Récit d’une nouvelle journée de mobilisation à Reims : 2 500 manifestants dans la rue et sur l’autoroute pour se faire entendre

La journée du 24 octobre a commencé dans le calme à Reims, encore meurtrie par les événements de samedi dernier. C’est vers 13 heures que cette nouvelle mobilisation, rassemblant 2500 personnes, a pris forme, d’abord en dehors du périmètre interdit, bifurquant au rythme des jets de gaz lacrymogène des forces de l’ordre jusqu’à l’autoroute cette fois encore. Un jeu du chat et de la souris qui a pris fin vers 20 heures.

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Par Marion Dardard

Journaliste à Reims

Publié: 24 octobre 2026 à 21h44

Temps de lecture: 1 min

Après les débordements de samedi dernier, qui ont causé d’importants dégâts en ville ainsi que sur la traversée urbaine et poussé les commerçants à se barricader ce week-end, personne ne savait à quoi s’attendre pour cette nouvelle journée de mobilisation annoncée contre la vie chère. Point de syndicat aux commandes cette fois encore, mais des appels aux rassemblements relayés ici ou là, sur les sites des gilets jaunes et les réseaux sociaux, malgré les interdictions émanant de la préfecture.

La police a contrôlé toutes les personnes présentes au square Colbert ce samedi matin, y compris les journalistes.
La police a contrôlé toutes les personnes présentes au square Colbert ce samedi matin, y compris les journalistes. - Stéphanie Jayet
Le préfet Romain Royet étaient aux côtés des forces de l'ordre samedi matin, square Colbert.
Le préfet Romain Royet étaient aux côtés des forces de l'ordre samedi matin, square Colbert. - Stéphanie Jayet

Le premier rendez-vous de la journée était donné à 10 heures, square Colbert. Sous un beau ciel bleu, les joggeurs étaient finalement bien plus nombreux au pied de la statue que les potentiels manifestants. Il y avait bien une poignée d’étudiants au rendez-vous, assis tranquillement sur la coursive en pierre. Mais pas pour bien longtemps : en présence du préfet de la Marne Romain Royet, un important dispositif de forces de l’ordre était déployé devant la gare, multipliant les contrôles d’identité de toutes les personnes installées dans le square, y compris les journalistes.

« Vous cherchez le cortège aussi ? »

De quoi faire vite déguerpir les jeunes, même les plus téméraires, certains se faisant confisquer au passage, selon leurs témoignages, keffieh et kits de soins (les équipements de protection contre les forces de l’ordre avaient été interdits par la préfecture, NDLR). Et si on a bien aperçu quelques gilets fluo dans le périmètre, c’étaient uniquement ceux des agents de Transdev présents pour aiguiller les voyageurs, puisqu’aucun tram ni bus ne desservait le centre-ville ce samedi.

À deux pas de là, la place d’Erlon s’éveillait tranquillement, comme un samedi – presque – normal. Avec plusieurs panneaux de bois XXL plaqués sur les vitrines en plus. Là non plus, point de rassemblement en vue, tandis que la police multipliait les rondes autour des promenades et du square Colbert toujours, où, à 11 heures, un nouvel appel à se réunir avait été lancé.

Convergeant vers la statue, quelques passants étaient bien en quête du reste du groupe. « Vous cherchez le cortège aussi ? » interrogeait ce jeune homme, bien seul. Un couple de Rémois, habitués des revendications, observait, lui, à distance. Finissant par lever le camp. La présence policière aura décidément été dissuasive. Du moins, le matin.

Un slogan et un costume pour faire passer un message.
Un slogan et un costume pour faire passer un message. - Ingrid Bailleul
Distribution de soupe devant la maison des syndicats avant le debut de la marche.
Distribution de soupe devant la maison des syndicats avant le debut de la marche. - Ingrid Bailleul
Des couples au départ de la manifestation, ce samedi.
Des couples au départ de la manifestation, ce samedi. - Ingrid Bailleul

Car dès 13 heures, c’est une nouvelle partition qui s’est jouée à Reims. Rassemblé devant la maison des syndicats, près d’un millier de manifestants s’est élancé (ils étaient, au plus gros de la manifestation, 2500 selon la préfecture), après une soupe partagée dans une ambiance détendue. Dans le cortège, des jeunes, mais aussi des actifs, des retraités et des familles, désireux de faire entendre leur voix, avec, en tête, une large banderole : « Grève blocage manif sauvage ».

Les deux Alyssa et leur ami Lylian ont du mal à joindre les deux bouts. Ils veulent que ça change.
Les deux Alyssa et leur ami Lylian ont du mal à joindre les deux bouts. Ils veulent que ça change. - M.D.
Dans le cortège, des jeunes, mais aussi des actifs, des retraités et des familles, désireux de faire entendre leur voix.
Dans le cortège, des jeunes, mais aussi des actifs, des retraités et des familles, désireux de faire entendre leur voix. - Stéphanie Jayet
« Y en a marre ». C’était le mot d’ordre de cette journée de mobilisation.
« Y en a marre ». C’était le mot d’ordre de cette journée de mobilisation. - Stéphanie Jayet
Des manifestants de tous âges étaient présents dans le cortège.
Des manifestants de tous âges étaient présents dans le cortège. - Ingrid Bailleul
« Ils veulent nous faire peur pour nous faire taire, nous faire passer pour des casseurs »
Alyssa, Manifestante
Slogans, pancartes et drapeaux agrémentaient le cortège.
Slogans, pancartes et drapeaux agrémentaient le cortège. - Ingrid Bailleul
Le sérum physiologique, l’arme indispensable pour affronter cette journée.
Le sérum physiologique, l’arme indispensable pour affronter cette journée. - Ingrid Bailleul

