Retour sur les aides publiques aux entreprises
L'éditorialiste à Alternatives économiques, Christian Chavagneux, choisit de revenir sur les aides publiques aux entreprises qui selon lui, représentent des milliards qui modifient notre économie.
Le ministère des Finances vient de publier son estimation du montant des aides publiques aux entreprises. Après celles du Sénat et du Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan, bonne nouvelle, on commence à discerner un consensus sur les données.
Les différences de montants, 162 milliards pour Bercy, 187 pour le Plan, 211 pour le Sénat, proviennent surtout de choix de périmètres distincts, les évaluations à périmètre constant paraissent très similaires.
Elles fournissent une évaluation du montant des aides publiques aux entreprises de l’ordre de 170 à 200 milliards d’euros.
C’est colossal ! On parle là de dépenses publiques qui représentent entre 5,7 et 6,7 points de PIB contre 2,6 points pour la charge des intérêts de la dette par exemple dont on fait grand cas en ce moment.
Au passage, Bercy remet complètement en cause un argument du Medef selon lequel ces aides sont là pour compenser la surfiscalité des entreprises françaises par rapport à leurs concurrentes de la zone euro.
Le document fournit un petit tableau comparatif qui additionne les cotisations sociales payées par les employeurs, les impôts à la production et l’impôt sur les sociétés.
En 2024, le total était pour la France de 3,5 points de PIB en plus par rapport à la moyenne de la zone euro.
Une comparaison plus raisonnable consisterait à enlever de la moyenne les paradis fiscaux européens et les pays baltes mais bon, admettons le calcul de Bercy : 3,5 points de prélèvements en plus pour 5,7 à 6,7 points d’aides publiques.
Les entreprises françaises bénéficient de bien plus d’aides que nécessaires pour effacer leur surplus de prélèvements.
Mais, je retiens l’idée du Medef : s’il s’agit juste de compenser le plus haut niveau de fiscalité français, cela veut dire qu’il y a jusqu’à deux points de PIB d’économies à réaliser de ce côté-là !
Que nous disent ces données sur le fonctionnement de l’économie française ?
Qu’une bonne partie de nos entreprises sont shootées à la dépense publique plutôt qu’à l’innovation, ce n’est pas bon pour leur santé.
Et aussi que le financement de notre protection sociale a été transformé.
Parce qu’un regard plus précis montre que les allègements de cotisations sociales payées par les employeurs représentent la plus grande part des aides aux entreprises, avec environ 40 % du total.
C’est autant de recettes en moins pour la sécurité sociale. L’Etat compense, en partie, ces pertes en transférant à la sécu un morceau des autres recettes fiscales.
Comprenons bien ce que cela veut dire : comme l’explique la chercheuse Anne-Laure Delatte, nous payons des impôts qui ne vont pas financer nos écoles et nos services publics mais acquittent les cotisations sociales des entreprises à leur place !
En France, on dénonce volontiers l'assistanat des ménages. Mais à regarder les chiffres, les plus gros assistés ne sont peut-être pas ceux que l'on pense.