Récit d’une nouvelle journée de mobilisation à Reims : 2 500 manifestants dans la rue et sur l’autoroute pour se faire entendre
La journée du 24 octobre a commencé dans le calme à Reims, encore meurtrie par les événements de samedi dernier. C’est vers 13 heures que cette nouvelle mobilisation, rassemblant 2500 personnes, a pris forme, d’abord en dehors du périmètre interdit, bifurquant au rythme des jets de gaz lacrymogène des forces de l’ordre jusqu’à l’autoroute cette fois encore. Un jeu du chat et de la souris qui a pris fin vers 20 heures.
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Journaliste à Reims
Publié: 24 octobre 2026 à 21h44Temps de lecture: 1 min
Après les débordements de samedi dernier, qui ont causé d’importants dégâts en ville ainsi que sur la traversée urbaine et poussé les commerçants à se barricader ce week-end, personne ne savait à quoi s’attendre pour cette nouvelle journée de mobilisation annoncée contre la vie chère. Point de syndicat aux commandes cette fois encore, mais des appels aux rassemblements relayés ici ou là, sur les sites des gilets jaunes et les réseaux sociaux, malgré les interdictions émanant de la préfecture.


Le premier rendez-vous de la journée était donné à 10 heures, square Colbert. Sous un beau ciel bleu, les joggeurs étaient finalement bien plus nombreux au pied de la statue que les potentiels manifestants. Il y avait bien une poignée d’étudiants au rendez-vous, assis tranquillement sur la coursive en pierre. Mais pas pour bien longtemps : en présence du préfet de la Marne Romain Royet, un important dispositif de forces de l’ordre était déployé devant la gare, multipliant les contrôles d’identité de toutes les personnes installées dans le square, y compris les journalistes.
« Vous cherchez le cortège aussi ? »
De quoi faire vite déguerpir les jeunes, même les plus téméraires, certains se faisant confisquer au passage, selon leurs témoignages, keffieh et kits de soins (les équipements de protection contre les forces de l’ordre avaient été interdits par la préfecture, NDLR). Et si on a bien aperçu quelques gilets fluo dans le périmètre, c’étaient uniquement ceux des agents de Transdev présents pour aiguiller les voyageurs, puisqu’aucun tram ni bus ne desservait le centre-ville ce samedi.
À deux pas de là, la place d’Erlon s’éveillait tranquillement, comme un samedi – presque – normal. Avec plusieurs panneaux de bois XXL plaqués sur les vitrines en plus. Là non plus, point de rassemblement en vue, tandis que la police multipliait les rondes autour des promenades et du square Colbert toujours, où, à 11 heures, un nouvel appel à se réunir avait été lancé.
Convergeant vers la statue, quelques passants étaient bien en quête du reste du groupe. « Vous cherchez le cortège aussi ? » interrogeait ce jeune homme, bien seul. Un couple de Rémois, habitués des revendications, observait, lui, à distance. Finissant par lever le camp. La présence policière aura décidément été dissuasive. Du moins, le matin.



Car dès 13 heures, c’est une nouvelle partition qui s’est jouée à Reims. Rassemblé devant la maison des syndicats, près d’un millier de manifestants s’est élancé (ils étaient, au plus gros de la manifestation, 2500 selon la préfecture), après une soupe partagée dans une ambiance détendue. Dans le cortège, des jeunes, mais aussi des actifs, des retraités et des familles, désireux de faire entendre leur voix, avec, en tête, une large banderole : « Grève blocage manif sauvage ».




« Ils veulent nous faire peur pour nous faire taire, nous faire passer pour des casseurs »


« Ils veulent nous faire peur pour nous faire taire, nous faire passer pour des casseurs », lançait Alyssa, venue manifester avec ses deux amis, Alyssa (bis) de Soissons et Lylian, étudiant à l’Urca. « On ne veut rien lâcher car si on ne le fait pas, qui le fera pour nous ? » Le trio subit de plein fouet l’inflation. Sans les salaires ou la bourse qui leur permettent de faire face. « On a juste assez pour payer le loyer et le carburant pour aller travailler », déplorait la jeune femme.

Tout l’après-midi, slogans anti-policiers et hostiles à Macron ont succédé aux « Reims, Reims, antifa ! » et « La jeunesse emmerde le Front national », tandis que la nuée remontait le boulevard, bifurquant au besoin afin de fuir les bombes de gaz lacrymogènes lancées par les policiers après rapide sommation pour dévier le cortège. Et c’est ainsi qu’au fil des rues, les manifestants, très solidaires et pas avares de distribution de masque et sérum physiologique pour venir en aide à ceux qui en avaient besoin, sont parvenus jusqu’à la place des Droits-de-l’Homme, qu’ils ont bloquée dans le calme pendant près de trois quarts d’heure (le blocus a été levé pour laisser passer un camion du CHU), avant d’être à nouveau gazés par les policiers.







L’autoroute à nouveau envahie
Il en fallait plus pour décourager la foule, qui est parvenue à envahir, peu de temps après, comme la semaine dernière, l’autoroute urbaine par le pont de Venise. Acculés par les nombreux véhicules de police, les manifestants ont finalement quitté les lieux peu avant 18 h 30, non sans avoir allumé des brasiers sur la chaussée, contraignant Sanef à couper un sens de circulation. Le groupe, qui commençait à se scinder, a poursuivi son chemin vers le centre-ville, quadrillé par les forces de l’ordre, avec la mairie en ligne de mire. Un jeu du chat et de la souris, émaillé de nouveaux jets de gaz lacrymogène et d’averses de pluie, qui a pris fin vers 20 heures comme la semaine dernière. La casse en moins.



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