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  • 2026-08-12 16:29:11 +0000 UTC

    Aug 12, 2026

    Qui ne verra pas l'éclipse du 12 août : géographie, nuages ou travail

    L'Espagne a déjà les yeux tournés vers le ciel. Ou, du moins, s'y prépare. Mais tout le pays ne verra pas la même chose. L'éclipse totale de Soleil du 12 août est, selon les météorologues et les astronomes, un phénomène qui va littéralement couper le territoire en deux : ceux qui verront le Soleil disparaître complètement et ceux qui resteront aux portes de la totalité.

    Hors de la bande de totalité : Madrid, Barcelone et une bonne partie du sud

    La bande de totalité, ce couloir étroit où la Lune occulte 100 % du Soleil, traverse la péninsule d'ouest en est et touche des capitales comme La Corogne, Oviedo, León, Bilbao, Saragosse, Valence ou Palma. En dehors de ce tracé, le reste du pays n'assistera qu'à une éclipse partielle, plus ou moins marquée selon l'éloignement par rapport à la ligne centrale.

    Madrid et Barcelone sont les grandes absentes. La bande passe juste entre les deux villes, si bien que leurs habitants assisteront à une fin d'après-midi avec le Soleil presque entièrement masqué, jusqu'à 99 % par endroits, sans pour autant bénéficier de ces quelques secondes d'obscurité totale qui font de ce phénomène quelque chose de totalement à part.

    Huesca et Zamora se trouvent à la limite même de la totalité, si bien que les irrégularités du relief lunaire peuvent rendre le moment clé imperceptible à l'œil nu. Et toute la moitié sud de la péninsule devra, elle, se contenter d'une éclipse partielle.

    Un ennemi incontrôlable : les nuages

    Se trouver dans la bonne bande ne garantit rien si le ciel ne suit pas. La côte cantabrique, le littoral de Galice, des Asturies et de Cantabrie, traîne à cette période de l'année un historique météorologique peu favorable, avec des chances de ciel dégagé qui, dans certaines analyses, ne dépassent pas 50 %.

    Les prévisions les plus récentes laissent entrevoir de meilleures chances à l'ouest et à l'intérieur de la Galice, de la Castille-et-León ou des Baléares, même si les modèles peuvent encore évoluer jusqu'à la dernière minute. Pour ceux qui ont parcouru des centaines de kilomètres à la poursuite de la totalité, un nuage mal placé à l'horizon ouest peut en quelques secondes ruiner ce que la géographie leur avait accordé.

    Ceux qui continueront à travailler pendant que le ciel s'assombrit

    Il n'existe en Espagne aucun congé spécifique pour quitter son poste de travail pendant l'éclipse, et la législation du travail ne la considère pas comme un cas de force majeure. Les conducteurs, le personnel de la restauration ou du bâtiment de service cet après-midi continueront donc, en principe, leur journée pendant que tout s'arrêtera autour d'eux pour lever les yeux au ciel.

    Au mieux, il est possible de caler le moment de la totalité, à peine un peu plus d'une minute dans les meilleurs emplacements, dans la pause de 15 minutes prévue par le Statut des travailleurs pour les journées de plus de six heures, mais cela suppose un accord préalable avec l'employeur.

    La DGT, d'ailleurs, a mis en place un dispositif spécial face aux embouteillages attendus dans les zones les plus fréquentées, si bien qu'une bonne partie du personnel affecté au réseau routier aura cet après-midi bien plus de travail que d'habitude.

    Par sécurité, mieux vaut ne pas le regarder directement

    Certains pourraient le voir et choisissent de ne pas le faire, ou ne devraient pas le faire. Cela fait des semaines que les ophtalmologues martèlent que regarder le Soleil sans lunettes homologuées ISO 12312-2, même quelques secondes seulement, ni avec de simples lunettes de soleil, des radiographies ou des filtres artisanaux, peut provoquer une rétinopathie solaire : une brûlure de la rétine indolore, imperceptible sur le moment et qui peut mettre entre 4 et 48 heures à se manifester par une tache sombre au centre du champ visuel.

    Le Groupe social ONCE a distribué près de deux millions de lunettes certifiées dans tout le pays précisément pour éviter les accidents, et les sociétés d'ophtalmologie recommandent que les plus jeunes, en particulier, n'observent pas le phénomène sans la surveillance directe d'un adulte. Ceux qui n'ont pas de protection homologuée à portée de main n'ont en réalité que deux options sûres : ne pas regarder, ou le faire via un "streaming".

    L'ESA proposera deux retransmissions. La première sera la diffusion officielle, réalisée depuis l'Observatoire astrophysique de Javalambre, à Teruel. Elle comprendra des interviews en direct, des explications, des images et des informations sur les éclipses, ainsi que la retransmission de la totalité à 20 h 31. Elle sera en anglais et pourra être suivie via ESA Web TV et YouTube.

    La deuxième retransmission de l'ESA montrera des images captées par des télescopes, sans commentaires ni explications : uniquement l'éclipse en direct, également disponible sur YouTube.

    La NASA proposera de son côté son propre "streaming", qui débutera à 19 h 15. La diffusion montrera différentes vues de l'éclipse à mesure qu'elle progressera sur sa trajectoire et inclura des interviews d'experts. Elle pourra être suivie à la fois sur le site de la NASA et sur YouTube, avec des liaisons vers différents points où la totalité sera observable, comme l'Islande à 19 h 45 ou l'Espagne à 20 h 28.

    Un phénomène que l'on peut aussi écouter

    Pour les personnes aveugles ou malvoyantes, l'éclipse a longtemps été, par définition, un spectacle dont elles étaient exclues. Cela change cette année avec le projet Eclipse inclusif, porté par le CSIC, qui distribue des dispositifs LightSound en différents points d'observation du pays.

    L'appareil traduit en temps réel l'intensité de la lumière solaire en son : un ton qui s'éteint et devient plus grave à mesure que la Lune recouvre le disque solaire, jusqu'à disparaître presque complètement pendant la totalité. Ce n'est pas la même chose que de le voir, mais c'est une manière de vivre le même instant que des millions de personnes auront les yeux tournés vers le ciel pour le partager cet après-midi.

    Ceux qui ne veulent pas le voir

    Tout le monde ne manquera pas l'éclipse cet après-midi faute de pouvoir la voir : certains préfèrent tout simplement ne pas sortir pour la regarder. Ces dernières semaines, plusieurs fausses informations ont circulé sur les réseaux sociaux, qui mêlent le phénomène à des théories complotistes, allant de prétendues alertes sur des problèmes neurologiques liés à son observation à l'affirmation, sans aucun fondement scientifique, que la Terre perdrait la gravité pendant sept secondes, attribuée à un document prétendument divulgué de la NASA qui n'existe pas.

    Les vérificateurs de faits s'emploient depuis des jours à démonter ces messages, mais ils continuent de se répéter, et certains mettent littéralement en garde de "ne pas sortir" pendant l'éclipse. Pour une partie de la population, ce bruit de fond suffit à rester chez soi, volets baissés.

    Il y a aussi ceux qui ne redoutent pas le phénomène, mais tout ce qui l'entoure. Les villages situés dans la bande de totalité ont vu les recherches touristiques augmenter de plus de 800 % par rapport à une année normale, et nombre d'habitants de ces localités préviennent déjà qu'ils passeront l'après-midi loin de la foule, laissant les meilleurs endroits pour observer le Soleil aux milliers de visiteurs qui ont fini par saturer routes et hébergements. Pour eux, l'éclipse n'est pas tant un spectacle astronomique qu'une contrainte de plus.

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