« Qui s’opposera encore à sa libération ? » : 30 ans après la découverte des corps de Julie et Mélissa, Jean-Denis Lejeune s’exprime sans détour sur Marc Dutroux (vidéo)
« Qui s’opposera encore à sa libération ? » : 30 ans après la découverte des corps de Julie et Mélissa, Jean-Denis Lejeune s’exprime sans détour sur Marc Dutroux (vidéo)
30 ans après la découverte des corps de Julie et de Mélissa à Sars-la-Buissière, le père de Julie nous a confié toute la tristesse et la rage qu’il a encore en lui alors qu’on parle encore et toujours de la libération conditionnelle de Marc Dutroux. Grand entretien
Journaliste à La Meuse Publié le 16/08/2026 à 07:30
« Dutroux ne doit jamais sortir de prison ! »

Beaucoup de gens se demandent comment vous restez encore debout après une telle épreuve ?
Si j’ai encore cette force et cette envie de vivre, c’est à ma famille que je le dois. À mon fils Maxime, à ma sœur, à Anne, ma compagne... Et si je me bats encore ainsi, c’est parce qu’il y a encore beaucoup à faire pour améliorer le système judiciaire belge.
Vous avez pourtant déjà fait bouger beaucoup de choses ?
Non, pas assez. Je regrette de ne pas avoir été plus virulent avec la justice à l’époque. Lorsqu’on a entendu l’arrêt de la Cour d’assises d’Arlon en 2004, avec la « perpétuité pour Dutroux », on s’était dit qu’enfin la justice était rendue. Sauf que ce n’est pas ça du tout. Les lois sont ainsi faites que, dès 2013, il commençait déjà à postuler à une libération conditionnelle.

Qu’est-ce que ça vous fait de voir à chaque fois son avocat la réclamer ?
Chaque fois que je lis ça, ça me choque et ça m’épuise. Certains disent qu’on me voit trop dans la presse mais mon combat n’est pas terminé. C’est pour lui que je m’exprime encore et toujours. Je voyais récemment à la TV les parents des victimes de Paolo Falzone dire que justice était rendue. Je me suis dit : les pauvres, ils ne savent pas ce qui les attend.
A défaut de peine de mort, j’aurais au moins espéré une peine incompressible à vie
Qu’auriez-vous voulu de plus ?
Je l’ai déjà dit, je suis pour la peine de mort pour des gars pareils, des multirécidivistes qui s’en prennent à des enfants. La société sera mieux protégée en les éliminant. Mais comme on ne reviendra pas en arrière, j’aurais au moins espéré une peine incompressible à vie pour qu’on soit sûr qu’il ne récidive plus. Et je dois bien avouer que seul Georges-Louis Bouchez l’évoque encore aujourd’hui. Tous les autres politiques n’en parlent plus du tout.
Où en est-on aujourd’hui à propos de sa demande de libération conditionnelle ?
Sa dernière demande a été refusée par le tribunal d’application des peines, mais il en réintroduira d’autres dès qu’il le pourra, j’en suis sûr. Son avocat Bruno Dayez ayant pris sa retraite le premier juillet dernier, il paraît que ce sont quatre autres avocats qui vont s’occuper de lui désormais, et aux frais de l’État puisqu’il n’a rien.
Et vous, comment faites-vous ?
Moi, je n’ai pas droit à une défense Pro Deo. Et comme celui qui me défendait, maître Georges-Henri Beauthier est décédé, je n’ai pas d’argent pour m’en payer un autre. C’est donc moi qui devrai me défendre tout seul…

Vous pensez qu’un jour il sera libéré ?
On vient de libérer Freddy Horion à l’âge de 78 ans. Il s’agit du plus vieux détenu de Belgique qui était en prison depuis 47 ans pour le meurtre d’une famille de cinq personnes et personne ne s’y est opposé. Aujourd’hui, Marc Dutroux est âgé de 69 ans. Si dans dix ans je ne suis plus là, qui s’opposera encore à sa libération ?
de videos
Une banque d’ADN pour confondre les meurtriers et les violeurs

Non seulement, Jean-Denis Lejeune milite inlassablement pour l’instauration de peines incompressibles, mais également pour l’instauration d’une banque de données ADN de toute la population afin de confondre plus facilement les violeurs et les meurtriers.
« Il existe bien une banque de données pour le sang, pourquoi pas pour l’ADN ?, s’interroge-t-il. Si la justice disposait d’un tel outil, elle pourrait beaucoup plus facilement retrouver les auteurs de délit qui ont laissé une trace génétique sur les lieux. »
S’il dit cela, c’est parce qu’il pense à cette trace de sperme, mêlée à une tache de sang de Julie et retrouvée sur un mur de la cache de Dutroux. Un sperme qui ne correspond à aucun profil connu. Car seuls les profils génétiques de personnes condamnées ou internées pour des infractions spécifiques sont conservés et à disposition de la Justice en Belgique.
Prélever et conserver l’ADN de tous les Belges pose évidemment des questions éthiques importantes, « mais quand on n’a rien à se reprocher, de quoi a-t-on peur ? », lance-t-il.
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