Quel rôle joue Olivier Primeau dans la campagne de la CAQ?

Chaque semaine, pendant la campagne électorale, l’équipe du Devoir répond à une question posée par des lecteurs. La question de cette semaine vient de Gisèle Otis, qui se demande : « Quel est le rôle d’Olivier Primeau dans la campagne de la Coalition avenir Québec ? »

Officiellement, l’influenceur et homme d’affaires Olivier Primeau agit comme « envoyé spécial auprès des petites et moyennes entreprises (PME) » dans le cadre de la campagne électorale pour le compte de la Coalition avenir Québec (CAQ).

Plus concrètement, qu’est-ce que ça mange en hiver, un « envoyé spécial auprès des PME » ? M. Primeau va visiter plusieurs régions du Québec pour rencontrer des entrepreneurs et autres acteurs du milieu des PME. Le tout à bord de son propre minibus affublé des couleurs caquistes, du logo du parti et des mots « Tournée PME ».

Sa mission se décline en deux temps : il va d’abord présenter et mousser les idées de la CAQ auprès des PME, puis va prendre le pouls des entrepreneurs et de leurs préoccupations, idées et propositions afin d’en faire état à l’équipe caquiste.

Dans une publication Instagram, le principal intéressé résume vouloir « écouter ce qui fonctionne, comprendre ce qui bloque et surtout ramener des solutions concrètes ».

Très suivi sur les réseaux sociaux, Olivier Primeau documente aussi ses visites et partage publiquement des comptes rendus des rencontres qu’il réalise.

Une chose est toutefois certaine : Olivier Primeau n’est pas candidat aux élections du 5 octobre prochain. « Il ne pourra prendre aucune décision gouvernementale ni promettre une aide financière, un contrat, une subvention, un permis ou un changement réglementaire », souligne aussi la CAQ dans le communiqué annonçant son mandat. « La tournée ne pourra pas servir à promouvoir ses entreprises ou ses produits, précise-t-on ensuite. Olivier Primeau devra également se retirer de toute discussion pouvant toucher directement ses intérêts commerciaux. »

L’homme d’affaires, qui a déjà confirmé avoir voté pour la formation politique en 2018 et en 2022, a écarté la possibilité de faire le saut en politique active à deux reprises : lors de la course à la chefferie de la CAQ et avant le déclenchement de la présente campagne électorale.

Légal, le mandat de Primeau ?

Aux yeux du Directeur général des élections (DGE), cette participation à la campagne caquiste est légale, tant qu’elle respecte les règles prévues par la Loi électorale.

« De façon générale, une personnalité publique peut agir à titre de prestataire de services pour faire la promotion d’un parti. On pourrait faire le parallèle avec une agence de publicité, qui s’occupe de faire la publicité de ses clients », soutient Julie St-Arnaud Drolet, porte-parole du DGE.

La règle en jeu demeure toutefois qu’engager une telle personne représente une dépense électorale et doit être enregistré comme tel par le parti. Comme les dépenses électorales « sont réservées aux gens qui cherchent à se faire élire », le DGE précise « qu’une personne embauchée pour favoriser l’élection d’un parti ne peut pas utiliser son propre argent pour élargir la portée de ses actions partisanes ».

La CAQ affirme que la rémunération d’Olivier Primeau sera « comptabilisée dans le cadre des dépenses électorales du parti, conformément aux règles applicables ». M. Primeau a déjà confirmé qu’il allait verser son salaire d’environ 20 000 $ en don à un organisme.

En point de presse mercredi, Christine Fréchette a assuré qu’elle ne « serait pas redevable de quoi que ce soit » envers Olivier Primeau en échange de ses services. C’est la cheffe de la CAQ qui a elle-même demandé à l’influenceur de partir à la rencontre des PME.

Le Parti libéral du Québec (PLQ) a d’ailleurs lui aussi engagé une créatrice de contenu à des fins promotionnelles : Caroline Lachapelle a été mandatée par le parti de Charles Milliard pour concevoir des capsules vidéos qui présentent les idées libérales et les dessous de la campagne. Mme Lachapelle publie ce contenu sur une page dédiée, « coulissesplq », et non sur son compte personnel.

Du lobbyisme ?

Jusqu’au 21 août dernier, Olivier Primeau était inscrit au registre québécois des lobbyistes pour tenter d’obtenir un partenariat avec le gouvernement du Québec en vue de valoriser les ressources en eau souterraine au Québec, dont le principal intéressé détient une part importante.

Des discussions entre M. Primeau et Mme Fréchette — alors qu’elle était ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie dans le gouvernement Legault — ont eu lieu à ce sujet, mais la première ministre sortante a affirmé jeudi ne pas s’être « avancée en faveur de ce projet ». « Je n’ai pas pris position publiquement, dans le sens qu’on a évoqué les contours de ce projet-là, mais sans plus. »

Selon l’analyse de Lobbyisme Québec, le mandat d’Olivier Primeau n’en est pas un de lobbyisme et rien n’empêche l’influenceur de redevenir lobbyiste après le 5 octobre s’il le désire.

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