REPORTAGE. "Quand c’est trop violent, on ne peut rien contre la nature" : au milieu des vignes, la bataille contre la grêle se joue aussi dans le ciel
l'essentiel À Maumusson-Laguian, commune gersoise limitrophe des Hautes-Pyrénées, les vignes souffrent de la chaleur et de la sécheresse. Mais, du printemps jusqu’à l’automne, une autre menace plane au-dessus des rangs : la grêle. Pour tenter de limiter les dégâts, soixante-six générateurs sont répartis sur la zone viticole de l'ouest du Gers pour lutter contre ce fléau. Un viticulteur nous explique ce procédé.
Un seul orage peut anéantir une année de travail. En quelques minutes, les grêlons peuvent déchirer les feuilles, briser les grappes et réduire une récolte à néant. À Maumusson-Laguian, Didier Sarran connaît cette menace. Viticulteur depuis 1994 et président de l’ALFA32, l’Association départementale de lutte contre les fléaux atmosphériques, il parle depuis ses vignes, devant l’un des générateurs anti-grêle du réseau.
La chaleur est écrasante. Dans les rangs, les pieds de vigne souffrent. "Il faut arroser, elles ont vraiment besoin d’eau", constate le viticulteur. Ici, une simple averse peut sauver les vignes, quand un orage de grêle peut détruire en quelques minutes le travail de toute une année.
Alors, du 1er avril au 15 octobre, il faut rester en alerte. "La campagne commence entre début avril et se termine mi-octobre", explique Didier Sarran. Sur ces six mois, le réseau connaît en moyenne entre 12 et 15 alertes par an. Certaines campagnes sont plus calmes. D’autres beaucoup moins : jusqu’à 27 alertes ont été enregistrées en 2023, une année particulièrement active.
Un bouclier chimique face aux nuages
Lorsqu’un risque de grêle est identifié, les générateurs sont activés. "On allume trois heures avant l’arrivée prévisible", précise Didier Sarran. L’appareil diffuse une solution composée d’acétone et d’iodure d’argent. Le principe consiste à multiplier les noyaux glaçogènes présents dans les nuages pour favoriser la formation de grêlons plus petits. "Le but, c’est d’arriver à ce que ça se retransforme en eau de pluie, ou du moins en grêle beaucoup plus petite et qui impacte beaucoup moins les cultures", explique-t-il.
Le Gers compte aujourd’hui 66 générateurs, répartis principalement sur la zone viticole du nord-ouest du département. Lorsqu’une alerte est déclenchée, les appareils peuvent fonctionner simultanément pour couvrir la zone. "On est sur un maillage avec, en principe, un générateur tous les dix kilomètres", détaille le président de l’ALFA32.
"Nous, on voudrait que tout le département soit couvert"
Le système n’est toutefois pas une assurance tous risques contre les caprices du ciel. "Quand c’est trop violent, on ne peut rien contre la nature", reconnaît Didier Sarran. L’efficacité moyenne est estimée à environ 50 %. Mais le dispositif peut réduire la taille des grêlons et la surface touchée par un orage.
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Pour faire fonctionner le réseau, il faut aussi des hommes et des femmes. Les générateurs sont surveillés par des bénévoles, souvent agriculteurs ou viticulteurs. "On est 100 % bénévoles. Il n’y a que le technicien qui est rémunéré pour faire l’entretien, le remisage et les dépannages", précise Didier Sarran. Chaque poste dispose d’un responsable et de suppléants, capables d’intervenir lorsque l’alerte tombe, parfois jusque tard dans la nuit.
"Avec les fusées, nous n'avions aucun moyen de contrôle"
Le réseau gersois a été créé en 2010, après l’abandon progressif des anciennes fusées anti-grêle. Le viticulteur a connu les deux systèmes. "Avec les fusées, nous n'avions aucun moyen de contrôle", se souvient le président de l'ALFA32. Les générateurs permettent aujourd’hui de suivre le fonctionnement du dispositif et de mesurer les épisodes de grêle grâce à des plaques enregistrant les impacts.
Alors, devant son générateur, entre des vignes qui réclament de l’eau et un ciel qu’il faut surveiller, Didier Sarran défend l’extension du réseau. "Nous, on voudrait que tout le département soit couvert."
À Maumusson-Laguian, les vignes ont aujourd’hui besoin d’eau. Mais jusqu’à la fin de la campagne, c’est aussi la grêle que Didier Sarran continuera de redouter.