« Ils veulent nous faire peur pour nous faire taire, nous faire passer pour des casseurs », lançait Alyssa, venue manifester avec ses deux amis, Alyssa (bis) de Soissons et Lylian, étudiant à l’Urca. « On ne veut rien lâcher car si on ne le fait pas, qui le fera pour nous ? » Le trio subit de plein fouet l’inflation. Sans les salaires ou la bourse qui leur permettent de faire face. « On a juste assez pour payer le loyer et le carburant pour aller travailler », déplorait la jeune femme.

Les « street medics » étaient dans le cortège pour venir en aide aux manifestants gazés.
Les « street medics » étaient dans le cortège pour venir en aide aux manifestants gazés. - Stéphanie Jayet

Tout l’après-midi, slogans anti-policiers et hostiles à Macron ont succédé aux « Reims, Reims, antifa ! » et « La jeunesse emmerde le Front national », tandis que la nuée remontait le boulevard, bifurquant au besoin afin de fuir les bombes de gaz lacrymogènes lancées par les policiers après rapide sommation pour dévier le cortège. Et c’est ainsi qu’au fil des rues, les manifestants, très solidaires et pas avares de distribution de masque et sérum physiologique pour venir en aide à ceux qui en avaient besoin, sont parvenus jusqu’à la place des Droits-de-l’Homme, qu’ils ont bloquée dans le calme pendant près de trois quarts d’heure (le blocus a été levé pour laisser passer un camion du CHU), avant d’être à nouveau gazés par les policiers.

Des messages clairs, affichés dans le cortège, qui a défilé une bonne partie de la journée sans débordements.
Des messages clairs, affichés dans le cortège, qui a défilé une bonne partie de la journée sans débordements. - Ingrid Bailleul
Des barricades ont été installées par les manifestants, comme ici rue de Venise.
Des barricades ont été installées par les manifestants, comme ici rue de Venise. - Ingrid Bailleul
Un slogan apparu place des Droits-de-l’Homme pendant la mobilisation.
Un slogan apparu place des Droits-de-l’Homme pendant la mobilisation. - Ingrid Bailleul
Place des Droits-de-l’Homme, les manifestants et les policiers se sont jaugés pendant un certain temps.
Place des Droits-de-l’Homme, les manifestants et les policiers se sont jaugés pendant un certain temps. - Stéphanie Jayet
Les forces de l’ordre étaient très nombreuses pour empêcher les manifestants de progresser, bloquant ainsi l’accès à l’autoroute au niveau de la place des Droits-de-l’Homme.
Les forces de l’ordre étaient très nombreuses pour empêcher les manifestants de progresser, bloquant ainsi l’accès à l’autoroute au niveau de la place des Droits-de-l’Homme. - Stéphanie Jayet
Lors de la mise en place du blocus, place des Droits-de-l’Homme.
Lors de la mise en place du blocus, place des Droits-de-l’Homme. - Stéphanie Jayet
Après avoir bloqué la place des Droits-de-l’Homme pendant trois quarts d’heure dans le calme, les manifestants ont été gazés pour être dispersés.
Après avoir bloqué la place des Droits-de-l’Homme pendant trois quarts d’heure dans le calme, les manifestants ont été gazés pour être dispersés. - Stéphanie Jayet

L’autoroute à nouveau envahie

Il en fallait plus pour décourager la foule, qui est parvenue à envahir, peu de temps après, comme la semaine dernière, l’autoroute urbaine par le pont de Venise. Acculés par les nombreux véhicules de police, les manifestants ont finalement quitté les lieux peu avant 18 h 30, non sans avoir allumé des brasiers sur la chaussée, contraignant Sanef à couper un sens de circulation. Le groupe, qui commençait à se scinder, a poursuivi son chemin vers le centre-ville, quadrillé par les forces de l’ordre, avec la mairie en ligne de mire. Un jeu du chat et de la souris, émaillé de nouveaux jets de gaz lacrymogène et d’averses de pluie, qui a pris fin vers 20 heures comme la semaine dernière. La casse en moins.

Les manifestants ont envahi cette fois encore la traversée urbaine, allumant des brasiers à plusieurs endroits.
Les manifestants ont envahi cette fois encore la traversée urbaine, allumant des brasiers à plusieurs endroits. - Stéphanie Jayet
Nouveau jet de gaz lacrymogène en début de soirée, rue des Elus. Des passants ont été très incommodés.
Nouveau jet de gaz lacrymogène en début de soirée, rue des Elus. Des passants ont été très incommodés. - Stéphanie Jayet
La police et les gendarmes quadrillaient le centre-ville en début de soirée, empêchant les manifestants d’approcher de la mairie.
La police et les gendarmes quadrillaient le centre-ville en début de soirée, empêchant les manifestants d’approcher de la mairie. - Stéphanie Jayet

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