« Riviera 76 » : un documentaire dévoile des images inédites du « Woodstock varois » 50 ans plus tard
Qui se souvient de Joe Cocker montant en titubant sur la scène installée au Castellet ? De Betty Davis, fauve incandescente en cuissardes à talons XXL ? Et de cette déferlante de jeunes en jeans fleuris et sac à dos, casquettes « Circuit Paul-Ricard » vissées sur la tête ? Cinquante ans après, les images inédites de Riviera 76 sortent de l’ombre. Un documentaire exceptionnel, disponible sur france.tv dès ce vendredi 24 juillet, raconte autant un festival oublié qu’une incroyable chasse au trésor.
Elles dormaient dans une cave parisienne. 153 boîtes, couvertes de poussière, oubliées depuis près d’un demi-siècle. À l’intérieur, près de 300 bobines rongées par le temps, des bandes-son sans légende, des morceaux d’un film qui n’avait jamais vu le jour.
En juillet 1976, ces pellicules devaient immortaliser le plus grand festival de musique jamais organisé en France. Un Woodstock sous le soleil du Var imaginé par Michael Lang, le créateur du mythique festival américain de 1969. L’aventure tournera au fiasco. Le film ne sera jamais monté. Les images disparaîtront. Jusqu’à aujourd’hui.
À l’occasion du cinquantième anniversaire de Riviera 76, France Télévisions diffuse, ce 24 juillet, sur sa plateforme (une diffusion télévisée est prévue en septembre), ce fascinant documentaire de 60 minutes signé Christophe Duchiron. Plus qu’un récit du festival, c’est l’histoire d’une résurrection.
« Ce qui nous intéressait, ce n’était pas seulement de raconter le festival. Il y avait des histoires dans l’histoire », résume le réalisateur.
Une découverte inespérée dans une cave
La première commence presque comme un polar. Tout part d’une enquête menée par Alma Productions autour de Betty Davis. Le producteur Laurent Poudroux cherche désespérément des images de concert de cette chanteuse funk, dont les captations sont rarissimes. Leurs recherches les conduisent jusqu’à Martine Fabre, monteuse qui, en 1976, devait réaliser le film officiel de Riviera 76. Dans sa cave, une découverte incroyable : les rushs originaux du festival, abandonnés depuis cinquante ans.
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« Je ne savais même pas que ce festival avait existé. Je ne savais pas que Michael Lang l’avait organisé. Je ne savais pas que la mafia s’était invitée dans son histoire. Et je ne savais surtout pas que des bobines existaient », raconte Christophe Duchiron.
Seulement voilà : certaines pellicules sont gondolées, d’autres desséchées par le redoutable « syndrome du vinaigre ». Les couleurs ont viré au magenta. Les bandes-son sont séparées des images. Aucun classement cohérent. Un gigantesque puzzle.
Le défi de l’INA : deux ans de restauration pour sauver un trésor
L’INA (Institut national de l’audiovisuel), sollicité par la production, décide alors de relever un défi inédit. Pendant près de deux ans, une quarantaine de spécialistes, documentalistes, restaurateurs, ingénieurs du son, étalonneurs, techniciens image ou experts juridiques, vont travailler sur ce fonds hors-norme.
« Ce n’étaient pas des archives diffusées mais des rushs, restés à l’état brut. C’est un projet qui nous a demandé d’aller sur des terrains inconnus », explique Benjamin Lerena, responsable des projets de numérisation et de restauration à l’INA, qui coproduit le film.
Certaines bobines nécessitent trois semaines de restauration. Il faut les réparer, les nettoyer, les numériser, retrouver les sons correspondants, resynchroniser les concerts caméra par caméra. Un travail d’orfèvre. La récompense ? Des images que personne n’avait jamais vues.
Joe Cocker, Betty Davis et ambiance hippie : plongée dans la jeunesse des années 70
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Joe Cocker apparaît d’abord, silhouette fatiguée, démarche hésitante. Le chanteur britannique, déjà cabossé, quitte la scène après seulement quelques chansons. À l’opposé, Betty Davis explose littéralement l’écran. Féline, sensuelle, électrique, elle dévore la scène dans une prestation devenue mythique. Magma aussi, qui distille ses notes devant des festivaliers épuisés, à 4 heures du matin, alors que l’aube point.
La caméra s’attarde sur les visages durant ces 36 heures de jazz-rock. Des adolescents couchés dans la poussière du circuit Paul-Ricard. Des baigneurs nus dans le bassin de rétention transformé en piscine improvisée. Cette étrange colonie de jeunes gens chevelus vient chercher là de la musique, de la liberté, des nuits sans sommeil et des rêves grandeur nature. Trois petits garçons du Castellet qui observent, interloqués, cette invasion hippie et commentent avec leur accent varois ce qu’ils voient sans vraiment le comprendre.
« Je voulais raconter la vie quotidienne des festivaliers. Je crois que les jeunes d’aujourd’hui vont trouver ça complètement lunaire », sourit Christophe Duchiron.
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Car Riviera 76 n’est pas seulement une succession de concerts. C’est une capsule temporelle.
Une utopie varoise qui tourne au fiasco
On y retrouve l’utopie des dernières grandes migrations hippies, les espoirs d’une génération persuadée de vivre son Woodstock français, avant que les difficultés financières, les resquilleurs et même le milieu varois avec Jean-Louis Fargette ne viennent faire dérailler le rêve. Derrière l’affiche flamboyante et l’atmosphère psychédélique, tout va de travers.
Deux cent mille spectateurs étaient attendus. Ils seront à peine vingt à trente mille. Les artistes, parmi lesquels Larry Coryell, Lenny White, Shakti, Crusaders, Eddie Palmieri ou Magma, ne seront parfois jamais payés. Une deuxième édition est annoncée avant d’être définitivement abandonnée. Le festival disparaît presque aussitôt de la mémoire collective.
« En redonnant vie à ces images, on redonne vie à un événement culturel qui était complètement sorti des radars », souligne Christophe Duchiron, qui s’est appuyé sur notre journal pour retrouver les témoins de l’époque, dont les récits ponctuent le documentaire. Plusieurs festivaliers ont ainsi pu être identifiés et participent aujourd’hui au récit, tout comme Daniel Alfandari, plume de Var-matin des années 70 à 90.
Cinquante ans plus tard, Riviera 76 n’est plus seulement le Woodstock oublié de Provence. C’est le film fantôme que personne n’avait vu. Jusqu’à aujourd’hui.
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