Que veut dire vivre en paix quand il y a tant de guerres ? Réponse des artistes

C'est une exposition très forte qui s'est ouverte à Cloud Seven, cet ambitieux lieu d'art contemporain autour de la collection de Frédéric de Goldschmidt, à Bruxelles. Son thème : que veut dire vivre en paix dans un siècle où les guerres se multiplient ? Même dans les régions en paix, règnent encore les stigmates des guerres ou rodent toujours ceux qui font de la guerre un marché, et où parfois l'environnement reste pollué.

La commissaire Hadas Zahavi, initiatrice d'un Memorial for Those Who Did Not Fall In War, a invité 30 artistes internationaux avec des œuvres aussi de la collection de Frédéric de Goldschmidt pour explorer cet angle mort des guerres : les souffrances qu'elles laissent derrière elle.

Frédéric de Goldschmidt à côté de la photo de Julian Charrière rongée par la radioactivité
Frédéric de Goldschmidt à côté de la photo de Julian Charrière rongée par la radioactivité ©Photo : D.R.

Ils viennent d'Inde, du Kosovo, de Gaza ou de Belgique. Lesia Khomenko a peint sur un mur de Cloud Seven une fresque de la rue vue depuis une fenêtre de Cloud Seven, avec les passants sur le trottoir, c'est la vue qu'aurait un drone tueur passant au-dessus.

Un nouveau haut lieu d'art contemporain à Bruxelles

Radioactif

Une photo de Julian Charrière rongée par la radioactivité ambiante montre l'atoll de Bikini, lieu des essais nucléaires américains. On retrouve l'Indienne Shilpa Gupta et son magasin de fioles de (faux) sang qu'elle vendait dans les trains avec, inscrit, le verbe "blame" (blâmer). Elle expliquait qu'on pouvait y voir, à sa guise, du sang d'hindou ou de musulman (le sang est le même), et que ce flacon permettait d'assouvir ensuite sa haine, chez soi.

Shilpa Gupta et son magasin de fioles de faux sang
Shilpa Gupta et son magasin de fioles de faux sang ©Photo : D.R.

Le Kosovar Zgjim Zyba a construit une colonne de béton coupée par des couvertures de survie datant de la guerre.

Shareef Sarhan de Gaza a transposé sur des assiettes cassées des photos de Gaza et les répare à la peinture d'or comme le font les artisans traditionnels au Japon. Un autre artiste de Gaza Ismail Matar, montre l'échelle de l'espoir brisée.

La colonne de béton coupée par les couvertures de survie du  Kosovar Zgjim Zyba
La colonne de béton coupée par les couvertures de survie du Kosovar Zgjim Zyba ©Photo : D.R.

Kendell Geers a troué ses livres au fusil créant comme seules lettres les tracs de poudre. Emilio Lopez-Menchero rappelle à l'entrée, en le reproduisant dans une installation criante de vérité, le scandale d'Hebron en Palestine où des colons jettent depuis des années leurs ordures sur le marché palestinien en contrebas.

On remarque aussi des photos de Kader Attia et Kapwani Kiwanga, les photos du ciel vu des lieux des camps nazis ; les couteaux en verre coloré de l'Ukrainienne Dafria Koltsova et le rappel émouvant par Edgar Martins d'un ami photographe mort en Libye.

Le musée africain de Tervuren met les voiles

L'impact toujours présent de la colonisation belge au Congo est évoqué par Aimé Mpane et Jean-Pierre Müller. Ils montrent le texte qu'un jugement les a amenés à enlever à Tervuren, texte conçu pour "équilibrer" les statues à la gloire de la colonisation. On y lit : "Un para-commando belge à Stanleyville en 1964, lors de l'écrasement des rebelles Simba. L'indépendance formelle du Congo en 1960 est loin d'avoir sonné le glas des interventions étrangères."Une installation de Benoît Jacquemin évoque, lui, Léopold II.

Cloud Seven, quai du Commerce 7, expo jusqu'à 21/02, du mardi au samedi 14h-18h.

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