Rivières : quand l'eau ne coule plus
La sécheresse affiche en cette fin d'été des niveaux records : plus de 1400 cours d'eau à sec au 1er septembre. De plus en plus de rivières deviennent aussi intermittentes, comme l'Albarine dans l'Ain, asséchée partiellement l'été. Une situation qui fragilise l'écosystème alertentles scientifiques.
Par Rémi Brancato Publié le mercredi 9 septembre 2026 à 07:16
Des galets calcaires, des feuilles mortes, l'eau a disparu sur des kilomètres. Le spectacle qu'offre en ce début septembre l'Albarine est impressionnant. "Cette rivière, qui fait 60 km de long, s'assèche sur plus de la moitié de son linéaire et là, on est dans le lit asséché" montre Thibault Datry, éco hydrologue et directeur de recherche à l'INRAE, qui observe et mesure l'évolution de ces cours d'eau dits "intermittents".
Ils s'assèchent totalement ou partiellement l'été. "Au cours des étés précédents, dès qu'il y a de forts orages, ça remonte quelques jours, là c'est littéralement un désert depuis le 20 mai" décrit il. La saison estivale a affiché des niveaux records de sécheresse. "Il y a peu de chances que ça se remette en eau avant fin octobre : de mémoire, l'avoir vu aussi longtemps asséchée jusqu'à peu près à 10 km d'ici, c'est un record et c'est globalement le cas pour tous les cours d'eau de la région" ajoute le chercheur.
Sur la rive, un son qui se fait rare émerge. Un minuscule affluent s'écoule et vient mourir dans le lit asséché de la rivière. "Il n'y a pas beaucoup d'eau qui arrive et elle disparait dans les galets ici au bout de cinq mètres" montre le chercheur "mais on est vraiment face à un petit refuge". "On peut soulever quelques pierres, il y a des alvins, des poissons" décrit-il. "C'est l'exemple qu'un tout petit cours d'eau a une importance cruciale".
Le phénomène des assecs récurrents dans les rivières va s'étendre avec le réchauffement climatique. "On pourrait dire que les cours d'eau naturellement intermittents aujourd'hui sont les précurseurs des cours d'eau du futur : dès l'horizon 2070, les cours d'eau en général s'assécheront plus tôt, se remettront en eau plus tard et seront plus nombreux à s'assécher" explique Thibault Datry.
La gestion des rivières en est modifiée. Cinq kilomètres en amont, à Torcieu, l'eau s'écoule encore. Clarisse Judes, du Syndicat de la rivière d'Ain Aval et Affluents, surveille l'Albarine. "Les débits minimums en 2026 sont aussi faibles qu'en 2022" (date de la dernière sécheresse record) explique-t-elle.
Alors le syndicat mène ou envisage des travaux. "On peut rehausser le fond du lit, ça permet de remonter la nappe phréatique, également reméandrer un cours d'eau, ce qui permet à l'eau de rester plus longtemps, ça permet aussi d'avoir des diversités d'habitats, c'est très bon pour avoir différentes espèces qui peuvent y habiter" vante-t-elle.
Parce que la faune souffre, note Maurice Peulet, de l'association de pêche de l'Albarine (AAPPM) : "notre saison de pêche se raccourcit puisqu'elle commence au mois de mars, mais cette année, depuis le mois de juin, on ne pêche presque plus. Il fait trop chaud et les poissons, on sait qu'ils sont déjà en souffrance. On ne les embête plus, on est obligé de s'adapter. On n'a pas le choix".
Ici, les pêcheurs ont mis en place des pêches électriques de sauvegarde. Un millier de truites et d'ombres sauvés dès juin, avec son collègue Alexandre Mounard. "Nous avons remonté les poissons en amont, sur des secteurs qui ne s'assècheront pas. qui nous permettent de récupérer tous les poissons qui sont voués à une mort certaine" explique-t-il.
Thibault Datry s'inquiète lui aussi pour d'autres espèces, qui trouvent refuge dans des mares où des petites zones humides, en période d'assèchement de la rivière. "Ce qui est fondamental, c'est qu'il y ait des refuges dans le bassin hydrographique avec de l'eau et qui ne soit pas à des températures telles que la vie ne pourrait pas y résister" explique l'éco-hydrologue. "Ces refuges-là sont menacés. Les diminutions d'oxygène et les augmentations de température qui sont liées mettent à mal la présence des refuges. Il se peut que cet été, on ait des refuges qui soient devenus des cimetières" anticipe-t-il.
Il mènera donc dans les prochaines semaines et après la remise en eau de la rivière de nouvelles analyses pour mesurer l'impact de cet été potentiellement dévastateur.