"Renvoyer en France les migrants interceptés dans la Manche" : Bardella moqué par ses adversaires après avoir signé un accord de protocole avec l'extrême droite anglaise
Les dirigeants de Reform UK et du Rassemblement national ont signé un pacte à Birmingham pour renvoyer en France les demandeurs d'asile arrivant au Royaume-Uni par petites embarcations, si leurs partis accèdent au pouvoir. Ce plan inclut un partage des coûts de sécurité frontalière entre les deux pays.
Un début de campagne compliqué pour le Rassemblement national. Le patron du parti d'extrême droite Jordan Bardella a symboliquement signé vendredi un protocole d'accord en Angleterre avec son allié anti-européen Nigel Farage, prévoyant un renvoi de migrants des eaux britanniques vers la France, mesure aussitôt critiquée par ses adversaires.
Depuis une dizaine d'années, Paris et Londres peinent à endiguer le flux de demandeurs d'asile qui se rendent de France en Grande-Bretagne, souvent à bord de canots pneumatiques surchargés. S'exprimant lors du congrès annuel de Reform UK à Birmingham, Jordan Bardella, président du RN, a déclaré qu'un gouvernement dirigé par le RN en France renforcerait les contrôles aux frontières, renverrait les migrants vers leur pays d'origine et empêcherait les embarcations de traverser la Manche. "Je vous fais cette promesse : si le peuple français (nous confie la présidence en 2027), notre gouvernement fera tout ce qui est en son pouvoir pour que la France ne soit plus la porte d'entrée de l'immigration clandestine vers la Grande-Bretagne", a-t-il déclaré en anglais sous une ovation debout.
"Faiblesse indigne", "revirement"...
Nigel Farage et Jordan Bardella sont ensuite apparus ensemble sur scène, où ils ont signé le protocole d'accord. Un paraphe qui a immédiatement suscité des critiques des adversaires du RN, à l'instar de Jean-Luc Mélenchon : "notre pays deviendrait le garde-barrière des Anglais ? Ne pas voter Le Pen en 2027 devient une question de dignité nationale", a-t-il lancé sur X.
Dans la foulée, le patron et candidat d'Horizons, Édouard Philippe, a fustigé un "revirement" du RN. "Voir Jordan Bardella signer un accord qui prévoit de renvoyer en France les migrants interceptés dans la Manche, celle-là, on ne l’avait pas vu venir", a-t-il ironisé, se demandant si Marine Le Pen "est sur la même ligne". Puis son rival au centre et chef de Renaissance, Gabriel Attal, a évoqué une "faiblesse indigne" du président du Rassemblement national.
Selon cet accord, les demandeurs d'asile arrivant au Royaume-Uni depuis la France seraient placés en détention puis renvoyés en France, qui se chargerait de les rapatrier vers leur pays d'origine. Le pacte prévoit que les deux pays mettent en place un mécanisme de partage des coûts liés à la sécurité aux frontières.
La candidate du RN à l'élection présidentielle française de 2027, Marine Le Pen, fait la course en tête dans les sondages, pour le premier tour comme le second tour désormais. Reform UK, qui a dominé les sondages pendant près de 16 mois consécutifs avant l'été, est désormais au coude-à-coude avec le Parti travailliste au pouvoir. Les prochaines élections législatives britanniques doivent se tenir au plus tard en 2029.
Le mois dernier, Réforme UK avait annoncé que, s'il était élu, il mettrait fin aux traversées de migrants à bord de petites embarcations dans le cadre de ce qu'il avait présenté comme la plus importante opération militaire menée dans la Manche depuis la Seconde Guerre mondiale.
Le parti avait notamment évoqué des projets visant à renvoyer les demandeurs d'asile en France, même sans l'autorisation de Paris. Le gouvernement français avait rejeté ces projets, estimant qu'ils constitueraient une violation de sa souveraineté. Plus de 16 000 personnes ont été recensées comme étant arrivées au Royaume-Uni à bord de petites embarcations depuis le début de l'année, soit une baisse de plus de 40 %.
Cependant, le nombre de demandeurs d'asile arrivant à bord de chaque embarcation est en augmentation, les passeurs ayant modifié leurs tactiques. Le Premier ministre britannique Andy Burnham et le président français Emmanuel Macron ont annoncé jeudi le déploiement de policiers supplémentaires sur les plages de la Manche afin de dissuader les traversées.