Dati veut redevenir magistrate pile au moment où elle va être jugée pour corruption

Plus de vingt ans après son entrée en politique, l’ancienne ministre de la Justice va faire son retour place Beauvau. Un timing qui interroge.

Par Alexandre Boudet avec AFP

Rachida Dati, ici en février 2026, va redevenir magistrate.

THOMAS SAMSON / AFP

Rachida Dati, ici en février 2026, va redevenir magistrate.

Retour aux sources pour Rachida Dati. Comme l’a révélé Le Nouvel Obs, l’ancienne ministre de la Justice a demandé à reprendre sa carrière de magistrate à 60 ans. Il lui reste à attendre l’avis du Conseil supérieur de la Magistrature pour revenir dans la Chancellerie qu’elle a quittée au début des années 2000 pour entrer en politique.

La maire Les Républicains du VIIe arrondissement de Paris, battue en mars par Emmanuel Grégoire pour la mairie de Paris, a obtenu un poste comme « premier substitut à l’administration centrale de la justice » au sein du ministère. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, devra suivre l’avis du CSM.

Les magistrats du parquet sont désignés par le ministre de la Justice, après avis du Conseil supérieur de la magistrature. Celui-ci devrait intervenir d’ici deux semaines à un mois, après l’examen des éventuels recours des autres candidats sur ce poste, explique un magistrat à l’AFP.

Rachida Dati sera alors en plein procès pour corruption. Elle sera jugée du 16 au 28 septembre devant le tribunal correctionnel de Paris pour corruption et trafic d’influence passifs. Il lui est reproché un pacte de corruption présumé et d’avoir fait illégalement du lobbying au Parlement européen, où elle a siégé comme élue de 2009 à 2019, pour le compte de Renault et de son patron d’alors Carlos Ghosn, aujourd’hui en fuite au Liban et lui aussi renvoyé devant le tribunal.

L’USM dénonce ce choix de Rachida Dati

Entre 2009 et 2013, Rachida Dati a reçu 900 000 euros au titre d’une convention de rémunération forfaitaire d’avocats. La prévenue soutient n’avoir fait qu’un travail d’avocate tout à fait légal. Elle encourt dix ans d’emprisonnement et une inéligibilité de cinq ans. Son nom est également cité dans plusieurs autres affaires.

Autant dire que cette demande de réintégration, aussi légale qu’elle soit, est déjà critiquée par des syndicats de magistrats. « L’institution judiciaire est durement critiquée par les responsables politiques, notamment sous l’angle de la déontologie et de la responsabilité des magistrats, mais également sur la nécessité de préserver l’image de l’institution », or « ce projet de réintégration, à quelques jours d’un procès pénal médiatique concernant l’intéressée, envoie un message contradictoire », a réagi auprès de l’AFP Ludovic Friat, président de l’USM, principal syndicat de magistrats.

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