Remontada de fête nationale
Sur papier, le programme s'imposait comme une évidence en ce jour de fête nationale : l'ensemble (belge) le Pavillon de Musique dans un programme mettant en miroir le compositeur et violoniste d'origine anversoise (et un peu oublié) Henry Jacques De Croes (1705-1786) et son (très illustre) aîné vénitien Antonio Vivaldi. Le tout – on est au festival de l'Été Mosan toujours en quête de lieux patrimoniaux pour ses concerts – dans la somptueuse grange du château de Deulin, édifice faussement modeste de 1780 aux dimensions cathédralesques et avec un lustre monumental qui ne déparerait pas les plus belles salles d'opéra. En prélude, on verra même deux F 35, échappés du défilé de la Place des Palais, passer bruyamment au-dessus du parc : pour un chasseur qui peut voler à Mach 1,6, Bruxelles-Hotton se fait en trois minutes.
Lasagne ? Un concerto belge, un concerto italien, et ainsi de suite. Honnêtement, la comparaison n'est pas à l'avantage du Belge. De Croes fut certes maître de chapelle à la Cour de Bruxelles sous Charles Alexandre de Lorraine, mais ces concertos pour violon de 1736, sans doute écrits pour obtenir le poste convoité, témoignent de plus de métier que d'inspiration, surtout face à ces bijoux que sont le Ré majeur pour quatre violons RV 549 et le La mineur pour deux violons RV 522 du Prêtre Roux.
Fête nationale : les moments forts du 21 juillet en imagesMais ce n'est pas tout. Chargée de la partie soliste des concertos de De Croes, la konzermeisterin et fondatrice du Pavillon de Musique, violoniste pourtant reconnue – à l'origine de la redécouverte des œuvres et qui les a gravés au disque – est manifestement dans un jour sans : attaques imprécises, intonation incertaine, sonorité éteinte. Des spectateurs se regardent, embarrassés. Si Vivaldi, pas parfait mais très correct, sauve un peu la mise, on n'est pas loin du naufrage quand la musique belge résonne.
Problème de santé ? Temps de répétition insuffisant ? Si on avait été à l'opéra, l'organisateur, averti, aurait prévenu le public, demandé de l'indulgence. Mais tel n'est pas l'usage au concert. Il faut affronter le combat, et ces parties solistes sont trop exigeantes pour être reprises au pied levé par une autre violoniste de l'ensemble.
Pourquoi la fête nationale a-t-elle changé de date ?Medley
Y aura-t-il eu quelque Didier Deschamps dans les vestiaires à la mi-temps ? La deuxième partie du concert, en tout cas, sera meilleure. La violoniste semble avoir retrouvé ses moyens, et le concerto op. 1 n° 6 de De Croes en semble presque convaincant. L'honneur est sauf d'autant que, en rappel, le Pavillon de Musique mettra le public dans sa poche avec un medley de sa facture : entre des thèmes du compositeur belge et d'autres des fameuses Quatre Saisons de l'Italien, on y reconnaît sans peine La Brabançonne. Au point que certains spectateurs commencent à se lever.
Prochains concerts les 25 (La Bruyère) et 26 juillet (Maredret) ; www.etemosan.be
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.