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  • 2026-07-20 17:16:27 +0000 UTC

    Jul 20, 2026

    Qui est Judit Polgár, la légende des échecs que Péter Magyar voulait voir à la présidence de la Hongrie ?

    Considérée comme la meilleure joueuse d’échecs de tous les temps, Judit Polgár est préssentie pour devenir la nouvelle présidente de la Hongrie.

    Considérée comme la meilleure joueuse d’échecs de tous les temps, Judit Polgár est préssentie pour devenir la nouvelle présidente de la Hongrie. D DIPASUPIL / AFP

    Le choix était aussi inattendu que symbolique. Ce lundi 20 juillet, le Premier ministre conservateur et pro-européen Péter Magyar a annoncé son intention de proposer Judit Polgár à la présidence de la République. Arrivé au pouvoir en mai 2026 après avoir mis fin à seize années de règne de Viktor Orbán, le chef du gouvernement poursuit le démantèlement du système hérité de son prédécesseur.

    Le président sortant, Tamás Sulyok, régulièrement dénoncé comme une « marionnette » d’Orbán par le nouveau chef du gouvernement, a quitté ses fonctions après avoir signé un amendement constitutionnel mettant fin à son mandat. Cette transition radicale ne va pas sans frictions : des organisations de défense des droits humains, à l’instar de Human Rights Watch, s’inquiètent de ces méthodes expéditives, les jugeant « réminiscentes de l’ère Fidesz ». Dans l’attente d’une nouvelle Constitution, Magyar cherche une figure capable de rassembler. « Notre pays a besoin d’unité, de paix et d’un président dont tous les Hongrois puissent être fiers », a-t-il déclaré sur son compte Facebook.

    Le nom de Judit Polgár, qui s’apprête à fêter ses 50 ans le 23 juillet, circulait déjà dans une lettre ouverte signée par seize personnalités hongroises, parmi lesquelles l’astronaute Tibor Kapu et Ernő Rubik, inventeur du célèbre Rubik’s cube. Mais Judit Polgár a annoncé dans la foulée refuser la proposition. Portrait d’une pionnière en cinq diagonales.

    • La seule femme à avoir intégré le Top 10 mondial

    C’est le fait qui résume à lui seul sa singularité. Dans toute l’histoire des échecs, aucune femme n’a accompli ce que Judit Polgár a réussi. Numéro un mondiale féminine pendant plus d’un quart de siècle, elle demeure aujourd’hui la seule joueuse à avoir intégré le Top 10 mondial toutes catégories confondues, atteignant même la huitième place.

    Surtout, elle n’a jamais voulu être considérée comme une championne « féminine ». Dès l’adolescence, elle choisit d’affronter les meilleurs joueurs du monde, convaincue que les échecs ne devraient pas être séparés selon le sexe. Cette trajectoire hors norme, jalonnée de victoires contre des légendes masculines comme le Russe Anatoli Karpov, explique pourquoi elle est souvent considérée comme la plus grande joueuse de l’histoire.

    • Un prodige programmé en laboratoire familial

    Avant d’être une trajectoire individuelle hors norme, la vie de Judit Polgár est une expérience éducative. Dans les années 1970, en pleine Hongrie communiste sous domination soviétique, ses parents, Klara et László Polgár, tous deux professeurs, décident d’élever leurs trois filles pour en faire des championnes d’échecs. « Nous étions pauvres, se souvient le père, László Polgár dans le documentaire “Queen of Chess”, sorti sur Netflix en janvier 2026. Je voulais un avenir meilleur pour mes filles et j’ai commencé à étudier les biographies des grands génies. (…) On travaillait tous les jours, mais les filles s’amusaient bien ».

    Les résultats de ces huit à neuf heures d’étude quotidiennes sont spectaculaires. En 1986, à seulement 9 ans, elle bat sans sourciller sept adultes de suite lors d’un tournoi à New York. Puis, en 1991, à 15 ans, elle devient la plus jeune grand maître de l’histoire, effaçant le record de précocité détenu depuis 1958 par l’Américain Bobby Fischer. Une performance qui la fait entrer définitivement dans une autre dimension.

    • Le cauchemar des misogynes du circuit

    Judit Polgár n’a jamais joué dans les catégories féminines, préférant affronter les hommes pour atteindre les sommets. Elle a dû s’imposer dans un milieu profondément sexiste et ségrégationniste. À la fin des années 1980, le champion britannique William Hartston affirmait sans ciller : « Il faut la pure capacité mentale de pouvoir comprendre le monde des échecs et la personnalité idoine pour devenir compétent. Les femmes n’ont aucun des deux ».

    Face à ce mépris, elle confie : « Nous voulions faire changer cette idée reçue complètement idiote ». Pari gagné : elle reste à ce jour la seule femme à s’être hissée dans le Top 10 mondial toutes catégories confondues, conservant la place de numéro un mondiale féminine pendant 25 ans jusqu’à sa retraite en 2014. Certains adversaires acceptent si mal de perdre contre une femme qu’ils refuseront même de lui serrer la main après une défaite.

    • Celle qui a fait plier le « tsar » Kasparov

    S’il fallait retenir une seule image de sa carrière, ce serait probablement celle-ci. Le 9 septembre 2002, à Moscou, lors du match historique Russie contre le Reste du monde, Judit Polgár affronte l’invincible numéro un mondial, Garry Kasparov.

    Le Russe, qui l’avait méprisée par le passé et avait même triché lors de leur premier affrontement en 1994, est contraint à l’abandon. Une victoire hautement stratégique sur une ouverture espagnole. « C’est au moment où j’ai réussi à forcer l’abandon de Kasparov, à Moscou, en 2002, que pour moi s’écrivait une page de l’histoire des échecs », confiait-elle au « Figaro » en mai 2026.

    • La vraie Beth Harmon du « Jeu de la dame »

    Bien avant le succès mondial du Jeu de la dame, Judit Polgár incarnait déjà cette figure devenue familière : celle d’une jeune femme prodige défiant un univers dominé par les hommes. Son parcours a souvent été rapproché de celui de Beth Harmon, l’héroïne de la série Netflix, dont la Hongroise avait elle-même salué la fidélité à l’univers des échecs en 2020.

    Depuis sa retraite sportive en 2014, elle s’est consacrée à l’éducation, commentant des tournois en ligne et organisant le Judit Polgar Global Chess Festival à Budapest. C’est précisément cette image consensuelle qui séduit aujourd’hui Péter Magyar. Selon le politologue Peter Kreko interrogé par l’AFP, « elle pourrait jouer un rôle diplomatique particulièrement utile à un moment où la transformation de la Hongrie suscite un intérêt international considérable ». Un horizon politique balayé d’un revers de main par le parti Fidesz de Viktor Orbán : son porte-parole, Bertalan Havasi, a fermement dénoncé une « mascarade » et un « écran de fumée »

    Par  Karl Pasquet

    2026-07-20 17:16:27 +0000 UTC