpage [RTS]
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"Le nom de mayen dérive du mois de mai. Le mayen se situe à une altitude supérieure au village, vers 1500-2000 mètres d'altitude. Il servait à abriter le bétail et la famille paysanne pour de courts séjours, au printemps et en automne.

Le mayen ressemble aux granges-écuries du village, avec un espace de logement en plus. Le niveau inférieur est constitué d’une étable. Le niveau supérieur abrite un logement rudimentaire: modeste cuisine, ainsi qu’un dortoir qui jouxte une réserve de foin."

"Parmi les bâtiments ruraux traditionnels, seul le mayen abritait sous le même toit bêtes et hommes, mais de façon temporaire. De nombreux mayens ont été transformés en chalets de vacances, car ils n’étaient plus utilisés à des fins agropastorales."


Une fois ces bâtiments rénovés, le vocabulaire patrimonial valaisan vire au casse-tête. "Ce bâtiment était certainement un raccard [voir photo ci-dessous]. Mais aujourd'hui, c'est une maison d'habitation".

Le vocabulaire patrimonial valaisan vire même au casse-tête, une fois ces bâtiments rénovés. "Ce bâtiment était certainement un raccard. Mais aujourd'hui, c'est une maison d'habitation" [RTS]
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"Tout le monde s’accorde sur le type de construction qui correspond au chalet, c’est-à-dire que dans l’esprit de bien des gens, c’est un soubassement en maçonnerie, une structure en madrier, un toit à deux pans", décrit Marlène Hiroz. Mais pour la spécialiste, le chalet en tant que tel n'existe pas, au vu des différents types de constructions.

"Pour moi, le chalet, c’est vraiment une résidence secondaire en bois en montagne", conclut pour sa part Léonard Bender. Et pour terminer, cassons le cliché: le chalet... n’est pas valaisan!

>> Lire à ce sujet : Une exposition itinérante explore l'histoire du chalet, icône architecturale alpine

Sujet tv: Cédric Jordan

Adaptation web: Julie Liardet

Voir aussi l'exposition Le Chalet ... un mythe? à Salvan (VS) jusqu'au 25 octobre 2026