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  • 2026-07-27 10:28:00 +0000 UTC

    Jul 27, 2026

    Questions d'environnement - Quand le déploiement des énergies renouvelables prend du retard faut de lignes électriques

    On construit plus vite une centrale solaire qu'une ligne électrique. De nombreuses installations photovoltaïques et éoliennes sont ainsi à l'arrêt faute de raccordement au réseau. Quand l'intendance ne suit pas, le « manque à gagner » peut être immense.

    Le chiffre est énorme. En Inde, 50 gigawatts d'électricité issue des renouvelables ne sont pas utilisés. Soit l’équivalent de 50 réacteurs nucléaires. La raison est toute simple : ces centrales solaires et éoliennes ne sont pas connectées au réseau électrique pour transporter l'électricité d'un point à un autre, du producteur aux consommateurs.

    Parce que la construction d'un réseau électrique et les raccordements prennent du temps. « Les réseaux actuels ont été conçus pour quelques dizaines de producteurs bien centralisés et des millions de consommateurs. Maintenant, on a des millions de consommateurs et des millions de producteurs, avec de nouvelles consommations qui apparaissent (comme les datacenters), ce qui fait énormément de raccordements à effectuer en même temps », explique Cédric Philibert, spécialiste de l'énergie et chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (IFRI).

    Chantiers titanesques

    Pour avoir une idée de l'ampleur du chantier, ou plutôt des chantiers, rien qu'en Inde (un pays à la taille assez éloignée de celle du Luxembourg...), il faudra, d'ici 2030, construire 500 000 kilomètres de nouvelles lignes électriques. Un travail titanesque, qui demande entre trois et cinq ans selon la distance, alors qu'il faut quelques mois, moins de deux ans en tout cas, pour bâtir une centrale solaire. On n'est pas tout à fait dans la même temporalité, ce qui produit forcément un décalage.

    En France, « on a un certain nombre de projets en file d'attente qui ont reçu la promesse de raccordement, mais cette promesse ne peut pas se réaliser avant un an, deux ans ou trois ans. Et effectivement, on a plus de projets en attente que d'options de raccordement à très court terme. C’est un problème qu'on a en France comme on l'a en Chine, en Inde, aux États-Unis ou un peu partout », estime Cédric Philibert. En Chine, à cause de cette pénurie de ligne électrique, jusqu'à 17% de l'énergie solaire n'a pas pu être utilisée de ligne. Ce qui maintient la dépendance de la Chine au charbon, la pire énergie qui soit. 

    Une course contre le temps

    Il faudrait donc anticiper la construction des lignes électriques, et pourquoi pas, comme le suggère Cédric Philibert, prendre l'exemple du Texas, aux États-Unis, où on est pourtant les rois du pétrole : « En général, on ne construit pas le réseau quand le solaire n'est pas construit. On a peut-être tort. Au Texas, il y a quinze ans de cela, le gouvernement a dit : "On va développer les éoliennes et moi je construis les lignes à haute tension sans attendre les éoliennes". Donc ensuite quand on a construit les éoliennes, le raccordement était très rapide », raconte le chercheur.

    D’autres pistes existent pour rattraper le retard, comme la colocalisation, en vogue au Portugal : on regroupe le solaire et l'éolien à un même endroit, pour faire des économies d'échelle et de réseau. « Dans beaucoup d'endroits, ils sont en train de rajouter une ferme solaire entre les éoliennes. Parce qu'en réalité, le solaire et l’éolien ne vont généralement pas produire en même temps. En gros, le solaire, c'est la journée et pas la nuit. L'éolien, c'est plus souvent en soirée ou la nuit, et c’est plutôt plus fort en hiver. Cela se complète bien. Si on les met à côté l'un de l'autre, on peut faire de grandes économies dans le développement du réseau et on peut gagner du temps », assure Cédric Philibert de l'Ifri. Et le temps, ça compte ; la lutte contre le changement climatique est une vraie course contre la montre, et contre la mort.  

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