Suggestions littéraires | Quoi lire cette semaine ?
«L’effet castor»: les castors, ingénieurs du chaos
Le castor est au cœur de notre histoire — peut-être plus que le bois et la morue. C’est l’appât poilu qui a poussé tant d’hommes à s’enfoncer à l’intérieur du continent afin d’alimenter, pour le meilleur et pour le pire, l’appétit insatiable pour sa fourrure en Europe. Aujourd’hui, bien que ces industrieux rongeurs ne fassent pas l’unanimité, on estime qu’ils sont cent fois plus nombreux qu’à la fin du XIXe siècle — au climax du commerce des fourrures. « Pourquoi tant de haine ? » se demande l’Américain Ben Goldfarb dansL’effet castor. Les leçons d’un bâtisseur de mondes, une enquête sur le terrain à propos de ce grand rongeur.
«Sur la route de la Loire»: la Loire à contre-courant (et à vélo)
C’est un voyage qui s’est fait en pointillé. Amorcé en 2018, lorsqu’Emmanuel Ruben habitait encore sur les rives de la Loire, ayant « posé ses valises » à Ingrandes quand il dirigeait la Maison Julien-Gracq, à Saint-Florent-le-Vieil, il va se terminer quatre ans plus tard. Onze jours de vélo et de rencontres, étalés sur trois étés, afin d’assouvir, raconte-t-il, son « amour immodéré des fleuves et des rivières ». « Remonter la Loire, c’est raconter la France », résume l’auteur du récit de voyage littéraire, historique et géographique.
«Étranger à la dérive»: un vrai de vrai !
L’expression est galvaudée. Tellement que, souvent, quand on parle d’un « vrai de vrai », on veut dire exactement le contraire, pour se moquer ou pour créer un effet, disons. Ce qui ne s’applique certainement pas ici, car Weldon Avery Holland est un être droit, intègre et courageux comme on en rencontre rarement… presque un personnage de roman. Dans Étranger à la dérive, James Lee Burke écrit si intensément qu’on ne peut que vibrer en lisant ces pages remarquables. D’autant plus qu’elles nous amèneront en plein cœur du nouvel âge d’or américain : celui de l’arrivée de Hollywood sur tous les écrans du monde et de l’essor irrépressible de l’industrie pétrolière.
«Les fascistes n’ont jamais compté les étoiles»: l’hospitalité en toutes lettres
Après Les racistes n’ont jamais vu la mer, Yara El-Ghadban et Rodney Saint-Éloi poursuivent leur conversation épistolaire avec Les fascistes n’ont jamais compté les étoiles. Si le premier ouvrage prenait la forme d’un dialogue sur le racisme et l’exil, celui-ci s’écrit dans l’ombre du génocide à Gaza. D’une lettre à l’autre, les deux écrivains interrogent le monde qui vacille, sans jamais renoncer à l’idée qu’il demeure possible d’y préserver un espace pour la littérature, l’amitié et l’espérance.