Rafiq, éleveur de pigeons en Syrie : “Cette obsession vous tient à l’écart du monde”

Portrait.

À Daraya, dans la campagne de Damas, Rafiq Jamaleddine élève des pigeons depuis l’enfance, perpétuant une tradition ancestrale en Syrie mise à mal par la guerre. Il reconnaît chacun de ses volatiles à leur manière de voler et consacre une grande partie de ses journées à en prendre soin. Le média syrien “Enab Baladi” l’a rencontré.

Les pigeons de Rafiq sur le toit de sa maison à Daraya, en Syrie, le 1er juillet 2026. PHOTO ENAB BALADI

À peine le soleil répand-il sa lumière sur les toits de Daraya, dans la campagne de Damas au sud-ouest de la Syrie, que des dizaines de pigeons se massent sur le toit du pigeonnier et le bord des murets, avant même l’arrivée de leur maître.

Rafiq Jamaleddine grimpe sur le toit avec sa tasse de café et s’assoit sur une chaise en plastique, tandis que les volatiles l’entourent sans peur. Cette scène n’a rien d’exceptionnel pour lui : c’est sa routine quotidienne depuis maintenant plusieurs années.

Parfois, il perce l’air d’un court sifflement ou agite un morceau d’étoffe. Un groupe d’oiseaux lui répond alors en s’élançant vers le ciel pour décrire des cercles au-dessus du quartier. “J’aime monter ici le matin et m’asseoir parmi eux pendant deux heures, avec ma tasse de café, les envoyer tournoyer une ou deux fois avant d’aller rejoindre mes amis pour prendre le thé.”

C’est à ses 10 ans qu’il commence à élever des pigeons, comme son grand-père et ses frères : dans sa famille, trois générations partagent la même passion. Il parle même d’une “obsession”, en employant un terme de dialecte populaire chez les éleveurs de pigeons syriens pour désigner un passe-temps dont on ne démord presque jamais, malgré le passage des ans.

“Cette obsession vous tient à l’écart du monde, vous vous réun

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Enab Baladi (Daraya )

L’hebdomadaire Enab Baladi – “Les Raisins de mon pays” en arabe – est né dans le sillage de la révolte de 2011 contre le régime de Bachar El-Assad. Il a été créé à Daraya, ville située dans une région proche de Damas, par des journalistes citoyens et des militants opposés au régime. Il s’est imposé ces dernières années comme l’un des principaux médias syriens alternatifs.

Imprimé tous les dimanches sans interruption – sauf en août 2012, après le funeste massacre de Daraya, au cours duquel les forces du régime d’Assad ont tué plus de 700 civils et détruit les bureaux du journal – d’abord à Daraya en 2013, puis en Turquie les années suivantes, l’hebdomadaire s’est donné pour mission d’offrir un journalisme “indépendant et crédible” en proposant des reportages et des enquêtes.

Dans la foulée de la chute du régime, Enab Baladi a ouvert son nouveau siège à Damas en janvier 2025.

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