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    Aug 04, 2026

    REPORTAGE. "Patrimoine mondial de l'Unesco ? Ça ne rapporte pas d'argent" : comment le village de La Romieu supporte le long et coûteux chantier de sa collégiale

    l'essentiel Depuis octobre 2024, la collégiale de La Romieu fait l’objet d’un vaste programme de restauration estimé à 2,8 millions d’euros. Un chantier qui s’étalera encore huit à dix ans pour préserver l’un des joyaux du patrimoine gersois. Derrière les échafaudages, c’est tout un défi technique et financier qui se joue.

    Sous les arches du cloître, les visiteurs lèvent les yeux vers les pierres blondes de la collégiale. Les échafaudages rappellent que le monument poursuit sa restauration, suscitant une question récurrente : pourquoi autant de travaux et qui les finance ? "C’est souvent la première chose que les visiteurs nous demandent", sourit Clara Batbedat, médiatrice culturelle en alternance à la collégiale.

    Fondée au XIVe siècle par le cardinal Arnaud d’Aux, natif du village, la collégiale (église desservie par un collège de chanoines) domine toujours La Romieu, commune de 560 habitants. "C’est un bâtiment aux dimensions exceptionnelles pour un village de cette taille", rappelle Marie-José Gasnier, adjointe au maire chargée du tourisme et du patrimoine. Classée Monument historique depuis 1905, elle est également inscrite depuis 1998 au patrimoine mondial de l’Unesco, au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle.

    Un patrimoine prestigieux… mais coûteux à préserver

    Lancé en octobre 2024, le chantier se déroule en cinq phases. La première, consacrée à la tour carrée, s’est achevée ce printemps. Les artisans ont notamment restauré les pierres fragilisées et consolidé la structure pour éviter son basculement.

    La tour de la collégiale de La Romieu, une fois les travaux de restauration achevés.
    La tour de la collégiale de La Romieu, une fois les travaux de restauration achevés. DDM - SEBASTIEN LAPEYRERE

    La deuxième phase concerne désormais les façades sud et ouest de l’église, où les pierres et les vitraux sont restaurés. Les prochaines étapes porteront notamment sur les problèmes d’humidité, le cloître ainsi que la tour du cardinal. Au total, les travaux devraient encore se poursuivre entre huit et dix ans.

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    Le chantier représente un coût de 2,8 millions d’euros pour restaurer la tour carrée et la partie sud de l’église. Si la collégiale est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, "ça ne rapporte pas d’argent", rappelle Marie-José Gasnier. Les aides à la restauration proviennent en réalité de son classement au titre des Monuments historiques. Comme la commune est propriétaire du bâtiment, le financement repose sur un partage entre l’État (50 %), le Département (20 %) et la commune (30 %). Pour La Romieu, cela représente près de 800 000 euros.

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    Pour financer cette somme, la commune s’appuie sur plusieurs sources, entre mécénat, dons et aides exceptionnelles, notamment via le Loto du patrimoine porté par Stéphane Bern. Ces soutiens ont permis de récolter 373 000 euros. Les recettes des billets d’entrée sont également réinvesties dans la restauration de la collégiale.

    Le chantier de restauration de la collégiale de La Romieu lors de sa première phase de travaux consacrée au cloître et la tour carrée, en 2025.
    Le chantier de restauration de la collégiale de La Romieu lors de sa première phase de travaux consacrée au cloître et la tour carrée, en 2025. DDM - SEBASTIEN LAPEYRERE

    Autrefois, l’État pouvait financer jusqu’à 80 % des travaux. Aujourd’hui, sa participation est limitée à 50 %. "Dans un pays en crise, la culture est souvent la dernière des priorités", regrette Clara Batbedat, qui estime que le mécénat privé deviendra incontournable pour préserver les monuments ruraux.

    Un chantier qui fait évoluer le regard des visiteurs

    Du côté des visiteurs, les réactions évoluent au rythme du chantier. "Avant les travaux, certains estimaient que le monument avait besoin d’être restauré. Pendant les travaux, ils trouvaient ça trop envahissant. Aujourd’hui, certains le trouvent trop neuf", sourit-elle. Une fois les restaurations expliquées, les critiques laissent pourtant souvent place à la compréhension. "Quand on leur explique que leur billet d’entrée sert directement à restaurer et préserver la collégiale, ils nous disent qu’ils sont contents d’avoir participé à sa sauvegarde. Là, on se dit qu’on a gagné", confie Clara Batbedat.

    De gauche à droite, Guillaume Clément, architecte, Virgile Brault, responsable du chantier pour SGRP, et Thibault Treton, chef d’équipe des maçons, inspectent la fin de la restauration de la tourelle d’escalier de la tour carrée.
    De gauche à droite, Guillaume Clément, architecte, Virgile Brault, responsable du chantier pour SGRP, et Thibault Treton, chef d’équipe des maçons, inspectent la fin de la restauration de la tourelle d’escalier de la tour carrée. Crédits - C. B.

    Au fil des mois, les visiteurs se sont aussi attachés aux artisans, presque tous issus d’entreprises gersoises. Ils les interpellent régulièrement sur la place du village et s’intéressent à leur métier. "La question qui revient tout le temps, c’est : "Vous n’auriez pas préféré travailler sur Notre-Dame de Paris ?" Et ils répondent toujours : 'Non, pas du tout'. Ici, ils apprécient de travailler sur un chantier à taille humaine, et c’est aussi une vraie fierté pour eux", conclut-elle.

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